megalopole.jpg (3900 octets)

Une photographie de Stéphane Popu

(sans titre)

par Alban Keller

Sélection de mai 2002


Dis-moi, guimbarde mélancolique,
As-tu vu ce matin, l'envol furieux des places aux fontaines ?
As-tu entendu des portes cochères les criaillements joyeux
Qui se mêlaient en une fête sauvage ?
Et les sifflets des agents qui s'y mettaient aussi,
et la fleuriste qui chantait Rossini
en coupant court ses roses jeunes
Oh le beau duo, que celui de la fleuriste alto
Et du boulanger, invisible baryton, qui reprenait l'air du soupirail
En battant la mesure mate de ses pâtons
Là le buraliste rangeait ses paquets
Et l'âne attaché à la carotte de rênes molles
attendait son patron dodelinant du col
Les pavés rutilaient au soleil mouillé des lances
Etonnés, les chiens ne savaient plus où pisser leur allégresse
Les cages d'escaliers déversaient une volée de marches déliées
Par grappes, les lycéennes aux nombrils endormis ondulaient des hanches
Et la gare même dans son treillis d'acier et de verre
Pétait son souffle de caoutchoucs échauffés
Un peu ridicule mais si émouvante vieille dame
Dont tu allais renaître : 8 h 43.


 

Alban Keller