Papa avait attiré Marie sur ses genoux, attendu que le petit frère se soit
installé dans le divan, à côté de maman, puis il avait commencé à parler.
-
Maman et moi, on ne sentend plus assez pour vivre ensemble. Je vais partir habiter
ailleurs. Vous viendrez chez moi aussi.
Le
petit frère regarda sa mère, haussa les épaules et tapota de lindex sur la
tempe : cétait une farce, papa disait nimporte quoi. Il était comique.
Papa répéta doucement : non, cest sérieux, je vais partir.
Il
ny eut plus de bruit dans la pièce, que le chat qui samusait avec une bille.
Et puis, dun coup, Marie se dressa des genoux de son père.
-
Lâche-moi, mais lâche-moi, hurla-t-elle.
Et
elle lui boxait les bras, lui lançait des coups de talons dans les tibias. Mais papa
lavait ceinturée et la retenait.
-
Reste, Marie, chuchotait-il à son oreille, reste.
Mais
Marie ne voulait plus rien entendre. Marie ne pouvait plus rien entendre : tous ces
cris, non, non !, qui la faisaient sétrangler, dégouliner de morve et de
sueur.
-
Ne ten va pas toute seule dans un coin, continuait papa sans desserrer son
étreinte, pas maintenant, surtout pas maintenant. Reste dans mes bras.
Marie
avait une force incroyable et lui faisait vraiment mal. Mais il sentit son corps lâcher
peu à peu, sa résistance se diluer dans les larmes. Le petit frère avait cessé de
sourire. Il regardait Marie sans comprendre. Pourquoi, disaient ses yeux, pourquoi elle
crie comme ça ? Pourquoi elle pleure ? Marie la grande sur, qui le fait
tellement enrager : bébé, chouchou-à-sa-maman
et ne répondait pas quand il
lui posait des questions.
-
Elle navait quà pas se moquer de moi, criait-il lorsque papa le punissait
davoir assommé, mordu, griffé Marie.
Et
papa expliquait à Marie : tu le rends dingue, ton frère, à force de lui montrer
quil est zéro pour toi. La seule chose quil peut faire alors, cest te
frapper. Tu le provoques, Marie. Et pourtant, il tadore. Tu parles ! avait
hurlé Marie. Mais si, avait dit papa en riant, mais tu ne le sais pas.
Mais
là, maintenant, dans les bras de papa, cétait Marie qui pleurait, elle que papa
berçait, sur ses joues quil passait une main calme, dans son oreille quil
réchauffait des petits mots doux.
Le
petit frère jeta un coup dil à sa mère qui navait ni bougé, ni
parlé.
-
Cest vrai ce que papa dit ?
-
Oui.
Alors,
le petit frère, tout petit dans limmensité du divan bleu, ramena ses jambes sous
lui et dit sans plus regarder personne :
-
Bon, cest quand que tu ten vas, alors ?
Et
papa avait baissé la tête dans la nuque de Marie : il y avait dire, et puis, il y
avait faire. |