Terre d'enfance

par Marie BATAILLE

Si je sortais, ce soir, aux conjonctures denses, je trouverais la nuit s’abreuvant des traînées de lactance égouttées aux mamelles du bois, pour immerger mon corps dans son épaisseur d’ombre,
et les pieds nus, entame des layons.
Et je m’enfoncerais au milieu des haillons feuillus de mon enfance, j’irais jusqu’au Principe où germe toute essence.
Je me coucherais sur ta peau, ô ma terre ignifuge, où, ventre contre ventre, nous creuserions le centre comme l’humide accord des grottes en berceau.
Ô ma géante tutélaire ! mon corps s’enroulerait au point de l’Initial où tu m’engloutirais
et ta boue coulerait et sur mes yeux et sur ma bouche dans le dernier effondrement.
J’unirais mon sang à ta lymphe et tu le sucerais par tes mille ventouses
par tes rivières inhumées et les sanglots de tes blessures pour accomplir l’enfant qui fut privé de chair,

Ô ma terre d’embrasement !
Ô ma dernière Mère !


Marie Bataille