Une photographie de Mari Mahr

Mon pays nu,

(publié par florilège, n°93)

par Marie BATAILLE

 

Mon pays nu gorgé de cent mamelles en posture de femme livrée à cent dragons,

Mes escaliers de géant famélique griffé de mille et cent souffrances séculaires, mes faïsses nourricières !

Mon pays aux parcours égarés dans les nuits blanches de ses fils, de tous ses fils arrimés aux galères

Et de haute lutte partis sous les lanières des bourreaux

Et les femmes de la maison, jeunes et vieilles, qu’on arrachait aux lambeaux des champs,

Fières aïeules déportées vers les terres salines,

J’ai lu vos noms sur les murs de la Citadelle

Et j’ai visité vos prisons.

Servantes du Jardin au noir bleui de vos paupières

Servantes aux mains fortes nouées sur des épaules.

Ô mon pays proscrit ! mes cimetières horticoles, mon pays de rude mémoire

Où je me coucherai à l’ombre de mes pères.

Marie BATAILLE