Une photographie de Stéphane Popu

Le rabat-jour

de Alain Drouillet

Sélection de juin 2003

Un Saint-Simon d'astrophysique
Gazetier à la cour des étoiles
Nous prévient sans détours
S'il faut en croire son horloge
Que dans cinq milliards d'années
(Une amusette, un brimborion,
Un affiquet d'Ève volage)
Le soleil s'éteindra.
Que s'il veut échapper
A ce destin froidi et descendre en un quai
En ayant chaud aux pieds
Chante-t-il le dimanche ou pleure vendredi
L'Homme, espèce, on en convient,
Très supérieure au paon, à l'âne et au putois
Vif bâtisseur d'Auschwitz et de la Kolyma
Mais aussi, disons-le sans blêmir,
De la brouette
Du bilboquet, de la trompette
A coulisse
Du yo-yo
Des chaises musicales
L'homme, disons-nous,
Camp volant du cosmos
Dont l'être persistant
(Comme de lasse guerre
Persiflait Heidegger)
Gardera un iota, un atome de nous
Devra quêter son gîte
Et frapper à la porte
De neuves galaxies
Se faire un soleil en la place
Trouver d'autres cailloux
Pour les vendre aux voyous
Planter d'autres vergers
Sa méfier des serpents, des femmes envoûteuses
A la forme juteuse
Faire jaillir la source
Où laver ses péchés, ses crimes, ses forfaits
Dans l'immense dérive
Où rôde la présence
D'un Dieu toujours-fuyant.
Mais il se fait tard
L'angélus du Mesnil vient de sonner
Il est l'heure de préparer le repas des chiens.