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"Suppose que
la pluie te raconte
qu'elle envahit la terre
Et que je te demande
de voir à travers moi
Que le soleil la gifle
et la fait remonter"
(Guillevic)
La quadrature du coeur
Prenez un coeur, surtout pas exactement rond, car il doit toujours
dépasser du soleil. Dessinez le sur votre main, pour regarder
ensuite à travers ou donner des gifles de baisers.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je cherche quelque chose de doux, chaud et élastique. C'est
comme ça que j'imagine un coeur.
Faites en un abri de grand air, un toit nu sous la tête.
Apprenez lui à flairer la lisière de toute ombre et
à évaser le fond de toute flamme.
- Qu'est-ce que ça sent ?
- C'est mon coeur, je crois qu'il est un peu trop cuit, il va attacher.
Mourez, si vous ne pouvez pas faire autrement.
Tous les dimanches, Dieu pêche à la ligne, il est très
bien vu de se laisser attraper.
- Oui, mais ça va durer longtemps ?
- J'arrête de respirer jusqu'à la fin du texte, on
verra bien.
Aimez quoi qu'on vous brise. Aimez en barreaux d'échelles,en
croche-loups, en caresse de cheveux. Versez vous des rayons d'eau
bien mûre, fixez des ramures de visage à la proue des
cendriers. Ne lui donnez pas d'espoir, seulement des petits bruits
de souris qui courent dans le grenier.
- Et moi,mon coeur,il sait sucrer le sel et saler le sucre.
- Et moi, le mien, il sait s'enfuir vers l'autre et crier les cachettes.
Vous faites des progrès, ça va vous coûter
cher. Vous tenez donc tant que ça à vivre ?
Peaufinez votre coeur. Si on est loin de lui, on doit le sentir
tout près depuis toujours. Si on est tout contre lui, on
doit éprouver la sensation délicieuse de l'attendre
toujours.
- Et ta respiration, au fait ?
- Oh, elle, je ne l'ai pas reprise. Je l'ai donnée.
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