Chanson marine,

par Robert CUFFI

" Je suis ouvrier d'informatique, j'écrivaille que vaille la nuit quand
mes amours s'endorment
Je veux etre auteur un peu, compositeur trés peu
Je vis dans les mots de Jean Vasca, de Bertin, de Ferré,
de Desjardins, de Vigneault
Je suis Catalan-Niçois et je vais, au casque pour n'emmerder personne
écouter la mémoire et la mer "
...
Le silence, je le sais de toute éternité,  c'est le confort. L'écriture c'est
le paraître, pleine page griffonnée ou sur l'écran désespérant.
Je tourne dans le jeu, sachant qu'il ne faut pas, mais le faisant quand même.
Et là, le jeu reprend et puis la phrase tourne, réussite affective et
échec social.
Je ne présente rien qu'une vie baliverne, un écart qui me plaît,  avec le
temps qui passe. Je sais que rien n'est beau, qu'un jour tout se détraque.
...
Ca ne va pas durer, j'irai tricher ailleurs, vers une autre fratrie."

Les poèmes de Robert Cuffi ont le "regard titane".
"Entre figue et raisin entre sucre et amer entre rage et amour", ils
empruntent en nous des routes traversières, ils dessinent des lignes aux
contours oubliés. Le chemin nous est familier pourtant, qui dit la
merveilleuse absurdité de vivre.

"Ecrivailleur râleur hurleur de fond et puis ..."
...
et puis l'émotion de ces mots dans l'encoignure du silence, coeur contre
tripes et phare aux yeux.

NATH


Le temps qu'il me faudrait pour rassembler les mots
Un vent de relecture équilibrant l'image
Un chalutier qui tousse démoulant le sommeil
Un prisme en contre jour et des odeurs de vieux
Un missel effeuillé et l'anis dans la cave
Un pansement rosâtre comme un papillon sale
En croix sur les genoux écorchés de l'enfant
Un vent chargé d'odeurs débarque le soleil
Comme un vélo de rêve

Un paquebot  Arabe déborde la fenêtre
Tourne sa valse grise aux partitions d'hélices
Des valises des cris des hommes en carton
Des femmes découpées d'une crèche en papier
Une actualité qui pleure en noir et blanc
Kermesse sans rubans d'un monde écartelé
Un mérou sur le gril rougit à petits feux
Le Dimanche qui sonne rameute en lourds nuages
Un vol de robes noires

Le bois de pins caché résinait son mois d'Août
Toujours fier comme un homme j'allais dans mon rugueux
La couverture verte animait des cargos
Un livre capitaine dégoupillait l'étoile
Derrière les volets je rêvais dans mes cales
Les chaises du trottoir au soir humaient le frais
Jusqu'au signal du quai de l'horloge tardive
Un grand bol de lait chaud au fond des habitudes
Et des douceurs précises

J'irai voler en douce un rêve d'oursin vert
Je le délogerai du fond de sa mémoire
J'irai prendre la vague pour fragile témoin
Et le ressac viendra moussant sur une barque
Col ouvert sur le bleu le phare dans ses rouilles
Ira me dénicher là-bas d'un gris d'oiseau
Moi qui n'est mariné que dans des chansons lentes
Entre figue et raisin entre sucre et amer
Entre rage et amour
Robert CUFFI


Si vous désirez voter pour ce texte, il vous suffit d'envoyer le formulaire suivant :

                                                  
                         

Votez
Si vous avez aimé ...

Hit-Parade