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(c) Catherine Merdy

Frangin

par Robert Cuffi

Sélection de la semaine

 

On la vivait de prés la rue des quatre frères, avec épines, avec éclats.
De l'amour en rumeur nous faisions des romans.
Tout bredouillant d'étoiles dans la nuit jeans râpés, avec nos fables décortiquées, nous nous aimions, c'est vrai, mais tu parlais trop fort comme claque une voile.
Les vieux fouilleurs de nuit, rameutaient les filets. Leurs gestes granuleux remontaient des odeurs jusqu'au parapet gris.
Nos peurs, nos insolences, bardées de ce vent chaud, effritaient nos mégots. On se perdait plein temps jusqu'à l'heure insoumise. Je me cabrais de mots embarqués dans les livres, tu faisais la Camargue de mes chevaux de traits. Je me souviens de tout, des amours emmêlés qui cinglaient vers les docks, avec la lune en flaque, avec le quai pavé de ses tortues mouillées. On attendait le soir la nouvelle chanson, Greta ou la bourrasque et tu chantais trop fort comme claque une voile.
Sous l'eau plus noire encore, les poulpes du vivier avaient des yeux d'amphore.
Les bruits de gorge des chaluts, le port désert, le phare danse lente, le temps au ralenti, nos vies de corridors, de silence, tout dort.
Et ne jamais dormir, reculer la défaite de la porte massive, de l'escalier bancal vers les draps de lavande.
Mais tu parlais trop fort, comme claque une voile.
Nous étions dans le moite, et ce vent chaud toujours qui nous bordait d'odeurs. Tu te souviens des vieux ?

Ils sont morts, au hasard, dans un doux bruit d'insectes.

 

Robert Cuffi