J’ai entendu des bruits sourds et des halètements, comme un monde qui serait englouti en son propre sein. Des sons durs et mats, la chute d’objets difficiles à imaginer. Une bouteille se casse, une lampe se brise en mille morceaux de rien.
- « Tais-toi, reste tranquille »
- « Mes yeux, mes yeux, ne les touche pas ».
La pièce est sans doute lumineuse, et les corps la remplissent pour la préserver d’une absence dont je ne saurai rien.
Les coups pleuvent, on percoit le craquement des côtes, les articulations qui cèdent, dans un froissement d’os qui crisse aux tympans.
- « Tu vois ce qu’il en coûte d’essayer de nous doubler ; ça fait mal ? hein, ça fait mal… »
L’homme qui tente de répondre ne semble plus avoir de forces, de voix, de vie. On entend un gémissement, une longue plainte dont la bouche n’est plus que le récipient, une plainte qui vient de bien plus loin que la gorge, du fond de ce qui était un corps
- « Là tu fais moins le fier… ! On t’avait prévenu, il ne fallait pas faire la mariole »
- « Arrête je crois qu’il est à bout ; il a compris. Pas besoin d’en rajouter »
Un dernier mouvement, les jambes qui rampent sur le sol, les mains qui s’agrippent mais qui sont trop faibles pour saisir. Un dernier coup, plus fort, plus net, et cette fois pas de réaction, de râle, de soubresaut humain.
Des pas qui résonnent, rapides, presque une course, mais toujours dans la pièce, maintenant saturée des sons de la douleur.
« Merde, là il a l’air vraiment mal. Touche le »
Un mouvement, le costume qui casse légèrement et épouse le dos qui se baisse.
« Je sens rien, il a pas de pouls. On a été trop loin »
« On plie, voilà à quoi ça nous mène tes manières de paysan. On plie… vite »
Plus rien, syllabes, mots, phrases, plus rien, plus un son. Le temps s’éternise et je ne sais que faire en raccrochant le combiné..
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