Acte 1, Scène 1.
Une petite place de village. Au milieu de la foule, un homme prêche
du haut d'un escabeau, un hamster à la main. Les maisons, le sol
de terre et la charrette qui est garée à droite de la scène
nous font penser que l'action se déroule au moyen âge, les
costumes, eux, nous font penser à une époque inconnue, pas
encore explorée ou carrément inexistante mais quoi qu'il
en soit, très mystique.
Capucin, le peuple.
Capucin :
Le hamster mes amis, le hamster ! Observez-le bien : ses petites pattes
atrophiées, ses cruelles dents jaunes, ce petit museau plein de
malice qu'il frétille avec tant d'innocence, ces adorables yeux
noirs qui vous plaisent tant à vous, âmes perdues ! Je vous
le dis mes amis, ces hamster, ces immondes bestioles
sont les enfants du
malin !
Il jette le hamster dans la foule qui, épouvantée, le
piétinera sauvagement.
Le peuple :
Oui, oui, vive Capucin !
Capucin :
Confiez vos existences aux créateurs mes enfants, permettez-leur
de guider vos vies, soyez obéissants, soyez reconnaissants envers
ceux qui vous permirent d'évoluer en ces lieux, envers ceux qui
alimentèrent vos bouches édentées, envers ceux qui
accordèrent dans leur infinie bonté l'air et la lumière
qui vous permet aujourd'hui de ne point ressembler aux bouses dont nos
pieds nus sont quotidiennement vêtus !
Le peuple :
Oui, oui, vive Capucin !
Capucin :
Nos créateurs, mes enfants, les jumeaux Arepte et Phisance, (indiquant
les nuages) fils de ces blancs rochers qui, de toute leur majesté,
surplombent nos modestes têtes, nos créateurs, dis-je, ont
besoin de notre amour et de nos offrandes pour poursuivre la lutte qu'ils
entretiennent depuis toujours contre le mal. Ce mal dont vous venez de
piétiner un des nombreux représentants.
La foule s'écarte de la dépouille du hamster.
La foule :
(épouvantée) Oh !
Capucin descend de son escabeau et ramasse l'animal sanguinolent qu'il
présente au nez de la foule qui recule, épouvantée.
Capucin :
Voyez comme il est chose aisée de se débarrasser du mal.
En vous groupant, mes enfants, vous avez réussi à éliminer
l'animal
en vous groupant. C'est aussi simple que ça (remontant
sur son escabeau) Ecoutez !
La foule se regroupe à nouveau autour de Capucin.
Capucin :
Le maître de ville et moi même avons, avec l'accord de nos
créateurs, entreprit d'élaborer un ingénieux stratagème
qui éliminerait tous les hamsters que le démon a, à
l'insu de nos jumeaux protecteurs, fait naître sur terre. Permettez-moi,
en toute modestie, de vous le présenter (il descend de son escabeau,
monte un tréteau et y fixe une large feuille de papier jauni. Dessus,
un calcul que même le pire des matheux ne pourrait déchiffrer
).
Le peuple :
Oh bravo, bravo, vive Capucin !
Capucin :
Bande de sots ! (le peuple recule brusquement) Vous n'y comprenez rien.
Patientez, patientez, de ma sagesse laissez-moi vous éclairer.
Le peuple :
Oh merci, merci, vive Capucin !
Capucin :
C'est en saisissant les trois premiers facteurs que nous pourrons, avec
l'accord du créateur, former le quatrième qu'avec malice
nous introduiront en plein cur du problème. La principale difficulté
sera alors de déblayer le terrain en le débarrassant de toutes
ses fistules, demi-épanalepses, angiomes spongiformes, filiformes,
andriformes et même, si par malheur nous en rencontrions : panaleptiformes.
Les choses seront alors bien plus simples il suffira de boire, prudemment,
le jus des récoltes transiformilbiennes et prousikantiques et qui
sait, même, celles des récoltes virsultantesques, (rigolant)
mais je dois avouer que ça m'étonnerais ! C'est alors avec
un sabre de la vingtième dynastie Virzlaterhörm que nous trancherons
le nud du problème qui, comme chacun le sait, est assez coriace,
je m'explique : le hamster, animal qui, malgré les apparences est
vert ! Sisisisisi, je vous assure. Le hamster disais-je, animal aussi vert
qu'aphrodisiaque ce n'est pas pour rien qu'avant d'avoir été
informé nous en mangions trois fois par jour devra être
coupé en trois parties égales et ses pattes devront êtres
cuites dans un jus de betteraves de la contrée sub-ostantique et
non, sub-ostantiquette comme ont essayé de le faire croire nos ennemis
les vasilontres. Voilà, avez-vous des questions ?
Le peuple :
Oh non, c'est brillant, vive, oui, oui, vive Capucin !
Acte 1, Scène 2.
Les mêmes, Gallian - maître de ville -, Misona et un paysan.
Gallian, maître de ville entre en tirant Misona, rampante, attachée
par le cou au bout d'une corde
Gallian :
Dépêche-toi catin, femme, monstre sans queue, abjecte échantillon
du malin, flasque statue de pus, viens, allons, grouille-toi que je te
fasse rôtir au bout d'un pal. Ah tu es moins fière hein ?
Salope, toutes les mêmes, vraiment, il n'y a plus rien à faire.
(en sifflotant) :
Je vais la faire souffrir !
En la faisant rôtir !
J'lui arracherai les yeux,
J'lui tondrai les cheveux !
J'vais lui couper les mains !
J'lui éplucherai les reins,
Quand elle sera en miettes,
sur une belle assiette :
c'est fourrée aux olives
qu'j'la boufferai aux endives !
Misona :
(Se relevant péniblement) Mais, vas-tu me lâcher ? ! Je
ne t'ai rien fait. Et puis merde quoi, tu n'as aucun droit de me manger
!
Capucin, toujours sur son escabeau fait signe à la foule, atterrée,
de s'éloigner. La foule obéit.
Capucin :
(interpellant Gallian) Mais Gallian, mon ami, qu'est ce qui te prend
? Tu as failli nous perdre. J'ose espérer que nos maîtres,
trop occupés par les affaires de la terre, ne t'aient pas vu. Aurais-tu
oublié que nous prônons la paix, la fraternité, la
compréhension, le pardon, l'égalité, l'entraide, lé
générosité et l'amour ? Et d'ailleurs que veux-tu
à cette brave Misona ?
Gallian :
C'est une catin de la pire espèce, même les chats passent
entre ses cuisses, et sans payer, eux !
Misona :
(étonnamment conciliante) Ce qui passe entre mes cuisse, c'est
mes affaires, pas les vôtres, tout maître de la ville que vous
soyez
Capucin :
(le grondant comme s'il s'agissait d'un enfant) Exactement ! Pour qui
te prends-tu ? C'est fini tout ça hein, tu m'avais promis ! Je suis
d'accord d'admettre qu'avant tu avais le droit de torturer, d'exécuter,
de déjuponner les dames à droite et à gauche, de saisir
des biens et de relever des impôts sur tout et n'importe quoi. Mais
les temps ont changé et tu as d'ailleurs été un des
artisans de ce changement. Assume tes choix que diable !
Gallian :
Mais
mais
c'est pas drôle. (tout embarrassé) J'aurais aimé
la faire rôtir moi !
Capucin :
Mais je sais ! Moi aussi, je dois l'avouer, j'aurais trouvé ça
très très amusant. (rêvant) Tu te souviens des nuits
qu'on a passées du temps de l'inquisition chrétienne ? Ah,
on brûlait, on édentait, un torturait, on pendait, on écartelait,
on plombait
à plus de cent lieus on apercevait notre belle ville
tant de nombreux bûchers l'illuminaient. Te souviens-tu de ces sorcières,
enfin, de ces présumées sorcières qui hurlaient de
douleur parce que nous leur enfoncions un pal dans le fion ? Ah, que ces
souvenirs me sont doux ! (se reprenant) Mais tout cela est fini ! Définitivement
fini ! Tiens, lis-moi ceci à voix haute (il sort un rollet de sa
poche qu'il donne à Gallian).
Gallian :
(se raclant la gorge) Je déclare par la présente être
un fidèle des jumeaux Arepte et Phisance, je me dénie le
droit d'être violent envers autre chose que les ennemis de mes créateurs.
Ces ennemis sont les hamsters, les infidèles, le malin quand monsieur
daigne se montrer les chrétiens et les quiches lorraines (arrêtant
de lire) Les quiches lorraines ?
Capucin :
Euh oui, traumatisme de Phisance, il s'est brûlé le palais
avec une quiche quand il avait 16 ans. J'ai eu beau lui dire que, haïr
les quiches c'était pas bien malin, monsieur s'est entêté
enfin,
c'est lui le Dieu hein, pas moi ! Bon, tu reprends ?
Gallian :
(pantois) Euh, oui. Bon
Tous mes biens deviendront, dès signature
du contrat me liant à la doctrine nouvelle, l'exclusive propriété
du haut clergé et plus particulièrement de son représentant
local (s'arrêtant à nouveau- tout fier d'avoir réussi
à deviner tout seul). C'est toi ça ?
Capucin :
Oui, oui, oui, c'est moi, allez mon grand, reprend !
Gallian :
En adhérant à la doctrine nouvelle je serai certain de
connaître la paix sur terre et, accessoirement, si ma vie fût
vraiment héroïque, la paix dans l'au-delà. Je pourrai,
les samedis, en fonction de l'article 28-b-16-49-a, modifié le 30
décade 28-09, me reposer dans la maison qui fût mienne et
qui, aujourd'hui m'est généreusement allouée à
un prix dérisoire par le haut clergé. (il adresse un grand
sourire naïf à Capucin qui lui réciproque chaleureusement
le geste- poursuivant la lecture) J'aurai également droit aux bienfaisants
sermons du représentant local de notre culte, à une bêche
anti-hamsters, à un écusson plaqué or représentant
nos jumeaux créateurs et, finalement, deux fois par mois, à
une purifiante immersion dans les eaux sortantes de la ville. Veuillez
apposer votre signature ici bas ou, à défaut d'être
lettré, signer d'une croix
Capucin :
(lui arrachant le rollet des mains) Oui, bon ça va on va pas
entrer dans les formalités administratives non plus, hein ? Alors,
tu vois, de quoi te plains-tu ? Ne vivons-nous pas dans un monde idéal
?
Misona éclate de rire.
