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Une photographie de Mari Mahr

Parpaing

par Guillemette de Grissac


Il n'y avait en apparence rien de plus déprimant que de rester assis devant ces parpaings pesants, gris, grumeleux ; rien de plus triste que de voir seulement ce conglomérat sans âme et sans jour.

Pourtant Claris avança encore un peu sa chaise vers l'entassement de blocs cimentés jusqu'à toucher de ses doigts la surface rugueuse dont les aspérités agressaient sa chair.

Elle se leva et vint coller tout son corps aux parpaings froids, elle y appuya son front humide, la pulpe de ses lèvres et frissonna longuement.

Mais presque en même temps, un grand soupir de soulagement décrispa tout son corps : elle retrouvait enfin ce sentiment de sécurité, d'intimité même qui était devenu si rare. 

Claris échappait enfin aux yeux des autres.

Elle ressentait quelque chose qui ressemblait un peu à une libération, quelque chose que l'on vivait jadis en s'installant à sa fenêtre.

Claris n'était pas très vieille mais elle l'était assez pour se souvenir du temps où des murs épais vous protégeaient des regards inquisiteurs, des temps heureux où les fenêtres étaient évidées, vitrées, lumineuses, du temps où l'on venait à deux s'accouder au balcon.

C'était avant que le Comité Central ne décide que la transparence serait la règle absolue, avant que tous les murs des maisons - sans exception - ne soient vitrés. 

Heureusement on avait eu le droit de conserver des fenêtres. Des fenêtres en parpaings.

                                                                  Guillemette de Grissac