Les passagers fugitifs

de Marie - C. Laberge

Séance de rattrapage de juillet 2006

Ils font la file. Ils sont reliés à la vie par un fil. Leurs

pas inaudibles effleurent à peine le parquet ciré du corridor sans fin.

Ils ont la tête baissée comme des renpentants, comme si on les conduisaient

vers un quelconque échafaud. Leur vie est logée, là, dans le goutte à

goutte d’un soluté sans solution.

Ils sont maintenant inexorablement en marche vers la dernière étape du

destin, celle qu’on ne peut plus contourner.

Il est étonnant de les voir marcher au même pas cadencé. Peut-être sont-

ils truffés de microprocesseurs.Des milliers pour la jambe droite. Des milliers

pour la jambe gauche. Des milliers pour le pied droit. Des milliers pour le

pied gauche.Gauche droite gauche droite.Pas à pas démilitarisé. Trainant .

Aucun microprocesseur, cependant, pour le balancement des hanches, des

épaules, des bras, des mains, de la tête. Aucun mouvement des yeux.

Parfaitement immobiles. Des microprocesseurs. Que dans les jambes,

que dans les pieds.

Cela leur est nécessaire pour la marche du destin.

Ils doivent toutefois avoir quelques milliers de microprocesseurs d’orienta-

tion puisqu’ils empruntent ,au même moment, dans un même pas à pas, la

courbe du corridor.

Ils désertent mon regard. Je perds le fil de mon observation, le fil de leur vie.

 

(c) Catherine Merdy