Capucin :
(observant gravement Misona) Tiens, toi, tu m'y fais penser, où
est ta lettre d'inscription au culte ? Tu ne l'a pas remise hein, c'est
ça ? Tu joues les rebelles, sais-tu ce qui advient aux infidèles,
le sais-tu pauvres sotte ?
Misona :
(sur un mode laudateur) Non, en effet, je ne l'ai pas remise. Mais ne
serait-il pas idiot de la part du grand homme que tu es de croire que la
pauvre sotte qui se tient modestement devant tes yeux aurait osé
défier la puissance de nos jumeaux créateurs ? Non puissant
Capucin, je ne suis pas une effrontée, une putain qui cracherait
son infamie sur la vérité que tu as eu la bonté de
porter à nos oreilles ! Je ne suis pas inconsciente Capucin, ignores-tu
à quel tragique destin tu nous a enlevé ? Je te dois vénérations
et prières laudatives ; d'ailleurs, chaque matin quand, avec le
soleil je m'éveille, je ne puis m'empêcher de te remercier
en versant quelques larmes. Je suis une âme fragile Capucin, tu ne
l'ignores pas ! (riant) D'ailleurs, qu'ignores-tu ? ! Saches que, si à
l'heure qu'il est tu ne tiens pas ma lettre d'inscription au culte entre
tes salvatrices mains, c'est qu'il m'a été impossible de
la remplir, voilà tout !
Capucin :
(tout ému) Impossible ?
Misona :
Parfaitement ! Impossible ! (Misona dira cette réplique d'abord
en sanglotant, puis en pleurant, pour finir hurlante de douleur) Je me
suis, plusieurs soirs penchée au dessus d'un rollet de papier, tentant
d'écrire d'une main que l'émotion faisait trembler, mais
chaque soir, depuis des mois, des larmes, fruits de ma sensibilité
exacerbée, venaient souiller mon rollet le rendant illisible !
Capucin :
(la prenant dans ses bras) Oh, mon pauvre enfant, quelle histoire terrible.
Veux-tu que, pour toi, je remplisse le formulaire. Il ne te restera, ainsi,
plus qu'à signer.
Misona :
Oh, Capucin, tu démontres une fois encore à quel point
tu es sage et bon. Mais, vois-tu, je trouve primordial le fait que le sujet
remplisse lui-même son formulaire d'adhésion au culte. C'est
une question de correction ! Que penseraient nos jumeaux créateurs
en remarquant qu'une de leurs fidèle ne parvient pas à trouver
en elle suffisamment de foi pour remplir un simple formulaire ? (sanglotant)
Quelle tristesse, quelle misère, quelle déception, quel sentiment
d'échec traverserait leurs célestes entrailles ? (changeant
de ton) Evidemment, je n'ignore pas qu'avant la signature de ce formulaire
le culte n'est pas en droit de profiter de mes biens si ce n'est par la
force et qu'une telle situation pose à l'homme noble et bon que
tu es, un réel problème. Mais ne trouves-tu pas la fidélité
et la franchise que nous devons tous à nos créateurs mille
fois plus importante que ces basses considérations matérielles
?
Capucin :
Si, bien-sûr, tu as cent fois raison, que dis-je, tu as mille
fois raison ! Petite, prend ton temps, ne t'inquiètes pas, je comprends,
mieux que quiconque, ta douleur et ce n'est certainement pas moi qui presserai
un âme pure comme la tienne à accomplir des actes que son
cur n'est pas encore capable d'assumer. (lui prenant le menton) Petite
fille, c'est grâce à des êtres de ton espèce
que notre culte trouvera sur cette terre un lieu idéal où
s'épanouir. Oh, avec quelle émotion j'imagine le sourire
qui illuminent probablement, à l'heure qu'il est, les divins visages
de nos créateurs !
Misona :
(baisant la main de Capucin) Merci à toi Capucin, tu as su me
comprendre ! Comme tu es grand ! Comme tu sais nous comprendre, nous hommes
et femmes de la plèbe !
Un paysan :
(qui passait par là interrompant sa course un instant) Oui,
oui, vive Capucin !
Capucin :
(saluant ses fidèles d'un signe de la main) : Merci, merci, paix
à vous ! (à Gallian qui s'est, entre-temps, endormi dans
le foin qui remplit la charrette) Ami, allons fendre la panse de l'un ou
l'autre pâté poivré, mon ventre crie famine !
Gallian :
(Baillant) Manger ? Ah, voilà enfin une idée qui éveille
mes sens.
Capucin :
L'ami, ta bedaine sera ta perte ! Allons, pressons-nous un peu, j'ai
encore beaucoup à faire avant la tombée de ce jour. (à
Misona) Chère petite, je te salue !
Misona :
Gloire à toi !
Un paysan :
(le même, qui faisait le chemin inverse) Oui, oui, gloire à
Capucin !
Capucin et Gallian sortent.
Acte 1, Scène 3.
Misona et Menutto.
Menutto :
(sortant prudemment de dessous le tas de foin qui remplit le chariot
- seul) Nom de nom, ce gros poussin baveux m'a broyé par la seule
puissance de son séant, 5 vertèbres au moins. (interpellant
Misona) Hep ! Petite ! Oui, toi. Regarde-moi !
Misona :
C'est avec plaisir que mes yeux se posent sur ta charmante et étrangère
personne, leur feras-tu cependant la grâce de décliner, par
la même occasion, ton identité ?
Menutto :
Moi ? Heu
je suis Menutto. Philosophe, apostasié, homosexuel
de gauche, fugitif, traqué par toutes les religions de la planète,
en quête permanente de vérité, de savoir, de rencontres...(soupirant
sincèrement) Si vous saviez à quel point les gens
m'ennuient. J'ai parcouru les trois quarts de la planète pour en
arriver à la conclusion que la bêtise était le propre
des créatures de Dieu. Avez-vous remarqué que, sur cette
terre, rien n'est parfait ? L'homme gros voudrait être maigre, l'homme
maigre voudrait pouvoir courir en bord de mer sans risquer de se retrouver,
aidé par le vent, évoluant au milieu d'un escadron de mouettes,
le chat veut attraper la souris qui, bien entendu, est plus rusée
que lui. En effet, si Dieu était si généreux, n'aurait-il
pas fait des catholiques la proie des chats ? Mais ce n'est pas tout !
Les hommes qui aiment les femmes apprécient en elles leur physique.
Les hommes qui aiment les hommes aiment les femmes pour ce qu'elles ont
en tête. Pourquoi il y a-t-il alors autant de belles femmes que de
curés vertueux et autant de femmes simplettes qu'un prêtre
n'a de neurones ? A nouveau, si Dieu avait été bon il aurait
fait toutes les femmes belles et tous les hommes beaux
tout le monde eût
été heureux !
Misona :
(l'arrêtant) Que faites-vous alors des femmes qui, comme moi,
sont belles et intelligentes ?
Menutto :
(l'observant avec un sourire moqueur) Ta beauté ne m'es bien
entendu pas passé sous le nez, mais crois-tu sincèrement
être une personne intelligente ?
Misona :
Diantre, oui !
Menutto :
Et qu'est ce qui, de la masse, te distingue ?
Misona :
Bien, je ne suis déjà pas une de ces Capucantes hystériques
qui, à grandes vocalises hurlent nuit et jour, qu'il pleuve, qu'il
vente, qu'il grêle, qu'il neige, sous les fenêtres de Capucin
qu'il est grand, fort, puissant, noble, sage et céleste alors que,
franchement, son rayonnement n'a d'égale que la saveur de la soupe
aux étrons dont on alimente les hérétiques peu avant
leur exécution !
Menutto :
(songeur) J'ai, en effet, remarqué avec quelle malice tu as réussi
à échapper aux griffes de l'ignoble personnages. (observant
Misona) Tu serais donc parfaite ? Mais non voyons, c'est impossible, tu
ne peux être parfaite, il doit y avoir quelque chose qui cloche
(réfléchissant
dans son coin) Si elle est parfaite, c'est toute ma théorie qui
s'effondre
aucun être n'est parfait, les hommes sont faits pour se
déplaire, leur amour n'est qu'illusion, ils se rendent forcément
un jour compte que tout n'est que mensonge, que l'amour n'existe pas
Misona :
(à elle même) Le pauvre homme radote, son pauvre crâne
aura probablement beaucoup souffert pendant le voyage. Je vais l'emmener
chez moi, qui sait
je serai peut-être en tirer quelque plaisir !
Hep, l'ami, suis-moi je t'offre le gîte.
Elle tire Menutto par le bras qui ne la suivra que très lentement
tout en continuant ses profondes méditations à voix haute.
Menutto :
La relation amoureuse est ridicule. D'ailleurs, s'unir à quelqu'un
est un acte qui relève du suicidaire ou de la plus consternante
bêtise. Un couple finit toujours par être séparé.
Si ce n'est par sa charge d'auto-destruction, ce sera par un élément
étranger au couple : la mort, la maladie, le chômage, la charentaisisation
du mari ou la bigoudisation de la femme. Les seules belles histoires d'amour
sont celles qui finissent mal
(échappant un instant des mains de
Misona) ce qui m'amène à la conclusion suivante : la relation
amoureuse ne trouve de beauté que dans la violence de sa rupture.
Rattrapé par Misona et, après avoir dit sa dernière
phrase, Menutto, un expression béate au visage, se laissera tranquillement
entraîner par sa protectrice.
Rideau
Fin du premier acte.
Acte 2, Scène 1.
Une maison d'apparence modeste. A droite un escalier, à gauche
une large fenêtre grande ouverte avec pour rideaux de splendides
voiles blancs qui virevoltent dans le vent. On entend au loin les cris
des enfants qui jouent. Au milieu de la pièce se trouve une table
sur laquelle est allongé Menutto. Menutto se réveille regarde
quelques instants autour de lui et, une fois ses esprits retrouvées
commencera à soliloquer :
Menutto seul.
