Une photographie de Mari Mahr

extraits de "fonds de tiroir" recueil

de Charles Colonna-Césari

Sélection de mai 2004

Il me reste la pierre de la source tarie

L’empreinte de ta bouche et le ciel de tes yeux

Cet être minéral épure d’une lumière

De la taille des nuits d’où jaillissent les mondes

Et les joutes perdues sur les eaux souterraines

Ont gravé le calcaire des ténèbres origines

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Mon corps retenue d’eau

Tout altéré d’un mal inerte

Le ciel tombé sur l’eau

Et toutes ses planètes

Tout un monde d’épaves

Tout un mobile figé

Sur l’infinité plane

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Vaste terre de mon cœur où s’allonge l’aimée l’incestueuse douceur

L’immensité de ma détresse lente

Dessine sur les eaux

Cariatides abyssales

Les filets tristes du bonheur

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Je cherche la sœur souriante

Née du lit même où s’agrandit la tâche

La rivière souterraine d’une grotte calcaire

La gerbe déliée d’une double naissance

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Combien de cigarettes au filtre rouge à lèvres

Bécotées en silence sur la table bistrote

Et la grasse monnaie éparpillée sans tache

Sur la note serrée de cet amer café

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Et des milliers d’éléphants blancs

Drapés dans la soie orientale

Au loin défilent lentement

Sous les fardeaux du bois santal

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Mon cœur reste mon cœur dans la geôle des jours

Sur la ville étendue marche un passé naufrage

Un souvenir bancal prolonge les amours

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Il faudrait que le ciel nous offrît ses planètes

Et qu’un seul grand Babel magistère sidéral

Parvint à rassembler les hommes pour la fête

Les hommes à d’autres hommes univers idéal

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Aller près de toi

Dans ton empreinte et à ton rythme

Avoir seul en toi

Ma place et tous les sens

Puis regarder descendre

Sur la voûte des eaux

La courbe de tes jours

S’éloigner et s’étendre

Près de l’île emmurée

Le faisceau des vigies

Sans la moindre rancœur

Perdre de vue lointaine

Le cœur de ton galion

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Sur la ville endormie devinée par ses feux

Scintillent blancs flambeaux des armées en partance

Vers les collines douces et les destins pluvieux

D’une aurore allégée de précieuses laitances

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J’entends couler le temps qui capte un promeneur dans la ruelle lente

Et des lambeaux de nuit s’enroulent dans mon âme

Dans mon âme qui roule

D’insondables tristesses

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Tels de marines oriflammes

Les grands lampas des algues laminaires

Ondulent lentement dans l’agie des couchants

Regarde scintiller ces feux lointains

Penché sur ce qui reste

Des vies océanes

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Je fouille un souvenir sans ordre et sans valeur

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Je goûte tout mon sang

Sur tes lèvres fécondes

Où se pose un oiseau

De sa mort toujours tiède

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Ma mémoire s’irriguait à mesure comme une eau lentement monte du même lit

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comme un sang s’épaissit

depuis l’heure où j’ai mal

les grands poulpes du ciel

dérivent sur l’eau noire

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j’ai dû perdre ma route à l’ordinaire d’un soir

ou du jour mal éteint

sur les flammes d’un chant

qui foulait l’herbe haute

aux pieds du goudron chaud

à mi-jambes d’un pont trébuchant sur la ville

distribuant les heures

immuable détresse

au cœur du chantre qui s’est tu