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Au cur du bar, au fond du bar, dans la spirale éthylique,
là, dans ces heures figées, teintées de lumière
orange, résonnent doucement, autour des dix mille bruits,
les craquements des discrets amants, tendus l'un vers l'autre, saisis
dans leurs pleins regards et leur grandeur gelée, statues
animées de quelques gestes flous. Oh ! Ajouter l'absolu de
mon silence au silence absolu qui entoure les amours exclusives
Je me retrouve perdu, fixant les glaces du comptoir, la vue brouillée
par le vertige, sous un plafond aussi profond qu'un ciel, près
de murs ressemblant à des nappes brumeuse et d'un cocon épais
où s'amortissent les conversations. Les portes sont en cercle,
calfeutrant le souffle de l'enfer.
Et cette gravité, si profondément agréable
au cur, paraît-il, cette incommensurable tristesse où
je baigne, quand les gouttes de sueur se figent comme des perles
de verre, que deviendront-elles lorsque mes souvenirs se seront
épurés, lorsque le tournis du présent se sera
installé ?
Non, décidément je pense à présent
que la porte de sortie devrait se trouver vers la gauche, à
l'autre bout du comptoir, vers un firmament enflammé où
les verres qui circulent apparaissent comme des étoiles filantes.
Pourquoi vouloir savoir par où je pourrais sortir , moi qui
suis vissé sur un point du monde d'où tournoie le
regard comme une girouette au vent du hasard, sur quelque profil,
sourire, épaule, chevelure, main crispée sur une cigarette
? Pourquoi vouloir repartir de cet axe pointant vers un centre immuable
où l'il s'aimante vers les soleils intérieurs,
vers les yeux des amantes et leur cou de danseuse ?
" And everyone will touch the night
" L'épaisseur
de la nuit ne peut être manquée ; je sais des parfums
de peau aussi enveloppants qu'une chaleur tropicale, des caresses
dans l'air aussi vibrantes que des ondes de choc, des contacts esquissés
aussi bouleversants qu'un élan de cur, des élans
de cur aussi dévastateurs qu'un cri surgi du fond des
chairs. Alors, enrouler mon spleen dans la couverture nocturne sans
froisser la beauté lisse des visages, recueillant dans un
grand verre à pied des grappes de boucles d'oreilles et des
colliers de groseilles, tirer à moi les tentures sans étouffer
les chuchotements, voilà qui me borderait dans un lit fait
de l'essence des autres. L'épaisseur de la nuit flotte sur
la douceur des mots, sur le battement des cils, sur la mèche
de cheveux prise entre les lèvres
Peut-être y a-t-il , si je me retourne, quelque furtif mouvement
du poignet entre une phalange et un bord de tasse, entre une soucoupe
et un gras du pouce, quelque rondeur tendrement esquivée,
quelque geste prestement retenu pour s'offrir en une paume ouverte
comme l'envers du cur ; peut-être existe-t-il des parcours
ensorcelés pour ôter aux amants la fausse simplicité
de leurs échanges. Ou encore, derrière moi, sur la
pâleur d'une nuque solitaire, sous un chignon couleur d'or,
s'évapore peut-être lentement, minute après
minute, le suc doux-amer, reliquat de la tendresse des baisers passé
qui ont doucement résonné sous le lobe d'une oreille
sensible, il y a trop longtemps maintenant.
Je scrute le pan de mur rouge, qui a remplacé je ne sais
comment devant moi le papier rayé de noir semblant cacher
l'infini mélancolique. Les murs arrêtent les pensées,
ou les font rebondir vers le milieu du bar et ses rires sonnants.
Mourir et renaître dans tes yeux magnétiques, Clara,
tes yeux qui m'emportaient comme des spirales tournantes. Je resterais
alors au cur de cette taverne et de ses rites de passage.
Non, la nuit ne peut plus finir, ou bien alors que lève un
jour spécial avec un soleil blanc, ravivant le bûcher
qui nargue mes jambes. Je serais rivé à la source
des sens, inscrit sur la carte du tendre, car tu n'as pas quitté
ce lieu, Clara, tu ne l'as jamais quitté, sauf ce soir
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