Menutto :
Bon, maintenant que tu as plus ou moins retrouvé tes esprits
tu vas m'élucider cette histoire. Faisons le point. Selon toi, nul
être, même céleste, n'est parfait. Les hommes sont donc
sur terre pour se déplaire, pour être déçus,
pour souffrir. La vie terrestre est par conséquent un quasi-inévitable
calvaire dont la mort est la seule issue. On est bien d'accord mon petit
Menutto ? (Il hoche la tête) Bon, bon, bon. Jusque là tout
va bien. Mais il fallait bien-sûr que je rencontre cette harpie (à
lui même) je suis parfaitement conscient que la traiter de harpie
est profondément injuste vu le gîte qu'elle m'a généreusement
et gratuitement offert mais n'oublions tout de même pas qu'à
cause d'elle je peux faire un autodafé avec pour seule bûche
mon manifeste sur l'existentialisme copulatif, c'est donc fort logiquement
qu'à mes yeux elle soit une harpie ce qui n'implique en rien le
reste de l'humanité. (reprenant le ton qu'il avait en début
de monologue) Bon où en étais-je ? Ah oui, il fallait que
je la rencontre, c'est logique, il y a toujours une exception à
tout ! Et, bien entendu il a fallu que ce soit une femme. Ah femmes, femmes,
femmes, bande de loques baignantes dans de l'eau de vaisselle aussi stagnante
que putride ! Attend, attend, reprend tes esprits mon vieux, il y a vraiment
pas de quoi s'énerver. Tout problème a une solution, sisisisisi,
bon, alors, quelle est la solution adéquate ? Faisons le point :
la dame est belle et intelligente, elle doit donc, théoriquement,
me plaire. (surpris) Mais
mais
bon sang, c'est évident ! ! ! Elle
ne me plaît pas
je suis un homosexuel de la pire espèce, une
tapette, j'aime pas les filles moi, mais alors pas du tout. (tout joyeux)
Elle a des seins la cocotte, je déteste les seins, ça ne
sert à rien, c'est encombrant, ça traîne là,
au milieu de la poitrine, ça fout rien, c'est mou
beurk ! (il danse
en rond) C'est une femme tralalalalère, une femme, une bonne femme,
un membre éminent du sexe faible, une ardente jupponiste, une fan
de poésie qui fait rimer " cur " et " bonheur ", une éplucheuse
de bintjes, un être chevelu, une épilatrice hystérique,
une machine à poudrer le nez gracieusement montée sur pattes
! Hahahahaha, j'en étais certain, je suis bien trop brillant pour
m'être aussi lamentablement gouré. (un instant) Oui mais attend
mon vieux Menutto, c'est bien beau tout ça mais faut encore prouver
qu'elle n'est pas parfaite pour un autre homme
ah c'est tout moi ça,
je ne pense qu'à ma petite personne, il faudra que je corrige ça
m'enfin,
tout philosophe ne devient-il pas sage avec le temps ? Si ! Ouf, voilà
un problème de moins. Reste donc à prouver que la pauvre
petite ne plaira à personne. Sa beauté ne fera fuir que très
peu de monde, c'est un fait, ah, mère nature pourquoi as-tu fait
les hommes aussi superficiels ? Son intellect peut-être
c'est vrai,
les hommes n'aiment pas avoir des femmes intelligentes, ça les bouleverse
les pauvres. Ben, faut se mettre à leur place, ils rêvent
toute leur vie de se mettre bien à l'aise dans un fauteuil bien
chaud, rien foutre si ce n'est de temps en temps faire faire des vagues
à leur graisseuse bedaine en la grattant ludiquement du bout de
leurs doigts huileusement luisants. Et puis paf, bing, bonks, crac ! Ils
trouvent devant leurs yeux une petite personne toute proprette qui lui
scande, comme si de rien était, les bucoliques et autres géorgiques
du sieur Virgile et tout ça accompagné d'une expression faciale
qui enverrait même bosser un bûcheron New-yorkais ! Non, non,
non, les hommes n'aiment pas les femmes intellectuelles ! C'est certain
! Voilà donc ma très chère théorie sauvée
des griffes de cette inquiétante créature. Ouf ! Notez, elle
m'a tout de même fait sacrement peur l'infâme petite chose
! Mais je ne lui en veux pas, un philosophe de mon rang doit savoir, de
temps en temps, remettre ses théories en doute.
Acte 2, Scène 2.
Menutto et Misona.
Misona descend les escaliers.
Misona :
Hola l'ami ! Alors, remis de tes émotions ? Tu m'as fait un gros
caca nerveux hier, j'ai cru que tu allais invoquer l'esprit de ta défunte
mère tellement tu pleurais. Tu aurais dû voir ça !
Moi, personnellement, je n'avais jamais vu un type s'arracher les cheveux
d'une main en se battant violemment la poitrine de l'autre et tout ça
en se lamentant bruyamment sur son sort et sur celui de l'humanité.
Ah, franchement, je ne regrette pas une seule seconde de t'avoir offert
mon hospitalité.
Menutto :
Merci à toi, vraiment. Tu dois cependant pardonner ma verve défaitiste
d'hier soir, elle n'est due, sois en certaine, qu'à un trop plein
d'émotion que mes entrailles accumulent depuis bien trop longtemps.
J'en veux pour preuve que ta simple existence sur cette terre a failli
bouleverser, à elle seule, le travail de toute une vie. Tu es un
être merveilleux et on peut qualifier de providentielle notre rencontre
! Sois en certaine !
Misona :
Comme tout ceci est bien dit. Tu es vraiment adorable, c'en est attendrissant
! Bon, causons ! M'expliqueras-tu enfin le but de ta visite dans notre
petite ville, est-ce le hasard qui t'a poussé, un souffle providentiel
- comme tu le disais avec tant d'à propos - ou un inavouable but
dont je serai la seule mise au courant ?
Menutto :
C'est là le fruit d'un heureux hasard, je t'assure. Mais j'y
vois une opportunité qu'il serait sot de ne pas saisir : il nous
faut libérer le peuple de l'emprise de l'infâme Capucin !
Il faut non seulement se débarrasser du leader autoproclamé
de cette nouvelle religion tordue pardonne-moi ce pléonasme- mais
aussi couper la tête au mouvement, il faut ouvrir les yeux du peuple,
il faut leur faire entendre raison à tout prix, même si ce
prix est la vie de quelques innocents endoctrinés.
Misona :
Attend ! Ce que tu me proposes c'est de zigouiller Capucin, de se débarrasser
de tous ses fidèles - de la plus violente des façons - et
de, par la même occasion, prendre le pouvoir de ce bourg ? C'est
bien ça ?
Menutto :
(surprit par la vivacité d'esprit de Misona) Oui, c'est plus
ou moins ça. Je dirais même que c'est tout à fait ça
(à lui même) et qui a osé dire que les femmes étaient
aussi intelligentes qu'une vache de douanier suisse ? (à Misona)
Alors, tu en dis quoi ?
Misona :
Ben, heu, je dois dire que ça me fait un peu peur. Capucin a
été très bon avec nous, très très bon
même. Tu sais comment nous vivions avant qu'il ne renverse, aidé
de son brave Gallian, l'emprise que l'église Catholique avait sur
nous ? Nous vivions alors un terrible calvaire, nous devions nous taper
des petits chanteurs grégoriens à chaque coin de rue
Menutto :
(horrifié) Oh mon Dieu !
Misona :
Nous devions également nous taper une bonne douzaine de paternostre
par jour !
Menutto :
(toujours horrifié) Quel abjecte traitement !
Misona :
Il fallait, chaque dimanche, aller écouter les jérémiades
d'un prêtre dont la voix atteignait plusieurs fois au cours de ses
sermons le double double contre-ut - prouesse vocale qui, parait-il, fait
même trembler une soprano des plus douées - !
Menutto :
(l'horreur va crescendo) :
ô rage, ô désespoir, ô vocale infamie,
n'ai-je donc tant vécu que pour cette mélodie ?
Et ne suis-je flétri par ces stridentes plaintes
Dont mes frêles oreilles chantonnent la complainte !
Misona :
(observant Menutto d'un il étonné) Oui, c'est exactement
ça ! Je n'ai donc nul besoin de t'expliquer à quel point
l'arrivée du brave Capucin est perçue par le peuple comme
une salvatrice visite d'un héros caressé par les créatures
célestes. Je dois, moi même avouer, que le brave homme, loin
d'être un génie est plus que probablement un illuminé
heureux. Et tant qu'il ne fait de mal à personne
Menutto :
(pendant toute la scène Menutto va s'emporter crescendo : il
sera d'abord calme, puis s'énervera quelque peu, ensuite il grimpera
sur la table et transformera son explication en véritable harangue
frénétique) Non, non, non et non ! Un tyran est un tyran
: pas de compromission ! Je me moque que l'homme soit bon, naïf, amateur
de poésie, ami des bêtes, charitable avec les vieilles dames
c'est
un dictateur, ni plus ni moins ! J'ai rencontré dans mes voyages
des tyrans bons et généreux qui distribuaient du pain gratuitement
au peuple, qui leur permettait de s'exprimer librement, d'avoir maison,
travail et famille sans avoir à payer en échange la moindre
contrainte ! Capucin est un dictateur, un scélérat, un traître
sanguinaire de la pire espèce, un abjecte échantillon de
notre société : cruel, sadique, vil, vicieux, menteur, fourbe,
habile dans ses discours ; Capucin est une vipère, une couleuvre
albinos, un chanteur d'opérettes portoricaines, un mythomane, un
dangereux illuminé. Il faut le combattre Misona, joignons nos forces,
à deux nous pourrons l'abattre, nous lui ferons boire la ciguë,
nous lui extirperons reins, amygdales et synapses par les gros orteil,
nous lui prouverons que, sur cette terre, nul homme est en droit de s'attribuer
un quelconque pouvoir sans avoir été démocratiquement
élu !
Misona :
(perplexe) Oui
admettons. Mais, après avoir écrasé
Capucin, qui dirigera le bourg ?
Menutto :
(logique) Eh bien, nous, voyons ! Nous prétexterons simplement
qu'il faut que quelqu'un s'occupe du village en attendant que le climat,
apaisé, permette d'organiser sainement des élections. Pendant
cette période nous nous rendrons populaires : nous organiserons
des bals populaires, avec de grands jeux. Nous torturerons en place publique
le peuple raffole de ce genre de divertissements quelques opposants
au régime, nous aideront, publiquement, les vieillards à
traverser les rues, nous en sauveront, occasionnellement, un ou deux d'une
effroyable mort en émettant des lois interdisant aux charrettes
de dépasser le " 5 pavés aux dix secondes " et, pour que
les conducteurs de charrettes ne soient pas mécontents nous obligerons
les vieux à traverser uniquement de nuit ! Alors, qu'en dis-tu ?
