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Un matin.
- J’ai encore perdu une dent cette nuit…
Je suis laid et seul. Puis il y a la maladie, elle galope
de jours en jours.
La mère pendue au téléphone,
comme tous les jours, son fils lui parlait.
- Mes cheveux se font de plus en plus rares.
Comme les gens autour de moi en ont pris l’habitude, ils ne rigolent
plus. C’est mauvais signe.
La mère écoutait son
fils.
- Tu sais maman, tu avais raison à propos du
docteur Ygrek. Il est très sympa avec moi. Il a dit qu’on allait
me changer de service.
J’ai perçu dans sa
voix de la gravité. Il a rajouté que le prochain service serait
plus moderne, plus performant et que le traitement auquel je serais
soumis, serait plus adapté.
La maman écoutait son
fils sa main pressait le fil en spirale du téléphone. Elle laissa
échapper des sanglots.
- J’ignore ce qu’il a voulu dire par, plus
adapté au mal, j’ai juste répondu, c’est vous le docteur, je vous
fais confiance. Il a souri avant de disparaître dans la pièce voisine.
Un après-midi.
- Ce matin peu avant midi, j’ai réussi à
mettre mes gants sans l’aide de personne, à la suite de quoi, l’infirmière
et moi nous sommes allés dans le parc se promener. L’air était tonique,
ma peau était tendue ; couperosée par la brise. Les hommes
en blouse blanche croisaient mon passage comme des voitures seules
au monde sur une nationale.
L’infirmière
m’a poussé prés de l’étang aux carpes. L’espace de quelques minutes
nous avons regardé un jeune homme donner du pain rassis aux canards
et aux cygnes. Il me ressemblait. Quant aux oiseaux, ils ne cessaient
pas de piailler. Ils ont l’air bien ici.
Nous
avons rejoint, un quart d’heure plus tard, la chambre par l’allée
du vieux sapin.
Au repas du midi j’ai
mangé un steak haché puis une compote aux fruits et mes muscles
ne répondent qu’à la douleur…
On a remplacé le miroir
de ma chambre. Les infirmières disent qu’un tableau à la place,
embellira le mur…
Hier soir en regardant la télévision dans la salle de repos, j’ai entendu
un journaliste évoquer une affaire de sang contaminé. J’ai pensé
alors que la vie est étrange maman.
Je suis fatigué, je te laisse à demain…
Un soir.
-
Allô ! Madame Ixe ?
-
Oui, qui est au bout du fil ?
-
C’est le docteur Ygrek…
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