Inflorescence

par Laurence de Sainte Mareville

Coup de projecteur

Un tableau de Laurence de Sainte maréville

 

 

 



 

 

Inflorescence

Des esquilles de lumière froissées sur l'onde, un réséda poli, sous la
peau
du regard, membrane translucide, le pluvier s'essore au suc des matins.

L'ambre de l'aube s'anime, en contours fragmentés.

Une voile louvoie aux tons des vaillances, lumière étrange,
quasi-noyée,
elle s'évase dans la main.

Pulsations d'un monde ancien,
l'espace magnétise, brasille son chant de ruisseau autour du cou.
Galets noirs dans la voix, de l'ombre à l'écho,
le blanc nous dessille.

La tête roule au brasero, poudrerie du temps, torrents de pierres, de
feu,
d'eau de creuset. Loin dedans, flambée d'éveil, l'astre safran, nu,
grésille dans la poêle.

Des jambes curieuses batifolent au bord du flot.

Bris de ciel sur les frimousses, touches grenues, glacis opalescents,
jeu de l'étincelle dans nos rides de joie.

La grande lessive du soleil nous darde de maux. Elle effare l'oeil
bleu,
clapotis d'horizon, encense les fenaisons,
brûle la ligne et assèche les lèvres.

Sur la plaine des varechs, le fanal se balance, charnel, spirituel,
osmose mouvante entre les noeuds, les vagues,
l'écho lumineux a la matité de l'oeil.

Quelques flux de lumière s'immiscent dans l'âme,
laissent à coeur des meurtrissures ouvertes, des qualités plastiques,
des aplats sensibles.
Labours sur le sable.

Au grain du feuillet, le soleil descend en spirale.
A chaque question, une réponse à la craie, pointillé blanc sur l'allée.
Le ruban des images file, lames floues.

Trou de lumière.
La vrille est à pied-d'oeuvre, nous enroule en nage, nous tamise,
filtre sans complaisance le temps qui se décline, hors du naufrage.
Notre mémoire se tisse, lacets entremêlés de gestes de pluie, de
caracole de
vent.

Aujourd'hui, hier, demain nous émoussent de ciel au moindre mouvement.

Laissons les clairs colombages surgir dans un coude,
le chemin passer dans l'espace du tableau,
aile à dos olive allouée douloureusement au long mûrissement de la
lumière.

Franchissons la ligne d'écume, grandis de rires puis coulons à pic,
chiffonnés de soleil.


Laurence de Sainte Maréville