Misona :
Tout ceci est extrêmement tentant
mais comment nous débarrasseront-nous
de Capucin et de ses sbires ?
Menutto :
Rien de plus simple ! Il nous suffit de trouver un plan !
Misona :
Oui
.et ce plan
qui va le trouver ?
Menutto :
Ben
heu
nous
ça ne doit pas être si compliqué que
ça de faire tomber de régimes
tout le monde s'amuse à
le faire aux quatre coins de la terre. Il y a peut-être une méthode
universelle
comme
heu
comme
Misona :
Comme avoir le peuple avec soi !
Menutto :
Par exemple, oui ! Voilà, tu as trouvé ce qu'il nous fallait
: il faut rendre Capucin extrêmement impopulaire !
Misona :
Mais comment nous y prendrons-nous ? Comme je te le disais, Capucin
est très apprécié du peuple, tout ce qu'il leur raconte
est parole d'évangile c'est d'ailleurs le cas de le dire- !
Menutto :
C'est très simple, il suffit de le rendre impopulaire, de lui
allouer des paroles qu'il n'a pas dit comme " tous les vieux sont moches
et tous les jeunes sont des sots " ça parait inoffensif comme ça,
mais je t'assure qu'aux oreilles du peuple ça peut faire très
mal. On fera également courir les plus infâmes rumeurs à
son sujet : qu'il éventre des nains dans les caves de sa maison,
qu'il aimé aller à la pêche le lundi après-midi
Misona :
Comme tu y vas !
Menutto :
(poursuivant) Nous pouvons aussi saboter tout ce qu'il entreprend, catapulter
des handicapés contre les nuages pour prouver au peuple qu'ils ne
sont pas de pierres et si, mlagré tout, le handicapé s'écrabouille
contre le nuage nous dirons au peuple que les Dieux ne sont plus avec nous
et que c'est de la faute de Capucin qui, comme chacun le sait, vit dans
la luxure. Nous pouvons affamer le peuple en incitant des merles roux à
uriner sur les récoltes. Alors, contre qui le peuple se retournera-t-il
s'il a faim ? Ce n'est pas contre les merles roux, ni contre les hamsters
mais
bien contre les responsables : Arepte et Phisance
et qui représente
les Jumeaux sur notre belle terre ?
Misona :
Capucin !
Menutto :
(satisfait) Capucin !
Misona :
Une dernière chose
qu'adviendra-t-il du primat primate ?
Menutto :
Je suppose que tu fais allusion à ce gros garçon poilu
de Gallian. Bah, il ne m'a pas l'air particulièrement dangereux.
Nous pouvons lui proposer de se joindre à nous, en échange
de deux trois gâteux fourrés que tu auras la gentillesse de
lui préparer
ou bien, plus simplement, on peut l'empaler sur un
pal chauffé à blanc avec son copain Capucin !
Misona :
(un large sourire aux lèvres) Je suis une piètre cuisinière
Menutto :
Très bien : " vive le pal " dans ce cas !
Misona :
(folle de joie) Vive le pal !
Menutto :
(pendant qu'il parlera le rideau se fermera doucement) Bon, avant de
commencer, composons le chant de la révolte
que dirais-tu de " gloire
à toi, ô rédempteur Menutto " ? Ou encore " Vive, vive
Menutto, ce glorieux héros " et que penses-tu de
rideau
fin du deuxième acte.
Acte 3, Scène 1.
Le rideau s'ouvre sur l'intérieur de la maison de Capucin. Au
milieu de ce qui semble être une salle de séjour : une baignoire
en or plus-que-massif. Capucin y évolue paisiblement, jouant avec
un petit canard jaune en poussant de cris de canard, comme pour attirer
son compagnon de plastique. Derrière la baignoire, une pendule,
elle aussi en or. Deux confortables fauteuils entourent la baignoire. Sur
la gauche, deux portes. Rien d'anormal à ce dernier élément
du décor si ce n'est que les deux portes sont encastrées
l'une dans l'autre. En somme, il y a une petite porte dans une grande porte.
Les murs sont décorés d'un papier peint du plus mauvais goût
(fleures oranges sur fond brun par exemple). À l'extrème
gauche de la pièce se trouve un socle vide, considérablement
imposant.
Capucin :
(dans son bain, s'adressant d'un ton infantile au canard) Coin, coin
coin coin coin ! C'est qui le coin-coin à son papa ? Hein, c'est
qui ?
Le canard en plastique :
Coin !
Capucin :
(caressant la tête du canard) Ah tu es un bon garçon toi,
au moins. Tu ne crées jamais aucun problème, avec toi, tout
est simple : tu es propre, tu ne discutes pas mes ordres, tu es d'une docilité
incroyable. On voit bien que c'est moi qui t'ai élevé : sévèrement
mais justement ! Ah, si tu savais à quel point je t'aime
tiens,
d'ailleurs
si j'osais (il regarde autour de lui, puis, constatant qu'il
n'y a personne aux alentours embrasse rapidement le canard)
Le canard en plastique :
(scandalisé) Coin coin coin coin !
Capucin :
Oh, c'est bon, tu ne vas pas te mettre dans tous tes états pour
un malheureux bisou qui, sois en certain, était strictement paternel
!
Le canard en plastique :
(toujours scandalisé) Coin coin !
Capucin :
Ahlalalala, toi décidément, tu es exactement comme ta
mère : toujours besoin d'être outré pour une raison
ou pour une autre. Le pire c'est que, de sa part, je puis le comprendre,
c'est ma femme, après tout, me rendre la vie impossible
c'est son
devoir d'épouse
mais toi
mon fils, chaire de ma chaire, tu devrais
être de mon côté !
Le canard va se cacher sous la mousse sans mot dire.
Capucin :
(poursuivant) C'est ça, c'est ça, fait comme si je n'existais
pas, bouche-toi les oreilles avec de la mousse
ingrat, scélérat
tu
es bien le fils de cette
de cette (hurlant en direction de la porte) de
cette harpie ! (Capucin, mordu par le canard) Aïe, malheureux, tu
me mords (saisissant le canard) c'en est trop, je te répudie, tu
n'es plus mon fils (il jette le canard en direction de la porte dont le
petit élément s'était, entre-temps ouvert le canard
passe par la porte)
Fracas d'assiettes, bruit d'une personne tombant lourdement dans les
escaliers
Signora Capucin :
Oh mon Dieu, je suis tombée, on a voulu m'assassiner, conspiration,
conspiration ! A moi !
Le canard en plastique :
(en même temps) Coin, coin coin coin !
Signora Capucin :
(remontant les escaliers, toujours dans la coulisse, grommelant de sa
grosse voix d'homme) Bon sang de bon sang de bon sang d'huître avachie
! Qui a voulu m'ôter la vie ? Seigneur tout puissant, Jésus,
Marie Joseph, quel cruel destin qu'est le mien ! Ah
rien n'égale
mon tourment, rien, je suis une malheureuse, une misérable
.ah,
Dieu, viens-moi en aide, j'implore ta miséricorde !
Acte 3, Scène 2.
Signora Capucin entre en scène par la petite porte. La femme
dont la voix nous avait fait craindre
hum
la masse
est toute petite, carrément
minuscule. Elle claque la porte.
Capucin :
(tout docile) Chérie, amour, je t'ai déjà dit qu'il
fallait essayer de ne point blasphémer. C'est crime que d'implorer
l'armada catholique, tu le sais
fais un petit, un tout petit effort.
Signora Capucin :
(folle de rage) Quoi ? Tu essayes de m'assassiner en projetant notre
malheureux fils sur ma frêle personne et tu espères t'en tirer
à si bon compte. (elle place le canard sur le socle).
Le canard en plastique :
(fièrement) Coin !
Signora Capucin :
(caressant la tête du canard) Oui, tu es un bon garçon
! (à Capucin) Quant à toi, nous reparlerons de cet attentat
après tes rendez-vous dominicains.
Un ange tirant un boulet au pied entre en scène par la petite
porte.
L'ange :
Votre magnificence ?
Capucin :
(sèchement) Oui ?
L'ange :
Les hommes politiques attendent dans la salle de bains.
Capucin :
Bien, dites leur d'entrer.
L'ange :
Comme sa magnificence voudra.
L'ange sort traînant difficilement son boulet derrière
lui.
Capucin :
Ma chérie, aurais-tu l'amabilité de ma laisser travailler
un instant, je t'assure que nous réglerons ce triste quiproquo après
mon entretien.
Signora Capucin :
(sèchement) Bien !
Elle sort. Le canard fait " coin ", les hommes politiques, des jumeaux
vêtus exactement pareils, entrent en rampant.
Acte 3, Scène 3.
Capucin :
(joyeusement) Bonjour à vous mes amis ! Allons, allons, sus au
cérémonial, levez-vous donc, nous n'avons peut-être
pas gardés les chrétiens ensembles mais je trouve ces prosternations
un peu surannées, elles appartiennes à une autre époque,
considérez-moi plus comme un frère d'armes que comme un leader
religieux sanguinaire.
Les hommes politiques se lèvent.
Premier homme politique :
Bonjour mon Capucin ! Comme ta mine est rose
Comme elle est éclatante, et quelle noble pose,
Tu tiens là dans ton bain ! Si j'avais la clarté
Et l'éclat de ton tain, on me verrait poser,
Le soir l'après-midi, pour que nos citoyens :
Enfants, curés, esclaves, archontes et païens
Jalousant ma beauté, puissent enfin constater,
L'écume blanche aux dents, de qui vient ma beauté !
Eh oui mon Capucin, je ne te leurre pas !
Aussi vrai que l'état repose dans tes bras !
Tu es à la beauté ce qu'Icare est au ciel :
Un concurrent si fier qu'il s'y brûla les ailes !
Mais ne t'inquiètes pas, je te sais trop malin,
Que pour envisager un si sombre destin !
Second homme politique :
Ouais, salut Capu, ça moove ?
Capucin :
Ca quoi ?
Second homme politique :
" Ca moove " Ca veut dire " comment allez-vous " en argot.
Capucin :
" Ca moove "
j'aime ce mot. (hurlant en direction de l'escalier) Gabi
! Gabi, viens ici sur le champ, allez, grouille-toi que diable !
Entre l'ange, traînant son boulet.
L'ange :
Monsieur me demande ?
Capucin :
Parfaitement, as-tu de quoi noter ?
L'ange :
Oui, maître.
