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On la vivait de prés la rue des quatre frères, avec
épines, avec éclats.
De l'amour en rumeur nous faisions des romans.
Tout bredouillant d'étoiles dans la nuit jeans râpés,
avec nos fables décortiquées, nous nous aimions, c'est
vrai, mais tu parlais trop fort comme claque une voile.
Les vieux fouilleurs de nuit, rameutaient les filets. Leurs gestes
granuleux remontaient des odeurs jusqu'au parapet gris.
Nos peurs, nos insolences, bardées de ce vent chaud, effritaient
nos mégots. On se perdait plein temps jusqu'à l'heure
insoumise. Je me cabrais de mots embarqués dans les livres,
tu faisais la Camargue de mes chevaux de traits. Je me souviens
de tout, des amours emmêlés qui cinglaient vers les
docks, avec la lune en flaque, avec le quai pavé de ses tortues
mouillées. On attendait le soir la nouvelle chanson, Greta
ou la bourrasque et tu chantais trop fort comme claque une voile.
Sous l'eau plus noire encore, les poulpes du vivier avaient des
yeux d'amphore.
Les bruits de gorge des chaluts, le port désert, le phare
danse lente, le temps au ralenti, nos vies de corridors, de silence,
tout dort.
Et ne jamais dormir, reculer la défaite de la porte massive,
de l'escalier bancal vers les draps de lavande.
Mais tu parlais trop fort, comme claque une voile.
Nous étions dans le moite, et ce vent chaud toujours qui
nous bordait d'odeurs. Tu te souviens des vieux ?
Ils sont morts, au hasard, dans un doux bruit d'insectes.
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