Un
ruisseau qui coule le long des corps
Pourpres comme leurs langues pendues
Sur les cahiers déchirés d'un coup de knout.
Les jours marchent avec nous dans les rues
D'Alger peintes par le militaire ignorant
L'existence de mon amour tout près
De son fusil d'assaut,
Sous sa godasse taché de l'excrément de son chef.
Les livres s'exhibent pour être lus
Ou saute à l'élastique trop long
Pour mourir sous l'ignorance du peuple.
Remarque que c'est vrai qu'on est
Trop lâche pour dire ou pour mourir
Tard, de maladie ou de vieillesse.
L'arbre pousse sur nos misères,
Sa couleur a changé depuis
Dix ans, pour pouvoir nous accoler
A défaut d'une femme, à défaut
De ma mère morte dans un livre de loi.
Les voitures roulent avec des pièces
Du corps humain, mes yeux crevés,
ma langue Un frein,
mon stylo, un martyr dans le tranchée
juste à coté de cet homme
A la gorge tranchée .
Ils n'ont parlé de nous
Que lorsque nous étions déjà morts,
Pourtant avec notre sang
Nous avons écrit des articles.
Une goutte de pluie tombe
Sur ma tête saoule de spleen,
Je la regarde et lui parle
Un langage commun aux vivants,
Aux morts, et aux supplices,
Mais qu'est ce que j'ai de commun
Avec les larmes, avec les armes
Pour qu'ils m'embrassent,
Qu'ils me saluent sur mon passage
Et sur mon immobilisme traître.
Et je meurs dans deux minutes !
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