Capucin :
Bien, alors, tu vas me noter ceci : " chers concitoyens, à partir
de ce jour, pour me saluer vous me direz " ça moove " sous peine
de mise à tabac ".
L'ange :
Monsieur désire-t-il encore quelque chose ?
Capucin :
Oui, donne un coup de pied à ce sinistre garnement (il indique
le premier homme politique du doigt)
L'ange obéit et sort.
Premier homme politique :
Mais seigneur adoré, ai-je été si méchant,
Que pour me voir subir un pareil châtiment ?
Capucin :
Toutes mes lois sont rétroactives, tu ne m'as pas salué
par un " ça moove " tu as donc été légèrement
passé tabac par mon domestique. Quoi de plus logique ?
Second homme politique :
En effet, quoi de plus logique ? Bon, mon Capucin adoré, tu comprendras
aisément que ce n'est pas pour tes beaux yeux que nous te rendons
visite.
Capucin :
Ah
j'aurais dû m'en douter
bon, vous m'expliquerez tout ça
dans quelques instants. J'ai, avant tout, une question à poser
et,
pour être honnête, elle vous concerne !
Premier homme politique :
(à son frère)
Ô infini bonheur, il va nous questionner,
J'en suis d'ors et déjà tout fou, tout retourné
!
Second homme politique :
Vas-y, accouche !
Capucin :
Cela fait bien deux mois que vous venez chaque semaine saloper ma moquette
de vos infectes souliers de parlementaires mal payés. J'ai bien
remarqué que vous étiez jumeaux et que vous vous habilliez
tous les deux
.chez le même couturier
enfin, vous êtes toujours
habillés de la même manière. Cependant, un détail
vous diffère : la manière que vous avez de vous exprimer
! Tandis que de la bouche de l'un ne sortent que des éloges en alexandrins,
de la bouche de l'autre, je n'entends que paroles plébéiennes
agressivement tournées
comment se fait-il ?
Second homme politique :
Ah, mais c'est très simple mon petit père. Marc, mon frère,
est leader autoproclamé du parti conservateur de cette contrée,
il en est le seul membre et il a été élu " homme politique
de la ville ", fonction purement honorifique. Il est donc de mon devoir,
en temps que leader autoproclamé du parti populaire local, d'assurer
l'opposition. Comme mon frère est au pouvoir il est normal qu'il
parle avec respect au chef que tu es. Moi, comme je suis dans l'opposition,
je dois te foncer dans le mou ! Tu vois ?
Capucin :
Heu
oui, je vois mais, ça n'explique pas les alexandrins et l'argot
!
Second homme politique :
Mais si, pauvre pomme, c'est parfaitement logique. Nous sommes pareils,
nous avons les mêmes goûts vestimentaires et nous aimons les
mêmes coupes de cheveux. Le langage reste le seul moyen de nous distinguer.
Le conservateur s'exprime en alexandrin et le populiste en argot, c'est
parfaitement logique n'est ce pas ?
Capucin :
Il est vrai que, vu sous cet angle
. Et dites, j'y pense, que font les
autres membres du parlement ?
Second homme politique :
Nous ne sommes que deux.
Capucin :
Deux
mais comment faites-vous pour vous départager lors des votes
?
Second homme politique :
Le représentant du parti au pouvoir a deux voies, l'opposition
n'en a qu'une.
Capucin :
Ah
et qui vous élit ? Il me semble que le peuple n'a pas le droit
de vote
c'est dû moins ce que j'ai dicté à mon fidèle
Gabi
Second homme politique :
C'est l'assemblée qui élit son chef chaque mois
Capucin :
Ah
je vois
brillante idée, qui l'a eue ?
Second homme politique :
C'est mon frère, en fait je me suis fait piéger : le fieffé
gredin avait pressenti que le régime changerait et que le peuple
perdrait son droit de vote, il inventa donc une loi qui déclarait
qu'au cas où le peuple perdait, en effet, son droit de vote, ce
serait à l'assemblée qu'incomberait la tâche d'élire
son président.
Capucin :
hummm
il est donc président à vie
Second homme politique :
En effet
Capucin :
Et donc tu seras dans l'opposition ad vitam aeternam ?
Second homme politique :
Hélas
Capucin :
Ah
(s'adressant au premier homme politique) mais dites-moi vous, pourquoi
vous exprimez-vous si peu ?
Premier homme politique :
Il est vrai Capucin que je m'exprime peu
Mais j'aimerais bien t'y voir, émissaire des Dieux !
Crois-tu qu'il soit aisé d'inventer sur le champ
De parfaits alexendrins en si peu de temps ?
Capucin :
Il est vrai qu'il n'est pas chose aisée que d'improviser des
alexandrins ! Mais pourquoi, toi qui est seul maître du parlement,
ne te déclares-tu pas leader autoproclamé du parti populaire,
tu pourrais t'exprimer en argot et, par conséquent me saluer d'un
" ça moove " et tout cela en conservant ton poste. Je n'ignores
pas que les hommes politiques se moquent éperdument des idées
qu'ils défendent et que seul leur fonction les importe, ton changement
de camp ne devrais donc pas te poser de grave problème de conscience.
Je te propose donc de faire passer l'arrêté suivant : " à
partir de ce jour, je me déclare leader autoproclamé du parti
populaire et condamne mon frère bien aimé a me remplacer
dans mes anciennes fonctions de leader du parti conservateur. Je garderai,
soucieux de l'équilibre de l'état, mes fonctions de président
de l'assemblée ". Qu'en dis-tu ?
Second homme politique :
Mais, puissant Capucin !
Capucin :
" Puissant " N'est ce pas là une louange ?
Second homme politique :
Point du tout, ô noble et grandiose héros ! Je préférerais
me jeter à tes genoux et baiser tes suaves pieds plutôt que
de te vénérer. Mais, par pitié, interdit à
mon frère de manuvrer de la sorte.
Capucin :
Non !
Second homme politique :
Mais, par l'archange Gabriel, qu'ai-je fait !
L'ange :
(passe sa tête par la porte) Désolé, je ne suis
plus en service ! Je ne peux pas tout faire à la fois
(descendant
l'escalier). Non mais, ils se prennent pour qui ces gens ? Ils pensent
sans doute que j'ai pas assez à faire
c'est vraiment plus tenable
: je suis secrétaire, domestique
ô pauvre de moi
Pendant que l'archange Gabriel se plaint, depuis la coulisse de son
tragique destin, Capucin somme le premier homme politique de lui remettre
son soulier, qu'il s'empressera de balancer en direction de la cage d'escalier.
L'ange tombe lourdement.
Capucin :
Tais-toi ! (au second homme politique) Quant à toi mon coco,
je n'aime pas ton ton, j'aurais pu te faire écarteler, brûler
à petits feux, rouer de coups, empaler sur un fer chauffé
à blanc, j'aurais également pu te faire arracher les yeux,
te faire mariner dans du vinaigre après t'avoir fait gratter le
corps au papier de vers
tout ça pour crime de lèse-majesté.
Mais tu es l'illustre inventeur du " ça moove capucinal " et je
ne voudrais, pour rien au monde te perdre !
Second homme politique :
(ironiquement) Me voilà ravi
Capucin :
Mais j'y pense, qu'est ce qui vous amène ?
Premier homme politique :
L'affaire qui nous presse, en cette matinée,
D'apparaître chez toi, avant le déjeuné.
Est d'une telle horreur qu'il m'est presque impossible
Malgré ma volonté, d'émettre un son audible !
Nous étions calmement endormis dans nos lits
Quand à notre stupeur nous ouïmes des cris
Provenant, sans nul doute, de la déserte rue.
Claudiquant de fatigue et les petons tout nus
C'est courageusement que, vite, nous sortîmes.
Et là, devant nos yeux, se déroulait un crime :
Une femme et un homme pissaient allègrement
Tel un chien et son banc, sur notre parlement !
Ce n'est d'ailleurs pas tout, car les malins complices,
Après avoir souillé de leur infecte pisse
La noblesse et l'honneur de notre bâtiment
Et oubliant, sans doute, les divins châtiments
Que ton auguste main aux pisseurs réserve,
S'en prirent, ô surprise, à l'icône des Dieux
Qu'avec précaution nous gardions en ces lieux !
Capucin :
Tu veux dire que
que
qu'ils ont pissé sur l'icône d'Arepte
et Phisance ?
Second homme politique :
Pas exactement
Capucin :
L'ont-ils abîmée ?
Second homme politique :
A vrai dire, cruel Capucin, ces infectes parias l'ont, sans la moindre
retenue, enlevée !
Capucin :
Et
que faisiez-vous pendant qu'on enlevait le symbole de mon pouvoir
?
Second homme politique :
Nous étions tétanisés !
Capucin :
Peste soit de la politiquaille. Messieurs, vous venez de prouver que
rien ne vaut une bonne dictature ecclésiastique, on ne peut décidément
rien vous confier. Bien, calme-toi Capucin, tout va s'arranger. (aux politiciens)
Il faut avant tout que le peuple n'ait oreille de ce tragique incident.
Si la nouvelle venait à s'ébruiter je serais, sur le champ
destitué. Tout mon culte repose sur ce Polaroïd ! Bon, bon,
on se calme (à l'ange) Gabi ! ! ! !
L'ange entre en boitant
L'ange :
Oui chef ?
Capucin :
Note : sur le bûcher les politiciens grilleront si mon icône,
pour demain, n'est pas retrouvée.
Second homme politique :
Allons donc, c'est encore nous qui prenons !
Capucin :
Rompez, rompez tous, je dois m'habiller au plus vite, réunir
autour de moi mon fidèle Gallian et ma tendre épouse. Allez,
ouste, foutez-moi le camp bande de chacals galeux ! (tout le monde sort).
Capucin, mon ami, votre perte a sonnée si vous ne retrouvez cette
photo !
Fin du 3e acte.
Acte 4, Premier tableau, Scène unique.
Le rideau s'ouvre sur le parlement. Une grande table est dressée
au centre de la scène, deux gardes surveillent la grande porte qui
se situe face à la table.
On toque à la porte.
Les gardes :
Qui va la ?
Gallian :
C'est Gallian, il y a quelqu'un ?
Les gardes :
Non.
Gallian :
Comment ça " non " ?
Les gardes :
Hihihihi
que nous sommes sots
.non, non, Gallian, il n'y a personne.
Hihihihi
Gallian enfonce la porte.
