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(c) Catherine Merdy

Souvenirs de demain

par Jean Irigoety

Sélection d'octobre 2001

 

La mort bientôt un baiser sur la joue
un oiseau se pose sur la fenêtre dans le bruit de la rue
quand s'annonce le jour

Les fragrances que le vent nous livre en couronnes molles sont là au détour d'un matin que nul n'a pu voir moi seul je l'ai vu nu comme un automne en friche dans la vaste clairière d'une raison en fuite comme une barque sur l'eau sincère et plate d'un lac

L'enfance n'est pas un rêve qui navigue au-delà d'une apparence souvent elle laisse tomber une rame d'un geste malhabile et le bateau dérive
la marche au travers des roseaux est parfois sans mystères
l'eau succède à l'eau

La franchise des mots la rigueur d'un amour au matin de douces souvenances
se peut-t-il qu'une brise qui vient d'ouest nous dise ce que nous ne savons pas
Le saurons-nous demain

D'avance je sais qu'il y va de la dignité

L'oiseau a-t-il chanté

Les ombres s'allongent bientôt l'oiseau s'envole la fenêtre est esseulée ferme-la il commence à faire frais je sens le froid qui monte
Couvre-toi bien

La mort dans le corps sourit
paravent pour le regard des autres

Tiens petit reprends la rame regarde la montagne l'eau est de plomb j'ai vu ce plomb dans la brume d'un soir qui se noie

Au-delà de l'écluse l'eau jaillit mais la vague meurt à peine née hautaine cavalière et
l'algèbre des mots ressemble à une femme en pleurs qu'on corroie

Tiens petit reprends la rame il est dans les marais une douce lumière
Dans la chambre une lumière aveugle une femme qui pleure une femme qui croit
et dit non

Qui sait la dignité parfum de longue haleine sur le parterre des jours linge humide à des lèvres qui ont soif

Jean Irigoety