Aaron de Najran... Quel drôle de nom pourriez-vous dire,
un nom qui sent le sable étoilé et l'eau rouge des mers.
Un nom qu'il vous dira avoir trouvé là bas sur les sentiers
montagneux de Najran... Et revêtu comme une nouvelle peau...
Un nom que je démystifie ici pour vous....
Il avait pris le pied de la lettre
Pas n'importe laquelle, non
Juste la lettre A
A
même pas le grand A,
Pas celui des enseignes des cafés, des vieux tabacs
Non, le tout petit, le lié aux autres
l'a des cahiers recouverts de papier cadeau
uniforme bleu gris,
et qui sentent la pomme croquée entre deux sonnettes.
L'a des amandes grillées dans les gâteaux maman.
L'a des amants de Claire
Une amie qui changeait la vie.
Des astres d'ivoire perlant
aux seins des femmes africaines.
Puis l'a des sables d'Arabie
hachurés sous les persiennes endormies.
Il avait vraiment tout pris au pied de la lettre
et le pied avec,
restait le a, sans lien, sans rien, seul,
comme un rond dans l'O.
Juste disait-il, la lettre première
celle des souvenirs de vagues
et des marmelades d'abricots
des âmes qu'il disait.
Juste un a rond.
II en fit son nom.
*
Je ne peux pas lire un texte de Aaron, même anonymé, sans
reconnaître dès les deux premières lignes son style, sa
plume, l'empreinte scribale dans l'encre posée. Aaron est
un des rares auteurs fréquentant ces lieux qui n'a pas besoin
de signer. Sa signature c'est un style unique. Rare. Un
style qui a oublié qu'il était un style, car il est juste
la fixation sur papier photo sensible d'un cillement. La
trajectoire d'un regard, la direction d'un effluve.
Aaron voit et offre à voir, sent et donne à sentir, goûte
et distille. Son univers ? Le nôtre. Voyage au centre de
nous-même. De notre si petit monde, de l'humus, de l'infiniment
désuet qu'il transmue pour nous paraître frais, mystérieux
inédit : les plantes aromatiques, les épices, les pierres
semi-précieuses aux origines orientales qu'il collectionne
serti dans des colliers de vers, les grains de désert et
leur nuance d'ombre et leur poids de soleil. Mais ce n'est
pas énumération.. non.. c'est là choix patient, émerveillé,
gourmet de couleurs et de formes, pour assembler avec la
patience du maître verrier un vitrail aux formes simples,
sans lourdeur jamais, mais évocatrices toujours. Ciselé
en finesse, aux verres irisés sertis avec délicatesse. Et
refait, réécrit, réagencé jusqu'à ce qu'il lui paraisse
refléter sa vison intérieure (Lire Saga Chromatique)
Aaron ne n'est explorateur d'aucune lande inexplorée, mais
il nous révèle juste ce que nous n'avions pas regardé vraiment,
tour à tour avec humour (Les amants de Claire), avec force
(comme dans Portrait de femmes ou Étoiles brûlées),
en tendresse (comme dans La nuit n'en croit pas ses yeux).
*
Mais comme tout artisan, les chefs d'uvre d'Aaron ne sont
pas dans ses textes passés, mais sont de ceux à
venir, ceux qu'il agence peut-être déjà
dans son âme de sable.