Une photographie de Yann Beauson

Trièdre

de Benoît Daynes

Sélection de janvier 2004

                   Un matin.

-    J’ai encore perdu une dent cette nuit…  Je suis laid et seul. Puis il y a la maladie, elle galope de jours en jours. 

 

La mère pendue au téléphone, comme tous les jours, son fils lui parlait.

-    Mes cheveux se font de plus en plus rares. Comme les gens autour de moi en ont pris l’habitude, ils ne rigolent plus. C’est mauvais signe.

La mère écoutait son fils.

-    Tu sais maman, tu avais raison à propos du docteur Ygrek. Il est très sympa avec moi. Il a dit qu’on allait me changer de service.

J’ai perçu dans sa voix de la gravité. Il a rajouté que le prochain service serait plus moderne, plus performant et que le traitement auquel je serais soumis, serait plus adapté. 

La maman écoutait son fils sa main pressait le fil en spirale du téléphone. Elle laissa échapper des sanglots.

-     J’ignore ce qu’il a voulu dire par, plus adapté au mal, j’ai juste répondu, c’est vous le docteur, je vous fais confiance. Il a souri avant de disparaître dans la pièce voisine.

 

Un après-midi.

-      Ce matin peu avant midi, j’ai réussi à mettre mes gants sans l’aide de personne, à la suite de quoi, l’infirmière et moi nous sommes allés dans le parc se promener. L’air était tonique, ma peau était tendue ; couperosée par la brise. Les hommes en blouse blanche croisaient mon passage comme des voitures seules au monde sur une nationale.

L’infirmière m’a poussé prés de l’étang aux carpes. L’espace de quelques minutes nous avons regardé un jeune homme donner du pain rassis aux canards et aux cygnes. Il me ressemblait. Quant aux oiseaux, ils ne cessaient pas de piailler. Ils ont l’air bien ici.

Nous avons rejoint, un quart d’heure plus tard, la chambre par l’allée du vieux sapin. 

Au repas du midi j’ai mangé un steak haché puis une compote aux fruits et mes muscles ne répondent qu’à la douleur…

On a remplacé le miroir de ma chambre. Les infirmières disent qu’un tableau à la place, embellira le mur…

Hier soir en regardant la télévision dans la salle de repos, j’ai entendu un journaliste évoquer une affaire de sang contaminé. J’ai pensé alors que la vie est étrange maman.

Je suis fatigué, je te laisse à demain…

 

Un soir.

-                                               Allô ! Madame Ixe ?

-                                               Oui, qui est au bout du fil ?

-                                               C’est le docteur Ygrek…