L'état des choses

de Charles Colonna-Césari

Sélection poésie de novembre 2007

 

Maintenant je vous le dis

Vous avez laissé faire

Vous avez laissé filer la misère

Sur l’eau du temps

Parmi les nuits qu’on assassine

Aux couvre-feux de l’inutile

A n’en avoir que faire

De nos tâches sans fin

De nos sales draps

De nos naissances d’insectes

De nos écoles d’ouate et de tôle 

 

Nos marches solidaires

Nos drapeaux sur les tours

Dans la rue qui couvait nos mânes de goudron

Nos oiseaux mécaniques

Nos envies nos idées de nuages

Dévidées dans la chute des feuilles

L’étoile et la maison de branches

Des rêves frais que nous avions trouvés 

Vous n’en avez que faire

Des lambeaux noirs de nos drapeaux  

Du vague divague

De nos tempêtes à l’âme

De nos histoires à en mourir

De nos passés de mode écru

De laine sale et de cartons

De nos couloirs

De nos dortoirs

De nos mouroirs

A en dormir debout

Du crissement des fers de nos oiseaux

De nos mauvais augures des temps qui se délitent

Après la casse et l’aventure

Tous ces morceaux d’errance où vont les chars

Les mécaniques   

Une aube de marchands

De forts des halles

De boucliers d’argent d’écussons d’or

Des temps nouveaux

D’héraldique et d’histoires 

Sur le couteau des nuits les lames du soleil

Espoir      

Des forces ont pris la rue

La rue filait du vent du vague à n’en savoir que faire

Démontant sa colère son manège d’enfant

Dans les brumes d’encens dans des cornues d’églises

Et tout est à refaire

Du côté du Paris des communes perdues 

Maintenant je vous le dis

Des forces ont pris la rue pas loin des ministères

Des forces ont pris la rue dans les cartons qui dorment

Des étoiles à l’arrêt dans le miroir des nuits

Des vaisseaux de mirages ne prennent plus personne

Ni les bus aurifères ni les poissons des nuits

N’attendent plus en vain

L’annonce et les espoirs fichus

Tous ces jeux de hasard 

Qu’ils apprendraient par cœur

Rien que pour s’en sortir

 

(c) Mari Mahr