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(c) Catherine Merdy

Prémonitions

par Philip Fraysse

Sélection de mars 2 002



Milan. Elan stoppé,
magnificence des lieux.
Les français n'ont pas manqué d'imagination
ils ont crevé de peur et de conventions.

Cathédrales gothiques et flamboyantes,
ici comme à San Ciro
les aficionados ne manquent pas
autre lieu, autre prêtre, autre religion.

On côtoie tout dans cette ville,
grandeurs et décadences,
d'ailleurs même ici on n'évite pas le pire…

Via monte Napoleone, Milano, encore
Chanel, Versace et Ferrari.

Deux rues plus loin un mendiant,
comme ailleurs, comme partout,
ce démon qui marche au lieu de nous,
un visage sans voix, sans mots, un sourd, muré.
Commencement du mensonge et des supercheries.

Plus tard, Venise,
le port, les cargos,
rêves d'exil
la Sicile d'abord
début d'exode
courir sans fuir.
Mais vers quoi
la misère est moins pénible au soleil,
fredonne le petit arménien qui sait
peut-être de quoi il parle.


Venise encore, pas de mots non plus
pour décrire la Place San Marco
intemporelle féerique
peut être, pour imaginer.

Plus loin encore Padoue,
ses pèlerins, Chiesa San Antonio de Padova
ici on atteint des sommets ;
de ridicule,
Christ réveille toi et vient chasser
les marchands du temple
encore une fois.

Et cette habitude de parler
en gueulant,
feux croisés de mots,
de cris, d'appels de haine et d'amour
comme ailleurs, comme partout,
en plus fort.

Trouver la force de l'écrire d'écrire, tout.


J'en crève doucement de ce feu
de l'intérieur, cette explosion
les mots comme une thérapie
sortie toute cette lie, ces scories de mon corps.

Toutes ces morts que nous portons en nous sales,
cycle de vie et d'amours.
Cruautés vengeances
et puis renaître,
demain perdre ses illusions
la dernière, pour ne plus en avoir,
un philosophe, j'ai oublié qui…

Florence, Firenze plutôt cette fois !
Ces édifices, ces monuments
toutes ces morts sont elles inutiles ?

Tous ces hommes qui ont donné leur âme
pour bâtir ces lieux de culte
l'ont ils donné à Dieu ou au Diable ?

Leur foi en une vie meilleure
pour un céleste ailleurs, les à poussé à donner
leur bien le plus précieux.

partis, pour ne plus revenir jamais.

Et les blessures des autres souffrent-ils avec la même intensité,
de ce monde qui nous entoure ?

Suis trop fainéant
ou pas assez doué pour écrire
vraiment ?

Suis-je aussi aiguisé que des langues flatteuses veulent bien
me le faire croire
ou simplement sensible comme d'autres sont extra-lucides,
et puis peut-être mythomane tout simplement,
point d'ancrage de ma folie.

tous ces gens que l'on perd faute de ne pas savoir les aimer.

Maternité de nos amours à la recherche de cette mère aimée
et haïe parfois que l'on perd tous un jour.

Toute cette force là dessous
dans ma chair, à fleur de peau et toute cette douleur.
Unique erreur ne pas avoir, eu de frère ou de sœur.
Ne pas la refaire.

mais trouver la femme, perdue
pour aimer, pour l'aimer assez, et recommencer l'histoire
écrire demain, pour faire d'elle une mère
celle de nos enfants, cette femme douce et lointaine
qui s'efface au rythme lancinant, du temps qui s'enfuit
du sang qui coule dans mes veines, pour rien… ?!


Milan, Pise, Venise, Bologne, Florence, Pavie, Padoue. Automne 1993

Philip Fraysse