(c) Mari Mahr

Le voyage immobile

de Anne Castagne

 

Cela commence à l’heure où se lèvent les brumes

Quand le chant des oiseaux fend la membrane du silence

Qui se referme derrière eux

Si nous demeurons et contemplons sans peur le voyage va commencer

 

Nous glissons sur l’eau de l’asphalte dans le chuintement humide des jours d’après les pluies

Rien d’autre ne nous parvient plus

Que le jeu des rayons diffractés du soleil,

Levant des ombres inconnues et des mystères que le cœur traverse en passant

Sans trace ni blessure rien n’est saisissable

 

Ici la beauté se dilue dans le temps, elle est matière changeante

La nostalgie repasse au rythme de nos roues

Nous demeurons, tranquilles, et elle est déjà loin,

Nous restons immobiles et l’esprit se fait souple

Nous sommes un espace traversé des ondes,

Des modulations de la vie

 

Nous roulons à présent dans le monde des hommes

Ombres furtives aux gestes interchangeables

Rien n’est certain de ce qui est, même l’évidence des simples

Ni  l’enfant nu qui court vers les bras familiers

Et la tendresse est vaine et pourtant

On la joue et rejoue sans cesse, tel un refuge

 

Êtres fragiles vous allez, lestés de vos pas illusoires

Mais déjà dans ce rythme sans fin le jour décline

Vous êtes silhouettes au loin et puis plus rien

Et le silence retombe sur vos murmures indistincts

 

La nuit étend ses bras sur nous

Nous lui laissons nos mains les yeux ouverts

Car tout cela ce mouvement n’était qu’un rêve

Et nous glissons dans l’espace déchiré de lumières, sans jamais douter