Une photographie de Mari Mahr

Eparpillés

de Yvon Krob

Sélection de décembre 2004

I

Eparpillés comme les gestes lents des chevaux

Sur des toiles où sont peintes d'étranges batailles

Le port de tête oblique des vieilles personnes de cette rue où tu souris

En balance du vent

Ta tête sur l’oreiller du temps,

Tu ne parles...

Des étoiles de bière percent des manteaux.

La femme cheval écarte les bras.

La femme faon écarte ses ailes.

Un peu de ces gestes sont pour moi.

Oh ! roi triste, immobile, des moulins de fer,

Il veut te sentir contre soi.

Parce qu’il n’a plus d’espérance

Vide un peu son sac et s’arrête

Goûtant chaque minute d’attente sans importance.

Au bout de la route, c’est l’éternité, le sommeil, la vérité.

Tout luit sur ton ventre plat

Tous les mondes possibles

L’Ile ou Elle du soleil, l’amour...

Arbitrairement je t’aime

Parce que tu es belle

II

Des chansons exemplaires, acrobates de fumée

Renvoient le sens de tous les mots

Comme de beaux objets à la syntaxe floue et féminine essentiellement.

Ventre aux structures infinies,

Somme-moi de te renvoyer l’Arbre avec sa trappe

Sur l’infini !

Trajectoires.

Têtes de femmes sur des corps d’hommes

Têtes d’hommes sur des corps de femmes

Soudés à leurs masques, ils se côtoient, s’adressent, parlementent

- du bleu ciel, de l’azur.

Sans limites, absurdes, sans retours en arrière.

Blanche nuit épaulée. Les sourires ont grandi puis disparus.

La solitude est comme une traîne

Sur le ventre plat des oiseaux

Qui traînent

Rue de Londres, du Pasteur,

Ailleurs les voyants se planquent

Oh ! Monstres des airs profonds, sans rire, sans jamais rire,

De sublimes idiots se morfondent contre le sexe de la route

Putains noires au cœur de soie

Le temps m’empaille de vent et de fumée

Ris-tu des soleils démembrés ?

Enterrant tes mots comme un chien

Goûteras-tu plus tard au festin de cette écriture ? Ou jamais ?

III

Il pleut des verrous sur le corps des enfants.

Ceux que l'on voulait reposant en des nids douillets

Au creux d’amour et de raison

Où goûter la plénitude de son amour maternel.

Qui recompose le puzzle du petit garçon ?

Contre le mord aux dents des géants.

Ces géants multipliés

Ce ne sont jamais leurs larmes qui coulent en dedans.

Au dehors et au-dedans c’est pareil au moment où le miroir de l’eau se rompt.

IV

Délice de l’échappée, contre ton souffle musical.

Veux-tu me pardonner l'espace d'un instant ?

septembre 2000