Gallian :
Non mais
Les gardes :
Bonsoir monsieur.
Gallian :
(avec une rare courtoisie) Bonsoir. Il est là ?
Les gardes :
Pas encore.
Gallian :
Tant mieux.
Il s'installe à table, se croise les bras et ferme les paupières.
Second homme politique :
(de la coulisse) Heo, ouvrez ! C'est la politiquaille !
Les gardes :
Oh, ah, ouvrons-leur.
Ils entrent.
Second homme politique :
Hola !
Gallian :
(se réveillant) Que tal ?
Second homme politique :
Mui bien (aux gardes) Il est là ?
Les gardes :
(s'observant) Ben non
il est pas là, vous voyez bien.
Second homme politique :
En effet
Gallian :
Bien.
Un temps.
Second homme politique :
Bien.
Un temps.
Premier homme politique :
Bien.
Second homme politique, Gallian :
Et l'alexandrin ?!
Le premier homme politique :
Bah, on est entre nous
Un temps.
Le second homme politique :
En effet.
Un temps.
Gallian :
C'est bien vrai.
Un temps.
Le premier homme politique :
N'est ce pas ?
Un temps.
Gallian :
(indiquant le festin) Bon
Le second homme politique :
Oui
Ils s'attablent, bouffent à s'en rompre les tripes, s'endorment.
(L'auteur conseille aux hypothétiques metteurs en scène et
aux futurs lecteurs, par souci de concision, de ne se figurer que le début
de ce festin
.ça peut durer ces choses là
et l'auteur ne
désire pas vous faire perdre votre temps
.voilà
)
Rideau
Acte 4, Deuxième tableau, Scène unique.
Même salle, Gallian et la politiquaille dort profondément
en émettant des sons qu'une dame du monde verrait, soyez-en certain,
d'un très mauvais il. Capucin entre en scène, les gardes
claquent des talons.
Capucin :
Bon appétit messieurs !
Gallian tombe de sa chaise. Les deux hommes politiques se redressent
en baillant.
Gallian :
(se relevant) Oh, bonjour suave Capucin. Pardonne-nous
mais nous n'avons
pas pu t'attendre.
Second homme politique :
Oui, nous étions affamés.
Premier homme politique :
Je suis navré, vraiment navré.
Capucin, Gallian, second homme politique :
Et l'alexandrin ?!
Premier homme politique :
Oh ça va hein
c'était une octosyllabe
ça compte
non ?
Capucin :
Admettons
Gallian :
Donc, grandiose Capucin, tu ne nous en veux pas trop ?
Capucin :
(joyeusement) Mais non voyons !
Gallian :
Grâce te soit rendue !
Les hommes politiques :
(en chur) Gloire, gloire à Capucin ! Gloire à cet homme
clément et doux !
Capucin :
Comment étaient ces pâtés ?
Gallian :
Délicieux ! Bien poivrés, comme je les aime !
Capucin :
Le cygne ?
Le second homme politique :
Un régal ! Il danse encore dans mes tripailles.
Capucin :
Le vin ?
Gallian :
Gouleyant, fruité, pas acide pour un sou. Un délice !
Capucin :
Les choux à la crème ?
Second homme politique :
Loués soient tes choux à la crème !
Capucin :
Et cette farce ?
Gallian :
(aux anges sans jeu de mots ) Oh la farce
Second homme politique :
foudroyante.
Gallian s'écroule.
Capucin :
Ah, cette farce
Le premier homme politique s'écroule.
Capucin :
Pour être foudroyante
Le second homme politique s'effondre.
Capucin :
Elle l'est !
Rideau
Acte 4, Troisième tableau, Scène 1.
Capucin est assis à la place de Gallian, ce dernier gît
encore sur le plancher. L'ange Gabriel sort par la grande porte en traînant
un des deux hommes politiques par les pieds.
Capucin :
C'est tout de même inouï !
L'ange :
(s'arrêtant) Pardon monsieur ?
Capucin :
Je disais qu'il était inouï de la part de ses messieurs
de s'être laisse empoisonner aussi facilement.
Gallian :
Arghhhhhh arghhhhhh glups
Capucin :
Ah tu vis encore toi ?
Gallian :
Arghhhhhh.
Capucin :
Ca passera
Gallian :
(se traînant péniblement vers la porte) Arghhhhhh.
Capucin :
Oui c'est ça, vas-y, enfuis-toi. Non mais, pour qui me prend-il.
Eh Gallian, tu vas mourir, inutile de sortir, dans deux minutes ta bile
te sortira par les yeux, ton foie ira mijoter dans ton acide pancréatique,
tes narines se transformeront en joyeuses fontaines de sang. N'aies crainte,
j'ai su vous empoisonner correctement. (un temps, il va vers Gallian et
s'agenouille près de lui) Explique moi quelque chose.
Gallian :
Arghhhhhh.
Capucin :
Tu ne t'es pas douté une minute que je t'empoisonnerais ?
Gallian :
Arghhhhhh.
Capucin :
Que dis-tu ?
Gallian :
Arghhhhhh arghhhhhh, gnap, gnap, glups, arghhhhhh.
Capucin :
Tu avais faim ?
Gallian fait clairement " oui " de la tête, l'écume lui
sort de la bouche.
Capucin :
J'aurais dû m'en douter ! Te souviens-tu de ce que j'avais dit
en fin de premier acte ?
Gallian fait non de la tête.
Capucin :
Attends, j'ai là une copie de la pièce. (il sort une brochure)
Voilà, Acte I, Scène II, Capucin dit à Gallian " l'ami,
ta bedaine sera ta perte " ? Tu vois.
Gallian tourne la tête vers la brochure et fait oui de la tête,
Capucin range la brochure.
Capucin :
Mais comme d'habitude on ne m'écoute pas. C'est vraiment incroyable,
je suis portant de bon conseil (il trempe son doigt dans l'écume)
La preuve !
Gallian :
Arghhhhhh.
Capucin :
Pardon ? Ah, tu dois te demander pourquoi je vous ai empoisonné,
c'est bien ça ?
Gallian fait " oui " de la tête.
Capucin :
Bien, c'est une longue histoire, tu n'auras sans doute pas le temps
d'entendre la fin. (éclatant de rire) Tant mieux, tu la connais
! Pardon, mon légendaire humour noir
tu comprends. Bon, commençons
par le début. Je vous ai empoisonné parce que
Gallian meurt en glapissant une dernière fois.
Capucin :
Oh zut alors, il est mort, à qui vais-je raconter ma belle histoire
? Gabi ! Approches.
Acte 4, Troisième tableau, Scène 2.
L'ange entre en scène.
L'ange :
Monsieur me demande ?
Capucin :
Tu ne te demandes pas toi pourquoi j'ai empoisonné mes trois
plus proches collaborateurs ?
L'ange :
Non monsieur.
Capucin :
Vraiment ?
L'ange :
Vraiment monsieur.
Capucin :
Ca ne t'étonnes pas ?
L'ange :
Avec monsieur, je ne m'étonne guère de grand chose.
Capucin :
Insolent !
L'ange :
Non monsieur, c'est simplement que monsieur est tellement imprévisible
qu'avec monsieur l'imprévisible devient prévisible. Par exemple
: le fait que monsieur ait empoisonné ses amis est tout à
fait prévisible, car c'est un événement qui d'habitude
serait imprévisible. Le fait, par contre, que monsieur se brosse
les dents avant d'aller se coucher est imprévisible, car c'est pour
le commun des mortels un acte on ne peut plus prévisible. Monsieur
est donc l'homme le plus prévisible que l'imprévision ait
connu et vice-versa.
Capucin :
Je vois
(doucement) Gabi ?
L'ange :
Oui monsieur ?
Capucin :
As tu déjà simultanément avalé un rat vivant
par chaque narine ?
L'ange :
C'est là un plaisir auquel monsieur ne m'a pas encore fait goûter,
je le crains.
Capucin :
Désires-tu y goûter ?
L'ange :
Il est des festins plus attrayants qu'un couple de rat ingurgité
par des orifices qui, au départ, ne furent pas prévues pour
supporter ce genre de fonctions.
Capucin :
Demande-moi pourquoi je les ai empoisonné ?
L'ange :
(platement) Très bien : pourquoi monsieur a-t-il empoisonné
ses trois plus proches collaborateurs ?
Capucin :
Voilà une question intéressant ; mon cher Gabi, tu remontes
dans mon estime !
L'ange :
Monsieur m'en voit fort aise.
Capucin :
(indiquant une chaise) Installes-toi sur cette chaise.
L'ange :
Bien monsieur.
Capucin :
(se racle la gorge) Bon, afin d'épargner à tes synapses
de travailler plus longtemps, je vais enfin te divulguer le secret du meurtre
des deux hommes politiques.
Gallian :
Arghhhhhh.
Un temps.
Capucin :
Et de Gallian
Bon, où en étais-je ? Ah oui, je m'en souviens,
nous en étions au trépas des hommes politiques et de Gallian.
Tout débuta par un sombre soir de mai.
L'ange :
Un sombre soir de Mai ?
Capucin :
Ou de décembre, peu importe. Nous étions tous attablés
et je mangeais une cuisse de poulet.
L'ange :
Une aile monsieur, une aile.
Capucin :
Une aile ?
L'ange :
Oui monsieur.
Capucin :
Bien, une aile
je mangeais une aile disais-je, tandis que Gallian s'enfilait
une dinde farcie. Les hommes politiques, eux grignotaient une tourte et
tout ça en faisant un effroyable bruit !
Un long temps
L'ange :
Et
. ?
Capucin :
C'est tout. Je déteste les gens qui se tiennent mal à
table.
L'ange se redresse sur sa chaise.
L'ange :
Et cette histoire de relique dérobée au parlement ?
Capucin :
Ben oui, il faudra bien la retrouver un jour
L'ange :
Mais
.Seigneur, je ne comprends plus rien.
Capucin :
Moi non plus, dormons.
Rideau
Acte 4, Quatrième tableau, Scène unique.
Capucin :
(se réveillant) Ah, ça va mieux. Tu la veux mon histoire
?
L'ange :
(émergeant) Tant qu'on y est
Capucin :
Très bien, débutons par
L'ange :
La fin.
Capucin :
Par le début !
L'ange :
Ah ?
Capucin :
Parfaitement. Là, tu vois que je suis imprévisible !
L'ange :
Force est de reconnaître qu'en effet, monsieur est imprévisible.
