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Roswell-sur-Gougnon,
Groland,
Samedi 13 janvier 2001
Cher Alex,
Je pense qu'il est important de te donner une idée du traquenard
dans lequel je suis tombé. Probablement toi aussi, tu n'es
plus le même, mais si tu es resté le frère aîné
peu intelligent mais brave que tu es, alors je te demande de m'aider.
Dire qu'un choc mental détermina mes conclusions -cette dernière
goutte d'eau qui me fit fuir en toute hâte la ferme isolée
de Lauzette et, traverser en pleine nuit la région sauvage
autour de Pomy- serait méconnaître le plus clair de
ma dernière aventure.
Tout commença en début de semaine, Peupeu était
partit le lundi matin, en voiture, pour un endroit dont le nom m'a
échappé, il avait dit à Meumeu qu'il s'agissait
d'une réunion importante et qu'il serait revenu mercredi
au plus tôt. Or en pleine période d'agnelage, il n'était
pas bon de laisser Meumeu seule, heureusement que Peuthoth's et
moi étions en vacance.
Le lundi se déroula assez bien malgré l'air revêche
de Meumeu durant toute la journée. Épuisée
elle alla au lit de bonne heure peu de temps après avoir
avalé la soupe. Elle nous suggéra de nous coucher
pas trop tard car demain il fallait être prêts à
travailler dès 7 heures. Et nous laissa en peu regarder la
télé. Durant la nuit, les longs hurlements lugubres
de Clint réveillèrent Meumeu qui s'empressa d'aller
à la bergerie pour voir ce qui se passait. Elle nous raconta
qu'elle avait observé des choses abominables qu'elle ne put
nous décrire de manière objective. D'après
elle, les moutons avaient pris un aspect qui ne correspondait en
rien avec ce que la Nature nous proposait, en tous cas, sur cette
planète. Une cinquantaine d'agneaux étaient mort à
la suite de leur mutations et ce spectacle macabre fit certainement
perdre le peu de lucidité présent chez les brebis.
Pendant tout le jour Peuthoth's et moi rassemblions les cadavres
pour les amener dans le fumier, nous en gardions quelques uns pour
les faire examiner par l'équarrisseur. Mais celui-ci, en
voyant les charognes, fit de suite demi-tour avec son gros camion
en jurant qu'il appellerait la police pour nous faire emprisonner.
Alors que nous avions laissé Meumeu se remettre de ses émotions,
nous finîmes de donner le foin aux bêtes. Avant le repas
du soir, Meumeu tenta de joindre Peupeu sur son portable mais il
ne l'avait pas pris, ou peut-être oublié. Meuman ne
ferma pas l'oeil de la nuit, Peuthoth's resta devant la télévision
très tard et dormit dans le salon, quand à moi, je
ne parvins pas à dormir en repensant à ce que Meumeu
avait put voir.
Mercredi ne fut qu'une longue attente du retour de Peupeu. Pratiquement
toutes les brebis avaient avorté, visiblement perturbées
par l'affreux épisode auquel elles avaient assisté
en premières loges. Les animaux avaient tous un comportement
très étrange : aucun chat n'était venu s'alimenter
en dépit des multiples appels de Peuthoth's mais lorsqu'après
le repas nous tînmes à faire sauter Alien, comme nous
faisons régulièrement, ils étaient tous là
et ils firent des bonds surnaturels d'environ 3 mètres et
Peuthoth's eut de la chance de ne pas perdre un oeil. Gram, lui,
fit des aller-retour toute la journée entre les étables
et la porte d'entrée. Clint, ne nous reconnaissait plus et
avait une grande crainte envers les chats, qui se déplaçaient
toujours en groupe. Tandis que le lait des vaches avait pris un
étrange teinte jaune.
Vers 10 heures du soir Peupeu arriva, Peuthoth's et Meumeu étaient
soulagés mais quand je l'examinai je vis qu'il avait changé.
Ses cheveux, d'habitude gras et mal coiffés, avaient l'air
de grandes tentacules, ses yeux ne clignaient plus, ils restaient
fixes et immobiles. Puis il se mit à parler une langue qui
n'avait rien de français ni de terrien, et cette voix résonne
toujours dans mes oreilles, je n'ai jamais été capable
de l'analyser assez pour en donner une description frappante. C'était
comme le vrombissement d'un insecte gigantesque et répugnant,
je suis persuadé que les organes qui le produisaient ne ressemblaient
en rien aux organes vocaux d'un homme normal, ni a ceux d'aucun
mammifère. Je fus stupéfait lorsque je m'aperçus
que Meumeu et Peuthoth's ne remarquaient rien d'anormal chez cet
individu qui ne pouvait pas être mon père. Puisqu'il
était tard, je filai dans ma chambre et me recroquevillai
dans mon lit, effaré par ce qui était arrivé
à Peupeu. Cette nuit encore, je n'accédais pas au
sommeil et vers 6 heures du matin ils étaient tous déjà
debout, ils déjeunaient autour de la table, on aurait crut
une conférence. Meumeu et Peuthoth's aussi s'exprimaient
de la même manière que lui. Je contemplais Meumeu et
constatais qu'elle avait pris une allure reptilienne et était
devenue repoussante, la Nature n'avait pas gâté Peuthoth's
mais maintenant il n'avait plus rien d'humain et je pense que l'odeur
maligne qui envahissait la pièce venait en bonne partie de
lui. Je restai immobile dans l'escalier ahuri par ce qui était
arrivé à ce que j'appelais avant ma famille. Soudain,
les trois se levèrent et allèrent d'une démarche
insolite vers l'étable, ils traînaient ce qui leur
servaient de pieds et comme des gorilles leur bras touchait le sol,
tantôt sur quatre membres tantôt sur deux. Je les suivis
discrètement, jusqu'à la porte coulissante de la bergerie.
J'attendis en peu qu'ils prennent de l'avance sur moi. Et là
je vis l'innommable. Peupeu était manifestement en train
de féconder une brebis, Meumeu tenait la brebis inoffensive
et Peuthoth's les reluquait. Puis je fis le lien entre les agneaux
indéfinissables, les autres animaux et Peupeu. Je compris
qu'il était à l'origine de toute cette abomination.
Un instant plus tard tout s'effaçait dans un miséricordieux
évanouissement ; le premier de ma vie.
Ce fut le miaulement insoutenable d'un chat qui me réveilla
dans la soirée de ma léthargie, je n'étais
plus à la place de mon évanouissement, on m'avait
déplacé. Je parcourais l'alentour et je réalisai
que je me trouvais dans le fumier en compagnie des bêtes mortes
dans la ferme depuis tant d'année. L'odeur était épouvantable,
la seule chose qui me restais à faire était de fuir
cette monstrueuse ferme et de partir loin, très très
loin, le plus loin possible de cette famille de dégénérés
physiques et mentaux.
Je pris les jambes à mon coup, je traversais les champs humides,
les forêts interminables, et je jetai un coup d'oeil derrière
moi et n'aperçus aucun poursuivant. Je tente encore d'échapper
à ces créatures mais la nuit, je sens leur présence,
ils me traquent. Leurs odeurs, leurs voix, leur vision me hantent
encore et j'espère ne pas sombrer dans la folie. Quel dommage
que personne d'autres n'ait vu ces choses. Mais pourquoi m'en soucier
? Après ce que j'ai vécu, un asile d'aliénés
est un lieu qui en vaut un autre.
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