Je ne me souviens pas de rien ou presque
De peut-être demain ce qui ne change rien
Demain pareil au même temps
Qui défile à l’envers de nos mémoires sans tain
Au lent métal des jours des poignées de laiton d’une barque sans rame
Dans la bulle des feuilles des toiles de nos mains d’ombre
Des profondeurs d’un lit du fleuve au dos d’argile
Ciselant la vallée de tuyères d’argent
Les hublots d’un soleil et ses larmes brûlées
Son miel au goût de corne et de flammes zinguées
Juste avant que le corps d’anonyme liqueur
Coule un espace clos d’abolie certitude
Sur nos cendres jetées à la nuit tout entière
Un trop de jour qui baisse à nos portes de fer
J’irai m’éteindre aux bronzes du sommeil
Sur l’ancienne alliance aux tombeaux d’azur noir
Près de la terre ambrée de nocturnes saignées
Le salpêtre brûlant de nos ronces obscures
Les tardives flambées du pur et de l’impur
Des marbres de la nuit la glaciales pesée
Les griffes d’un désir hors d’atteintes rentrées
Cet espace mourant des dessous d’outre terre
Dédoublant la voilure des yoles des regrets
Sur le liège d’un temps d’indolore quiétude
Poème d’oubli d’eau vive et de la chaux
De saison grise mine d’ornières sous le chaume
Au cœur même des lauses et ses ruchers tranquilles
Détrempés d’aube fine d’albâtre et de résine aux statues de mon miel
D’un val aux doigts de feuilles au temple des campagnes
Des sèves sèches sous la terre des pépites nacrées d’horizontale amphore
Du village sans lieu la distance abolie
Tout est pris d’un sursaut dans l’eau morte des mots
Dans l’alcool de ces fruits
Devant l’âtre semé des parfums vieillis
Les perles d’ambre d’un vent gris
Les cuivres qui s’enflamment aux songes de la veille
Des visages d’étain disparus en sourdine
Derrière la haie sentant la fleur
Passaient encore des gens d’été
Des enfants sourds chargés de leurres
Les œufs les pailles d’un clocher
Il me reste les cris le chemin déserté
Sous la tôle des pluies des marées de morte eau
Cet outil dans la rouille au jardin détrempé
Des tailles d’un rosier le liseron d’arceau
Où vont tristes manteaux de mes dedans qui flânent
Tous ces preneurs de temps qui crèvent dans mon âme
Dans la peau et les os de mon âme sans yeux
Des royaumes d’un trou d’indésirable taupe
J’ai brûlé tout mon bois des flammes de gésine
Et j’en ai bu le sang de sève ou de résine
Recherché dans la cendre un mémoire latent
Des membranes d’un feu d’hémophiles sarments
Sans nulle aube d’un doute au ciel qui ne s’éteigne
Et déterre l’ennui de ceux qui s’en reviennent
Allons
Des eaux lustrales aux cernes des chemins
Sonder la terre astrale de mémoire et d’instinct
Du front des mers acides aux gerbes de silènes
D’une vaine Atlantide allons trouver la veine
Il y a cet étai dans l’instant qui s’installe
Et ne soutiendra rien du temps qui le prolonge
Les phasmes de nos vents de rouvres solitaires
Dans la nuit s’acheminent en pourpre luminance
Des essaims du sommeil aux louves de mon cœur
J’aime un temps délaissé de moniages tranquilles
Aux mimes d’un parloir de mes mots de sarments
De vignes sous la lune un raisin de sel noir
Dans la terre en sourdine au bronze des clochers
Des traces et de la boue
Des mémoires en chemin qui m’enlisent d’un rien
Ne parler que d’un seul à vos regards de lances
De la morne coulée
Du don de délivrance d’un monde souterrain
D’un dedans de mes veines à cent lieues d’être à même
D’emporter le linceul de mes essaims perdus
Des ruchées du sommeil aux rivières d’argent
D’un astre sans réveil aux larmes de mon ciel
De la tristesse allée d’aussi loin qu’elle chemine
Des gestes qui s’emmêlent au delta de tes yeux
De l’or de tes cheveux dans les ruches du temps
Ne reste qu’en passant les allées en sourdine
Et les chemins de vent d’une voix qui s’obstine
A n’être que du vent
Ne reste que la toile ouverte à contre ciel
Entre deux tournoiements d’abysses langagières
Les essaims noirs du gui des oiseaux du soleil
Où se perdent les vœux d’un trop plein de lumières
Des coupes d’ambroisie pétales d’eaux dormantes
