Une encre de Naomi Lipson

L’eau verte

de Charles Colonna-Césari

Sélection de mai 2006

partout les traces de cet envers, sur ce pierrage en terre de lune qu’agrège et calque un sel aux trames centenaires, la fable délaissée dans la cage effleurée d’un parfum de tonnelles, des orbes sensuels prisonniers dans la rouille , du gel de ces lumières saupoudrées sur le jour qui ferme les flacons de l’impure clarté, répandant tout un lait de senteurs décharnées, d’où cette chaleur grasse des coulées d’herbe rase, ce levant promontoire tout noirci du soleil, changeant notre momie de rose fée charnelle en naïades poisseuses, alanguies d’être nées sur la nuit d’êtres nus, sensibles à ces regards des caresses d’un doute qui se perdent en vestales des lieux de l’ apparence, saveurs de notre amer où se tordent sans vie les moues d’indifférence au cœur de ce qui fut, la douleur ignorée tout près de notre espace, au cœur même d’un temps qui se donne à l’insigne, à la moindre faveur d’être né pour lui-même, de chanter sur l’épée tout le sang de ses larmes, du limon des charniers les lyres pétrifiées, les vieilleries impures de ses sources taries, les coraux des fontaines épuisées de rejets, du soufre des vieux corps enlacés dans l’eau verte