Capucin :
Bon, la relique enlevée, un parlementaire s'exprimant en vers,
un parlementaire irrévérencieux et un chef de village débile.
L'ange :
Profond.
Capucin :
Débile profond ?
L'ange :
Oui.
Capucin :
Ce n'est pas médicalement prouvé !
L'ange :
En effet.
Capucin :
Alors, tais-toi, tu n'es pas qualifié.
L'ange :
Vous non plus !
Capucin :
Un peu de farce ?
L'ange :
Heu, sans façons, poursuivez je vous en prie !
Capucin :
Bien
alors, tous ces gens tournent autour de ma superbe, les villageois
m'observent et me trouvent
L'ange :
Beau !
Capucin :
En effet, mais avant tout ils me trouvent
L'ange :
Sage !
Capucin :
(enchanté) C'est un fait, mais ils me trouvent aussi très
L'ange :
Docte !
Capucin :
Certes, ils me trouvent docte, mais quelle qualité, chez moi,
est prédominante ?
L'ange :
Heu
Un long temps, Capucin trépigne d'énervement.
Capucin :
Répond où je te nomme chef de cur des grégoriens
!
L'ange :
C'est que monsieur a tant de qualités
Capucin :
(à lui même) Cet homme est d'un remarquable lucidité
L'ange :
Monsieur est intelligent !
Capucin :
Miracle, il a trouvé ! C'est exactement ça, le peuple
me trouve brillant ! Je poursuis : tous ces gueux m'observent avec leurs
sales yeux envieux, ils me voient passer sous leurs fenêtres entouré
de mes collaborateurs et que pensent-ils ?
L'ange :
Pourquoi cet homme brillant est-il entouré d'idiots ?
Capucin reste sans voix. Il est, visiblement, très ému.
L'ange : C'est ça ?
Capucin :
Exactement
.Gabi ?
L'ange :
Monsieur ?
Capucin :
Permets que je t'embrasse !
L'ange :
C'est trop d'honneur !
Capucin le bisouille à la manière d'un épingleur
de légion d'honneur.
Capucin :
Voilà qui est fait, je poursuis : Les gens se demandent pourquoi
moi, symbole sur pattes de l'intelligence, me trimbale entouré d'une
poignet de sots. Le peuple n'est pas si bête que ça et commence
à s'interroger : " s'il est entouré de sots, ils est peut-être,
lui même un sot ", " son intelligence n'est sans doute qu'illusion
" etc
L'ange :
Vous deviez donc vous débarrasser de ces gens. Mais comme, en
fonction de la trais sainte charte vous ne pouviez pas les déloger
de leurs postes vous avez décidé de les assassiner
Capucin :
Exactement, et comme ils avaient perdu l'icône d'Arepte et Phisance
je me suis, en même temps vengé.
L'ange :
Et vous voilà seul au pouvoir.
Capucin :
(ravi) Seul !
L'ange :
Et l'icône ?
Capucin :
De deux choses l'une, soit il s'agit d'un archéologue qui a inventé
une machine à remonter le temps dans le seul but de nous voler notre
icône, histoire de se remplir les poches
L'ange :
Soit ?
Capucin :
Soit il s'agit d'un opposant qui, à l'aide de cette icône
parviendra à prouver que tout le culte d'Arepte et Phisance repose
sur une abominable escroquerai dont je suis l'instigateur. Alors surgiront
de la porte de ce parlement une bonne centaine de villageois enragés
qui se saisiront de nous, pauvres être et qui, après un procès
sommaire nous lapidera sauvagement en place publique. Nos corps ne seront
alors plus que viande boucherie qu'on bradera à bas prix. Ensuite
s'installera un autre culte basé, lui aussi, sur une escroquerie,
dont je ne serai, hélas, pas l'instigateur vu que je serai mort
et ainsi de suite,
L'ange :
Le peuple ne comprendra-t-il donc jamais que la religion, qu'elle qu'elle
soit, est une aberration des plus ridicule, qu'il faut être niais
pour imaginer que quelqu'un doté de tous les pouvoirs se fatiguerait
à régir nos vies,
ahlalalala, c'est désespérant
Capucin :
Je suis entièrement d'accord, mais au moins ça nous a
permis de nous enrichir
d'ailleurs vous avez beaucoup mieux marché
avec votre christianisme
faut dire que le mec qui a inventé ça
était fortiche
L'ange :
Oh, monsieur est injuste avec lui-même, monsieur est aussi très
fort
Capucin :
Je te remercie
Une centaine de villageois enragés surgissent par la porte qu'ils
ont au préalable, pris le soin d'enfoncer délicatement. Misona
et Menutto sont en tête. Tous hurlent " mort à Capucin, vive
Misona et Menutto "
Menutto :
(pendant la fermeture du rideau) Non c'est " mort à Capucin,
vive Menutto et Misona ".
Rideau
Misona :
Macho !
Fin du 4e acte
Acte 5, Scène 1.
Un tribunal à l'américaine. Capucin est, bien entendu,
seul au banc des accusés, il n'a pas d'avocat. La salle est comble,
dans le rôle du juge on retrouve Menutto, Misona se charge de la
difficile tache de procureur du nouvel état indépendant.
Un drapeau troué (à l'image du drapeau roumain post-communsite).
Le peuple, Menutto, Misona, un greffier et Capucin.
Menutto :
Greffier, veuillez lire l'acte d'accusation.
Le greffier se lève et lit.
Le greffier :
En ce triste jour d'été, notre bien aimé fondateur
de république autocratique et pluripartiste, j'ai nommé Menutto,
se voit contraint d'accuser le sieur Théodore Auguste Patrice Boulevardier,
dit " Capucin ", de haute trahison envers la machine humaine et d'avoir
grossièrement dupé le peuple à l'aide d'un Polaroïd
truqué représentant l'accusé en compagnie de deux
Dieux qui, après examen de la dite photo, s'avèrent être
de proches collaborateurs du dit accusé, grossièrement déguisés
à l'aide de plumes d'oies et de dents de hamsters. Pour ces deux
gravissimes accusations l'état demande l'autodafé en place
publique de l'accusé.
Le greffier se rassoit.
Menutto :
Bien, bien, bien. La parole est à l'accusation.
Misona :
(se levant) Monsieur le président, mesdames et messieurs du jury,
nous avons devant nous un être infâme, abjecte, immonde, visqueux,
veule, dénué de tout sens moral et, par dessus tout, un grossier
usurpateur ! Il a, sans le moindre fondement, crée une religion
qu'il imposa à tous et ceci dans le seul but d'usurper les citoyens
de ce bourg de tous leurs bien. Capucin, niez-vous ces faits.
Capucin :
Les faits sont des faits. On ne nie pas des faits, car ils sont des
faits.
Menutto :
C'est un fait.
Misona :
Les niez vous ?
Capucin :
Non, car ce sont des faits !
Misona :
Vous avouez donc vous être servi de la crédulité
du peuple pour vous emparer du pouvoir et pour vous enrichir ?
Capucin :
Absolument ! Si vous me permettez cependant une petite rectification
?
Misona :
Bien entendu !
Capucin :
A ce stade-ci, ce n'est pas de la crédulité, c'est de
la débilité clinique.
Le peuple fait des bruits, le peuple est pas content, le peuple se plaint.
Menutto :
(jouant habilement du marteau) Allons, allons, un peu de silence !
Le peuple se tait.
Misona :
N'avez-vous pas honte, vil escroc, de traiter ces braves gens d'idiots.
Capucin :
Apprenez madame que, vil escroc est un pléonasme.
Menutto :
(martelant sa table) Allons, allons, ce n'est qu'une femme, un peu d'indulgence
!
Misona :
Macho !
Capucin :
Pour répondre à votre question " non ", je n'ai pas honte
de moi, je n'ai jamais eu honte de moi et je n'aurai probablement jamais
honte de moi.
Menutto :
Ca a le mérite d'être clair. Madame la procureuse, avez-vous
fini votre interrogatoire ?
Misona :
Oui monsieur le président.
Capucin :
On dit " madame le procureur ", idiot !
Le peuple gronde. Menutto agite son marteau, le peuple se tait.
Menutto :
Allons, allons, un peu de calme. Madame le procureur, puisque vous avez
terminé votre interrogatoire, nous allons faire appel aux nombreux
témoins de l'accusation. Greffier, faites entrer le premier témoin.
Greffier :
(ouvrant la porte) Signora Capucin, épouse de feu monsieur Capucin
en devenir.
Acte 5, Scène 2.
Les mêmes, Signora Capucin.
Menutto :
Signora Capucin, vous êtes bien l'épouse de monsieur Capucin,
ici présent ?
Signora Capucin :
(troublée) Heu
oui, je pense, oui, oui, je suis son épouse
!
Menutto :
En êtes-vous certaine ?
Signora Capucin :
C'est à dire que
Menutto :
Il s'agit là d'une question fondamentale, je la répète
: êtes vous, oui ou non, l'épouse de monsieur Capucin, ici
présent ?
Signora Capucin :
Je crois oui
Menutto :
(hurlant) Il ne s'agit pas de croire madame ! Il s'agit d'être
certaine !
Signora Capucin :
Je ne sais pas, je ne sais plus, tout est si flou depuis ces deux derniers
jours, il manque quelque chose à la maison, mais quoi ? J'avais
un mari, oui, mais à quoi ressemblait-il ? Avait-il une moustache
? Portait-il une barbe ? Etait-il grand, petit, gros, mince
.je ne sais
pas monsieur le juge, je ne sais plus
s'il est une chose dont je sois certaine
aujourd'hui, monsieur le président, c'est que ma mère n'est
pas une courge !
Menutto :
(vivement) Greffier, qu'on fasse acte de cette déclaration, il
la faut vérifier !
Capucin :
J'ose émettre un doute quant à la validité de "
il la faut vérifier ".
Menutto :
Bon, vérifiez cette information !
Une vieille femme :
(dans l'assistance) : Je ne suis pas une courge !
Menutto :
Quoi ?
Une vieille femme :
Je dis que je ne suis pas une courge, sacrevert !
Menutto :
Greffier, qu'on me l'amène !
On amène la vieille.
Menutto :
Ainsi, votre mère n'est pas une courge ?
La vieille, Signora Capucin :
Non !
Menutto :
Bien, qu'on vérifie cette information !
Greffier :
Heu
vérifier ? Comment ?
