Il entendait à nouveau les termes qu'elle avait employés, ce mot à mot de la fin proche. Quelques paroles, aussi précises et imparables que la ligne de feu d’un laser. Cet énoncé traçait la blessure giratoire qui depuis lors tournait, tournait le vertige d’un manège sans fin.
- Ca arrivera… et dans peu de temps. Il n’y a rien à faire, avait elle ajouté.
Ainsi, rien ne demeurerait d’elle, sinon le son de la paix intérieure.
A l’énoncé de cette sentence, une décharge nerveuse avait crocheté chaque fibre de son être. Pris d’incoercibles nausées, il avait zigzagué jusqu’aux toilettes. Le corps parcouru de spasmes, la vision noyée de larmes convulsives, il tentait de rejeter ce qu’il venait d’entendre. Il souhaitait se vomir lui-même, réceptacle indigne de cette révélation. Il voulait rejeter l’environnement immédiat, la planète, plus encore. Il fallait expulser la création et jusqu’à son principe, si jamais il en existait un. L’inconséquence universelle méritait-elle de survivre à sa victime ? La réponse, à ce moment, était sans appel. Seule la catastrophe intégrale pouvait effacer le tort subit. C’était l’unique mesure appropriée.
Pour parvenir à cette fin, il fallait qu’il acquière les qualités d’un trou noir. Il était nécessaire et impératif que la dépression tourna à l’effondrement gravitationnel et atteigne une densité suffisante. Alors l’univers s’éviderait par cette brèche. L’essence d’un monde irréversiblement corrompu disparaîtrait en tourbillons nauséeux par la bonde cosmique dont il aurait activé le principe.
Mais nous le savons, rien de cela ne se produisit.
Il est toujours là, marié avec la honte, emporté par l’effroi du vertige qui tourne un manège sans fin.
à Deborah
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