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Songe à Trieste

(extrait de Inconnues  Saisons/Unknown Seasons, Editions l'Harmattan, 1999)

par Tahar Bekri



    Te revoilà vieille mer
    Remplie de mes ancres
    Ni la vague absente
    Ni le silence de la lumière
    Ne disent à la mouette
    Soit douce
    Pour mes voiles
    Combien de rides
    Cordes offertes à l'errance
    Faut-il au soleil
    Pour être sourd aux canons
    Voici mes mâts
    Ja1ousant les insouciants sapins
    Plus inquiets que les collines
    De trop aimer les clochers
    Sarajevo brûle
    Que n'as-tu aboli les frontières
    Dans les veines du vent
    Ulysse
    Aux secrètes amours
    Dérobées à l'horizon



    Te revoilà épuisée mer
    Des pas alourdis
    Sur les quais
    Ni le port
    N'a ravi les corsaires
    Ni la pierre
    N'a sauvé les neiges
    Les souvenirs
    Portés par les écumes
    Le sel blesse leurs ailes
    La nuit vole leurs vols
    Cime après cime
    Tu crains les aigles
    Leurs griffes comme des balles
    Dans les brumes sonores
    Que n'as-tu imploré les rochers
    La désinvolte hirondelle
    Mer meurtrie
    Pour étreindre la frivole eau
    Dans les bras du soir écarlate
    Et éteindre tous ces incendies

Tahar Bekri