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(c) Catherine Merdy

Amélie se couche à l'Est

 

par Baptiste Lebrun

Sélection de novembre 2001



Ses robes courtes de rides s'élancent ricanantes contre le courant bleu des blés.
Sinusoïdes renversées qu'embrassent les côtes calmes ou eclatées, prises de front par cette masse plissée de tissus. Amélie a cette volonté mécanique des artistes de son temps. Elle demande agressive des odeurs nouvelles à cet horizon bourré d'hiver. Accouchement rythmique aux purs sanglots, affrontement des souvenirs, horloges qui tournent comme ses yeux, réaction puérile d'une élue gâtée...
Peu à peu les nuages s'allongent sur la mer, les yeux des fleurs s'assoupissent, la chromatine s'étale dans les pulls verts des chairs nubiles. L'herbe soudaine est absorbée sous ses pieds de mère aimée. Les arbres centenaires maigrissent tranquillement et les soupes reprennent forme dans les potagers.
Plus loin, des historiens de tout temps, rassemblés par milliers, s'arrachent des feuilles blanches d'études et analysent avec une ardeur certaine le futur. Et c'est avec une atroce célérité que la raison d'Hegel, tour siamoise, voit ses étages se démonter, le plus fort d'abord, puis le sinçère! L'âge moyen redevient d'actualité devant cette turbulente adolescente qui se sent une tête de bélier dans le bas-ventre.
Bleu, jaune, rouge partout à terre, toute couleur est éclatée en valeur plus sure; elle, a les cieux blancs. Ses narines impalpables dérivent aux rochers crochus que baignent tranquilles les humeurs remontantes, et sa main agile se referme sous le dessin du sable. Le verbe est maintenant réduit a un simple rôle de prétexte sonores, juste pour souffler l'ensemble des formes du sensible.
Les courbes d'Amélie sont des spirales qui moulent la première lettre du temps. Fœtus, elle roule sous la mer et lit sur la racine du monde "désir de vivre". A ce moment là, la machine arrière est désormais impossible.
 

Baptiste Lebrun