Elle se réveille, harassée, tremblante. Le cœur lancé dans un sprint effréné. Les ténèbres floues jouxtent la nausée. La famille symptômes est là au grand complet. Cette assemblée ne fera pas de quartier.
Elle se risque au mouvement. Bascule, happée par l’asthénie, tous stimulus éteints.
Le bruit sourd se rapproche. Une pieuvre de sueur l’accompagne. Alors la colère hèle les membres abandonniques. Conquiert l’énergie vestige, balbutie l’exploit. Sisyphe femelle déterminé, elle roule sur le côté. Engage dans le vide une jambe lestée de plomb, sonde l’espace en quête d’un appui. Le trouve, enfin. Oriente son corps obtus dans l’axe de l’échelle. Pose un pied sur un barreau, puis l’autre. Encore un. Encore. Le sol semble s’éloigner à mesure qu’elle franchit les degrés. L’épuisement invente l’escalier sempiternel. Chaque seconde acculée au vertige.
Mais où est donc passée ma doublure? Celle qui devrait exécuter les séquences cascades? C’est Alice au pays démerde-toi, ce film. Le réalisateur aura de ses nouvelles! Elle rit, sans émettre un son. Le troisième œil enregistre tout.
Très loin après, elle atteint le sol glacé. À nouveau une absence. La lassitude suggère une pause. Sursaut. D’où vient cette reddition? Regarde-moi bien dans les cicatrices, monsieur Destin ventriloque! Vise un peu comment je vais t’envoyer illico perpète au rayon farces et gadgets!
L’allure se traîne. Cette nuit, les frontières du raisonnable ont disparu, livrant le studio au délire de grandeur qui couvait dans ses murs. Il en a profité pour usurper les proportions d’un château. Période Renaissance, tant qu’à faire. La classe. L’urgence se démène dans la solitude des distances. Le salut s’impatiente aux antipodes. À nouveau l’univers se dérobe. Avalanche d’oubli.
Un chaton de lumière joue avec les ombres du demi-jour. Dans une rue proche, un commerçant manœuvre son rideau de fer. Clin d’œil du café-tabac? Le patron et ses façons masochistes. Elle s’imagine une seconde, harnachée tout cuir, badinant la peau du boss. En attendant, c’est elle qui aurait bien besoin d’un sérieux coup de fouet! Éclate un rire secret et ce souffle musical, tel une coupe de cristal effleurée.
La conscience clignote par intermittences. Périple en pointillés. La vie, une liaison dangereuse. La lumière ne sait plus rendre la vue, mais les odeurs lui confirment qu’elle a atteint son but. L’avenir tient désormais à un fil sucré, hors de portée. L’ironie ne se contient plus.
Elle plane au-dessus de ce métabolisme à chausse-trappe qui lui fit durant vingt-huit ans office d’hôte terrestre. Perdu comme sa jupe un soir au beau milieu du Gold Bar. Plaisirs et déboires compris, beau parcours dans les trois dimensions.
Un dernier regard astral au sérieux désordre. Cendre et poussière. La mort est moins que rien. L’amour n’a plus de limite.
13 / 21 avril 2003.
|