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Une photographie de Catherine Merdy

Je n'ai jamais été de ceux que l'on élève !

par Jean Barbé

Sélection de la semaine

 

A la noire odeur d'encre,
A celle de la craie crissant sur le tableau
(Ah ce bruit qu'elle fait)
Rien qu'à ces souvenirs mon coeur saigne et se lève ;
Mon coeur !
T'en souvient-il de la sinistre école,
Si grise,
Jusque dans la toile des sarraus,
Plus triste quand la pluie grillageait les préaux
Et martelait la cour de bubons de vérole.
Je ne fus jamais de ceux à qui l'on enseigne
Avec leurs bras croisés et dans l'alignement !
A ces souvenirs là, mon pauvre coeur d'enfant,
Comme tu bats plus fort,
Te soulèves,
Tu saignes !
Tu te souviens de mes mains jointes sur la tête
Face au mur de la honte et du zéro pointé,
Des jours à mourir longs comme éternité,
Du minable barbu qu'il faut appeler "maître",
De tout ce temps perdu,
De mes printemps en cage
Pour apprendre à siffler tout ce qu'on doit savoir...
Moi qui ne voulais rien que suivre du regard
Par quelques échappées la course des nuages.

 

Jean Barbé