Sur le cuivre des pis des dômes de torchères
Le sang d’encre les plaies de nos mains violines
L’allaitement des nuits de ce tiède univers
J’irai l’amble au lent cours de mes arçons bleutés
Sous la nacre des nuits des arches de mon cœur
Traînaillant tout le plaid la corde et les filets des oiseaux de l’aubier
Dans la paille d’étoile des grandes oseraies
Mes pâtres de gerbiers délivrés d’être seuls à la terre dédiés
Des traces de cet envers de la pierraille des terres de lune
Qu’agrège et calque un sel aux trames incertaines
La fable délaissée dans la cage effleurée d’un parfum de tonnelles
Les orbes sensuels prisonniers de la rouille
Du gel de la lumière saupoudrée sur le jour
Qui ferme les flacons de l’impure clarté
Répandant tout le lait des senteurs décharnées
Sur cette chaleur grasse des coulées d’herbe rase
Ces levant promontoires noircissant du soleil
Notre momie de feu de rose fée charnelle en naïades poisseuses
Alanguies d’être nées dans la nuit d’être nues
Sensibles à ces regards des caresses d’un poulpe
Se perdent en vestales en lieux d’indifférence
En saveurs de l’amer où se tordent sans vie
Les moues de l’apparence au cœur de ce qui fut
La douleur ignorée tout près de notre espace
Au cœur même d’un temps qui se donne à l’insigne
A la moindre faveur d’être né pour lui-même
De chanter sur l’épée tout le sang de ses larmes
Du limon des charniers les lyres pétrifiées
Les vieilleries impures et les sources taries
Les coraux des fontaines épuisées de rejets
Du soufre d’un vieil orme enlacé dans l’eau verte
Et les fleuves d’ennui les dimanches à fleur d’eau
Dans la ville en sommeil à pleins bras sur la nuit
Le branchage des pluies des cerisaies jaunies
Les essaims du grain noir des vieux fruits déflorés
Les baumes de momie des essences d’une ombre
Au cloître des jardins qu’enluminent d’un sel
Une fièvre de lune et ses reflets poreux
La veille sous la lampe aux balades d’un cil
Une larme séreuse au petit lait d’ardoise
Sur les chéneaux de verre des néons de la pluie
Par les fleuves lointains des dernières lueurs
Qui calquent sur le tard le chaland promeneur
Et l’à-valoir sans fin de rives désolées
De semblants de nature aux étranges scellés
Mon cœur qui se souvient dans son poing refermé
De la femme d’argile aux grands yeux de Sumer
Donne au sang des jardins d’en peindre la lumière
Dans la chambre d’éveil d’une aurore tremblée
Mon cœur qui ne retient des bains chastes d’idoles
Que la pierre abolie des fontaines ridées
D’un souffle sur l’eau claire et d’une ombre s’affole
A la saison de jade à peine dévoilée
D’âge en âge en été quand la vie se promène
Sur le chemin qui rôde aux siestes des jardins
Le linge frais s’enfuit soulevé sur l’ajonc
La lande doucement remonte sur la plaine
Au pas d’ombre et d’ennui de la pâle bohême
O femmes aux doigts de lyre l’hydrophane ferveur
D’un rêve au goût d’opale aux sources de vos mains
J’irai cueillir l’ajonc des songes sans retour
Sur la lande d’un soir d’austères luminances
Avant que ne s’éteigne au revers de mes jours
Des veilles surannées l’intime patience
Les lunes désarmées des petits jours de ronces
Défilant sur la nuit des moires d’un sommeil
Des mousses de l’enfance à ces temps qui renoncent
Au dernier mot d’amour que personne n’éveille
Lever le coin brûlant des voiles d’anamnèse
Dévider l’écheveau des planètes inférieures
Au plus près de l’œil nu d’un aster de synthèse
Des fusions polychromes de l’amère saveur
Dans le rouge cristal de notre forme humaine
Et la masse d’argile et de tranquillité
Qu’équilibre la langue aux lèvres d’une empenne
D’où jaillissent les mots de cet astre inhalé
De l’épave en sourdine aux vertiges d’éther
Des heaumes fracassés les cathéters enfouis
Dégorgent le vin noir des cruelles trières
Sur des cotons de Smyrne où le vent s’assoupit
C’est à peine parfois si le passé prend l’air
À la fontaine chaude aux fruits de moracées
Dans une anse d’été d’une ombre devient clair
Des cernes d’un silence un soleil à la clé