Menutto :
Qu'on la fasse griller avec deux noisettes de beurre, saler, poivrer,
un peu d'ail, servir chaud, pour quatre ou cinq personnes, arroser d'un
petit médoc, pas trop vieux, c'est un délice
à condition
qu'elle ne soit pas une courge évidemment !
Greffier :
(alléché) J'y file !
La vieille :
(se faisant emporter) Mais
.
Signora Capucin :
Tais-toi maman, tu vas enfin pouvoir prouver de manière infaillible,
au monde entier, que tu n'es pas une courge. (pleine d'admiration) Oh,
monsieur le juge, comme vous êtes sage !
Menutto :
(fier) J'ai fait l'école culinaire avant d'être leader
spirituel. Bon, Signora Capucin, reconnaissez-vous votre mari ?
Signora Capucin :
(dans les limbes) Oh oui monsieur le juge
Menutto :
De quoi peut-on l'accuser ?
Signora Capucin :
(toujours gaga) De tout, monsieur le juge !
Menutto :
De parjure, de crime de lèse-majesté, de régicide,
d'attentat à la pudeur sur des mineurs de moins de douze ans, de
crime crapuleux, d'homicide involontaire et volontaire, de coup d'état,
de trouble de l'ordre public, d'outrage à un fonctionnaire d'état
dans l'exercice de ses fonctions, de saccage de monuments religieux et
historiques protégés par l'UNESCO, d'infanticide, de parricide
?
Signora Capucin :
(au bord de l'orgasme) Oh oui !
Menutto :
C'est donc une crapule ?
Signora Capucin :
Une infâme crapule !
Menutto :
Un monstre ?
Signora Capucin :
de la pire espèce !
Menutto :
Bien, vous pouvez y aller madame !
Signora Capucin :
Oh non
On la traîne hors de la salle d'audience.
Menutto :
Capucin ! En fonction de toutes les lois que le présent gouvernement
n'a pas encore eu le temps d'établir, je te condamne à être
brûlé vif !
Misona :
Amen !
Le peuple :
On va le brûler, youpie, chouette, tralala, rien ne vaut le bûcher,
vive Menutto, vive Misona !
Misona :
Non, c'est vive Misona, vive
Capucin :
Attendez !
Menutto :
Quoi ?
Capucin :
J'ai, moi aussi, droit à un témoin !
Menutto :
(consultant Misona) C'est vrai ça ?
Misona :
Heu
oui.
Ils parlementent à voix basse
Menutto :
Bien, tu as droit à un témoin à condition que tu
ne lui adresses pas la parole et que moi seul puisse l'interroger !
Capucin :
Mais c'est
.bien, bien, soit
Le greffier entre dans la salle en titubant comme un homme qui a trop
mangé.
Le greffier :
Ah ça, pour ne pas être une courge, ce n'en étais
pas une ! Brups
Menutto :
Allez chercher le témoin de Capucin !
Le greffier :
Bien, qui dois-je mander ?
Capucin :
L'ange Gabriel !
Le peuple :
L'ange Gabriel ?!
Misona :
L'ange Gabriel !?
Menutto :
L'ange Gabriel !?
Capucin :
Euh
oui
Tous :
Ah, ok
Le greffier sort et revient en annonçant l'ange Gabriel.
Acte 5, Scène 3.
L'ange Gabriel avance lentement, traînant son boulet avec grâce,
à son passage, le peuple se découvre, il adresse un petit
signe de la tête à Capucin qui lui réciproque bien
volontiers cette marqué d'amitié. Enfin, il prend place à
la barre des témoins.
Silence
Menutto :
(rompant le silence) Ange Gabriel, vous allez témoigner devant
cette cour, veuillez énoncer vos nom, âge et profession !
L'ange :
Gabriel, ange de père en fils, môsieur !
Menutto :
Votre âge ?
L'ange :
Monsieur, énoncer l'âge d'un ange, même dans une
pièce complètement loufoque, relèverait de la plus
basse calomnie.
Menutto :
(martelant son bureau, qui n'en demandait pas tant) Votre âge
!
L'ange :
Pfffffff
attendez, je suis né avant Jésus, ça
c'est clair, ma mère m'a mis au monde sur les bords du lac gelé,
vous connaissez le lac gelé ?
Menutto :
Non, c'est joli ?
L'ange :
Charmant !
Menutto :
(à Misona) On y pensera pour les prochaines vacances ! (à
l'ange) Et alors, poursuivez, on en était au lac gelé !
L'ange :
Oui, oui, bon le lac gelé a dégelé quand la dernière
période de glaciation a prit fin, ce qui doit nous situer, à
vue de nez, aux alentours de trois milliards d'années avant Ahasverus.
Menutto :
Le juif errant ? Qu'est ce qu'il vient faire dans cette histoire celui-là
?
Un misérable qui traverse la scène :
Rien, je ne fais qu'errer !
Menutto :
Eh bien, allez errer ailleurs !
Le greffier :
C'est peut être une courge, autant vérifier !
Ahasverus :
Non môsieur, chez les Ahasverus, nous sommes juif errants de père
en fils, c'est marqué dans la bible ! Vous n'avez qu'à vérifier
!
Menutto :
Non pas le temps, va errer ailleurs, on a du travail nous !
Le juif sort.
Menutto :
Bon, on en était où ?
Le juif revient.
Ahasverus :
Au juif errant !
Le juif sort.
Menutto :
Ah oui, bon, poursuis, veux-tu !
L'ange :
Oui bon ça veut dire que je suis vieux quoi
Misona :
Tu n'en as pas l'air.
L'ange :
Merci, je prends du calcium en cachets tous les matins, ça aide
!
Misona :
Greffiez, notez moi ça !
Le greffier :
Bien madame le procureur.
Menutto :
Bon ben, vas-y, tu es là pour témoigner, témoignes
!
L'ange :
Capucin est innocent !
Menutto :
C'est vrai ?!
L'ange :
(en riant) Non voyons.
Tous, sauf Capucin :
Hahahaha, elle est bien bonne celle-là, Capucin, innocent !
Capucin :
Non mais merde, ça suffit là !
Menutto :
Pardon
bon, Gabi, où en étions-nous ?
L'ange :
Je disais que Capucin était innocent
.et cette fois, non seulement
je le dis mais en plus, je le pense !
Capucin :
C'est vrai ?
L'ange :
Ben oui
Capucin :
Chouette !
L'ange :
Bon, parlons peu parlons bien !
Misona :
Oui, elle devient longue cette pièce
Menutto :
Bah, c'est toujours comme ça avec les jeunes auteurs, ils pont
plein de choses à raconter. Moi je trouve ça positif, pas
toi ?
Misona :
Si, bien sûr, mais je suis garée en double file.
Menutto :
Ah ouais mais ça t'aurais pu le prévoir
.vu le cachet
qu'on se tape tu t'attendais tout de même pas à jouer du Sartre.
Misona :
Non, c'est vrai que le cachet est plutôt Kafkaïen
L'ange :
Tiens, en parlant de Kafka, avez-vous lu le procès ?
Menutto :
Oh oui, comme ces gens étaient injustes
heureusement ces temps
son révolus. Bon, tu causes angelot de mon cur, il y a la bagnole
à Misona qui est en double file.
L'ange :
Oui, pardon, alors, Capucin n'est pas coupable parce que c'est le peuple
qui l'a mis au pouvoir !
Le peuple :
On a fait ça nous ?
Capucin :
Oui, vous avez fait ça
Le peuple :
Ah bon, si tu le dis
L'ange :
On ne peut reprocher a un homme d'avoir respecté la volonté
du peuple, n'est ce pas ?
Le peuple :
En effet !
L'ange :
Voilà, Capucin n'est donc pas coupable !
Le peuple :
Hourra, Capucin n'est pas coupable, hourra vive Capucin !
Menutto :
Attendez, attendez, cet homme vous a volé vos terres, ils vous
a forcé à écraser, à coups de bêches,
les hamsters de vos enfants, ça mérite la mort.
Le peuple :
Oh oui, ça mérite la mort ; mort à Capucin !!!
L'ange :
Oui, mais il vous a épargné mes chants grégoriens,
il vous a apporté la paix et une doctrine pacifique, Menutto ne
vous propose pas tout cela, la preuve, c'est que pour débuter son
règne il demande une exécution. Capucin n'a jamais tué
d'êtres humains ! J'en suis la preuve vivante !
Le peuple :
Oui, il a raison, à mort Menutto !!!
Misona :
Eh attendez, Capucin est très méchant, vous avez entendu
le témoignage de sa femme, c'est un être affreux et donc il
mérite la mort !
Le peuple :
Mort à Capucin, mort à Capucin !!
Capucin :
Oui mais moi je vous fait rêver, je vous ai fait croire en de
belles choses, vous existences ne furent-elles pas agréables sous
mon règne ?
Le peuple :
Si, si, vive Capucin, mort à Menutto !!!
Menutto :
Eh mais c'est injuste ! Vous ne savez pas ce que vous voulez ! Je suis
votre sauveur, je vous ai libéré du joug d'un tyran !
Le peuple :
C'est vrai ! Vive Menutto : Mort à Capucin !
Capucin :
Menutto est aussi un tyran, on ne remplace pas un tyran par un autre
tyran !
Le peuple :
Capucin a raison, Menutto est un tyran, mort à Menutto ! Et puis
mort à Capucin, c'est aussi un tyran !
Misona :
Et moi, je suis quoi ?
Le peuple :
Oui, elle est quoi elle ?
L'ange :
Une femme, une femme ne prend pas le pouvoir !
Le peuple :
C'est vrai, tuons la femme, mort à Misona.
Misona :
Mais je n'ai rien fait !
Le peuple :
Mort à Capucin, mort à Menutto, mort à Misona !!!
L'ange :
Je suis donc votre chef ?
Le peuple :
Oui, oui, vive l'Ange ! Mort aux autres !
Menutto :
Mais c'est absurde ! Vous êtes fous !
Le peuple :
Oui, oui, nous sommes fous, mort à nous !
L'ange
(à Menutto) Vous voyez ce que je voulais dire ?
Menutto :
Que le peuple est
?
Misona :
Mais bon sang c'est vrai
le peuple est
Capucin :
Ca pour l'être il l'est !
L'ange :
Eh oui, le peuple est
Le peuple :
Oui, le peuple est con, mort au peuple, mort au peuple !
Rideau.
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