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Quapporte internet à
la littérature? Les tenants de la médiologie, ceux pour qui le medium
dominant détermine la vie culturelle, parleront de lhypertexte,
des possibilités de nouveaux types de mise en page favorisés par les cadres,
de linteractivité... ils évoqueront alors le changement du statut
de lauteur, la fin du texte linéaire (pour un développement magistral,
nuancé et intelligent de ce type de thèses, voir la mine dor, http://pages.infinit.net/gulliver/)
. Je ne crois pas que tout ceci soit très important. On pourrait dailleurs
affirmer que les textes littéraires ont toujours eu recours à des liens
hypertextes, qui nétaient pas des caractères bleus mais des mots
qui trouvaient un écho dans la mémoire du lecteur. Quand Jacques Reda
décrit les supermarchés dans sa lettre sur lunivers (Gallimard 1991)
une ombre que javais
suivie
Me conduisit auprès dun temple bas
Mais éclairé dune vive lumière.
Entre, dit lombre, ici tous les combats
Qui déchiraient ton âme prisonnière
Sapaiseront...
le lecteur reconnaît la parodie de Dante, saisit que la visite du
supermarché est représentée par une descente aux enfer... Et
probablement lintertextualité nest vraiment féconde, que lorsquelle
fait jouer ainsi plusieurs textes simultanément et non successivement.
Vive le par coeur donc, et tant pis pour les mémoires électroniques!
Linteractivité aussi à ses limites... Certains, en particulier des
admirateurs de poètes contemporains comme Char, insistent sur la polysémie
du texte, la liberté pour le lecteur dy tracer son propre chemin.
Et pourtant... je pense au poème de Char bien connu (dans les rues
de la ville il y a mon amour) qui, selon linterprétation de
Paul Veyne que je trouve convaincante ne parle pas dune femme mais
dun poème. Le texte sachève ainsi : Il ne se souvient
plus : qui au juste laima et léclaire de loin pour quil
ne tombe pas. Le poème, en somme, même si chacun est libre de le
lire à sa façon (sans que toutes les lectures se valent!), ne se maintient
à hauteur dhomme que par le lien quil garde avec sans son
premier amant, je veux dire auteur. Si au contraire il soffre comme
une
plaine ouverte au quatre vents, vaut-il dêtre lu?
Quapporte internet à la littérature? Pas une révolution, mais un
espace de rencontre. Rencontre francophone pour nous : lAtlantique
a disparu (pas la méditerranée hélas...). Décloisonnement des littératures
marginales voire groupusculaires (amis poètes, serions-nous visés ;-)
?).
Tout ceci à condition, ça va de soi mais ne se fera pas tout seul, que
nous continuions , avec laide de bénévoles comme ceux qui animent
écrits.... vains, à en faire autre chose que lespace marchand qui
menace (où lon revient au texte de Jaques Reda...).
Emmanuel Hiriart
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