Les Chants de Maldoror

par Georges CUFFI


Les Chants de Maldoror mal d’amour mal de vivre
Traversent mes contrées sur l’aile des vents ivres
Avec sur l’estomac mes tombereaux de livres
Avec dans mon beffroi la froidure du givre
Je dégorge un trop plein de mots et de salive
Et godille éperdu sur délire et dérive
Assis sur le présent naufragé de l’escale
J’habille mon néant de frénésies vocales
Et je perd mes " pourquoi " dans le Chant qui m’avale
Et là haut Maldoror Malemort dans un râle
On mange on dort on boit on jouit on éjacule
On dorlote son corps on balbutie des bulles
Puis l’animal repus quand l’esprit funambule
Quand on reste vaquant que le Rien nous annule
Le vide nous enserre en l’ennui tentacule
Alors on crie des mots sur la nuit qui bascule
C’est comme un corps glorieux un double majuscule
Qui fait semblant de vivre en musiques qui brûlent
On se jette vivant dans la fosse aux chansons
Et la haut dans le vent hurle Lautréamont
Les Chants de Maldoror mal d’amour et maldonne
Peuplent mes dérisions où le Chant s’époumone
La vie vogue au hasard l’épiderme frissonne
Dans nos cloîtres secrets les guitares résonnent
La Secte incante alors ses rites polyphones
Réveille les succubes et violent les gorgonnes
Puis les masques s’en vont se défeuille l’Automne
Au revoir la folie déjà tombe la fièvre
On sort dans le réel le froid au bord des lèvres
Maldoror s’en retourne aux nuages chimères

Georges Cuffi


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