Maintenant je vous le dis
Vous avez laissé faire
Vous avez laissé filer la misère
Sur l’eau du temps
Parmi les nuits qu’on assassine
Aux couvre-feux de l’inutile
A n’en avoir que faire
De nos tâches sans fin
De nos sales draps
De nos naissances d’insectes
De nos écoles d’ouate et de tôle
Nos marches solidaires
Nos drapeaux sur les tours
Dans la rue qui couvait nos mânes de goudron
Nos oiseaux mécaniques
Nos envies nos idées de nuages
Dévidées dans la chute des feuilles
L’étoile et la maison de branches
Des rêves frais que nous avions trouvés
Vous n’en avez que faire
Des lambeaux noirs de nos drapeaux
Du vague divague
De nos tempêtes à l’âme
De nos histoires à en mourir
De nos passés de mode écru
De laine sale et de cartons
De nos couloirs
De nos dortoirs
De nos mouroirs
A en dormir debout
Du crissement des fers de nos oiseaux
De nos mauvais augures des temps qui se délitent
Après la casse et l’aventure
Tous ces morceaux d’errance où vont les chars
Les mécaniques
Une aube de marchands
De forts des halles
De boucliers d’argent d’écussons d’or
Des temps nouveaux
D’héraldique et d’histoires
Sur le couteau des nuits les lames du soleil
Espoir
Des forces ont pris la rue
La rue filait du vent du vague à n’en savoir que faire
Démontant sa colère son manège d’enfant
Dans les brumes d’encens dans des cornues d’églises
Et tout est à refaire
Du côté du Paris des communes perdues
Maintenant je vous le dis
Des forces ont pris la rue pas loin des ministères
Des forces ont pris la rue dans les cartons qui dorment
Des étoiles à l’arrêt dans le miroir des nuits
Des vaisseaux de mirages ne prennent plus personne
Ni les bus aurifères ni les poissons des nuits
N’attendent plus en vain
L’annonce et les espoirs fichus
Tous ces jeux de hasard
Qu’ils apprendraient par cœur
Rien que pour s’en sortir
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