Il a oublié le nom du jour. La topographie lui concède heureusement quelques repères. C’est tout de même un quartier qu’il a arpenté à plusieurs reprises, au cours de vies antécédentes.
Çà et là les peaux d’âmes s’enlacent, comme si elles posaient en escomptant la survenue d’un objectif qui fixerait leur image dans l’éternité d’une étreinte exemplaire. Attente secrètement blessée, le génie photographique manque au rendez-vous.
L’art fait-il le deuil de toutes les occasions négligées, ou pleure-t-il seulement dans l’œil du poète ?
Il prend l’amour par la taille. Ses mèches folâtres sur la nuque. Sa tentation invincible. Sans cesse lui vient l’envie de remercier, mais qui ? Mais quoi saluer pour la grâce qui perpétue le sourire de son être tourné vers lui ? Il se penche vers son cou et ses baisers murmurent : ce que tu me donnes est la plus belle chose au monde, ce dont tout être vivant normalement constitué rêve en secret, un amour fou, sans concession aux peurs intimes comme au catalogue des us. Constat de plénitude formulé sur le fil. La vie déroule un miracle d’exceptions continuées dont le bonheur constitue le summum équilibriste.
......
Juin 2005
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