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Une photographie de Stéphane Popu

LONGUE EST LA NUIT

par Léa

 

Mon univers est tout petit

Mon quotidien pourtant minuscule

Arrive à peine à s’y loger.

Seulement moi je suis grande

Alors je replie mes genoux sur ma poitrine

Et j’enfonce ma tête dans mes épaules.

Immobile. Ne pas attirer l’attention.

Les mouvements sont suspects ici.

Durement réprimés.

Ainsi rapetissée telle Alice au Pays de l’Absurde

Sans révolte, je laisse le temps me frôler.

Même pas humiliée. Seulement lassée.

Battements de cœur. Tort ultime.

Quelquefois, ils m’obligent à me déplier,

Pour faire une promenade. Une vraie.

Mais pourquoi ce ciel continuellement plombé ?

Et cet homme bizarrement habillé qui est là

Avec ce drôle de bâton à la main.

Pourtant je ne vois que des corps vêtues de gris

Comme le ciel. Des corps de femmes.

Ce n’est pas dangereux une femme captive ,

C’est léger, imprévisible, déroutant,

Mais pas dangereux.

Dérouler mes membres me fait souffrance,

Alors depuis peu, je refuse la sortie.

Je préfère m’enfoncer dans les abîmes

De ma mémoire… Et retrouver au hasard….

La splendeur d’un coucher de soleil,

L’incendie d’un volcan,

L’ombre d’une femme, peignant,

La nuit venue, des cités englouties,

L’Aphrodite de Praxitèle

L’Arlésienne de Van Gogh

Le Prince Igor de Borodine

Pandôra avec tous ses dons et l’Espoir au fond .

Les Danaïdes condamnées aux enfers.

Laisser le Feu sacré s’éteindre lentement,

Etre ma propre Vestale.

Il m’arrive encore de regarder mon poignet

Etonnée de ne pas y voir la violence bleue

Des signes tatoués. Mais non tout est bien.

Seulement ma peau diaphane,

Et de fines veines qui promènent en liberté

Liberté ?…. Quelqu’un crie ton nom……

Maudits soient les poètes.

J’ai peur et je tremble……

Mais pourquoi voudrait-elle de moi ?

Je suis fille de rien et femme de personne.

Un homme en blanc va passer comme chaque soir,

Et me demander mon prénom.

Sobrement je réponds toujours ABIHAN

Il s’irrite du secret de mon âme. Impuissant.

Alors avec douceur il caresse mes boucles cisaillées.

Sa voix n’est plus qu’un vain murmure.

Qui t’a baptisée ainsi ?

Un vieux guerrier samouraï Monsieur….

Tué de mes mains pour cause de Trop

Trop de quoi ? murmure-t-il encore….

Je ne sais plus …..J’ai oublié…..

Il y a si longtemps……Absence de regard .

Désorienté il sort en silence. Prémonition.

Il reviendra demain……Mais…….

Le Feu sera éteint……ETERNITE DE LA NUIT…..Enfin…

Secret gardé………….Ainsi soit-elle……….

Léa