Une photographie de Fabéris

La tête dans les nuages

de Kelig

Sélection de juillet 2004

           Je relance des mots
           Je les renvoie en l'air
Et ils me retombent au coin de la figure
- en petits éclats de lettres -
           Ils me reviennent tout mouillées dans mes souliers
           Ils me retournent, hélas
En petites gouttes
Qui s'amoncellent, en flaque lette

           Là haut, c'est eux que ça fait rire
           Et quand ça ne les fait pas rire ça les ennuie
           Et quand ça ne les ennuie pas ça leur fait pitié
           j
e les reçois toutes jusqu'à la dernière goutte
Acides et mordantes
           Tout ce qu'ils me renvoient
- le ciel, un miroir sans étoile -
Me ramène à mes pousses à mes pouces
           à me faire pousser des soupirs long de ma vie

           Des gros, des petits et des fins
           Comme du sel marin
           De tous ces mots bizarres
- ces étoiles de mer jolies
mais aux branches idiotes -
           Mal fagotés mal agencés
Surtout maladroits
           De tous ces mots qui montent là-haut

           (Où il y a plein musique
           Parait-il

           Dans les merveilleux nuages
           Les nuages de poètes
           Dans le ciel mon amour

Comme ils disent
                      Enfin quelque part où je ne connais pas..).

           De tous ces mots partis comme s'enfuie la fumée
           Il ne me reste presque rien
           Qu'un crachin qui chagrine sans fin

           Quand ils ont fini de pleuvoir
 De me pleurer sur la figure
           J'attends.

Parfois, je m'impatiente et je gueule !
           Je gueule à nouveau là haut à sa face jaune des mots des oiseaux des mots d'oiseaux, de poux et de misère...
           Et quand je suis aphone
           Quand j'en ai plus dans le gosier
           Ni la folie ni la force...
           Je récite dans ma tête un bateau qu'est comme ivre
           Et je crépite au son des couleurs
           Et je me fais un trou avec le mégot
           Quand je suis saoul
           Un trou dans le paletot
           Pour laisser passer le vent de là bas
           Parce que les vers je ne les connais pas
           Parce que j'ai une tête pleine d'air

           Et quand je rentre chez moi
           J'ai pas la tête à être là
           Alors je rentre la tête
           Et je me dis que je serai quand même

           Dans le bordel des dieux
           Avec leurs grands mots
           Qui pour moi sont si beaux

           Mais je ne suis nulle part
           Nulle part dans un courant d'air
           Seul avec ma chimère
           Au fond de mon poing
           Serré sur le crayon
           Inutile
           Puisque je ne sais pas
           Puisque c'est si haut

Parfois
Mais tous les jours depuis toujours
J'attends
Et là où j'attends
C'est ailleurs.