Une photographie de Stéphane Popu

Layette

de Jérôme Louvet

Sélection de mai 2003

Ne me repousse plus jamais. Je dormirai comme un tout petit enfant.
Tu pourras me battre. Et ensanglanter maman.

Je ne bougerai d'un pouce. D'un petit pouce.
Pas plus long qu'un semblant de faisan

Empaillé. Empaillé à la manière que tu savais.
Le fusil, qui, point de mire en tête, s'y loge.

Je laisserai tout faire. Le joujou calé froid
A la confiscation suprême. Le dieu

Inverti ; toi me touchant. La télé tambour ;
Hertziennes et les vagues ; Mary Poppins qui va en ville ;

Le raton laveur qui va… J'arrête, j'arrête.
Minuit. Maman, à l'entrée.

Ne me repousse plus jamais. Je dormirai comme un tout petit enfant.
Tu pourras me battre. Et ensanglanter maman.

Je ne serai pas de trop à la manœuvre,
Hissez ! hissez ! ; papa tue à ce qui arrivant,

C'est maman ! à ce qui arrivant. Chasse reprise ;
Automne classieux qui fait songer aux laitages ; un peu son

bras dépasse, papa. Activons. Ceux qui tardent…
Je ne sais plus ce que je voulais dire… ; bref, j'irai, Songe,

Et timide en érection, te peloter dans ton lit.

Ne me repousse plus jamais. Je dormirai comme un tout petit enfant.
Tu pourras me battre. Et ensanglanter maman.

 

Jérôme Louvet