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Tout d'abord je tiens à remercier Xavière Remacle de m'avoir proposé la rédaction de cet éditorial. Je ne pourrais pas parler de la poésie sans évoquer les personnes qui, un jour ou un autre, m'ont permis d'être édité et bien avant, de prendre conscience de ce que pourrait être l'écriture. (Le conditionnel est de rigueur.)
Dès le départ des rencontres :
bien sûr ,comme tout à chacun, dès mon enfance je savais que je serais écrivain, et nul besoin d'écrire une ligne, j'étais prédestiné. Ce n'est qu'à l'âge du lycée que je rédigeais mes premiers poèmes (ma meilleure amie était persuadée que je devais écrire de la poésie : je ne voulais pas la décevoir). Lucide sur mes compétences en la matière, j'entamais un véritable entraînement sportif : un poème par jour pendant un an. Arrivé au but j'étais tellement fier de moi que je montrais quelques textes à droite à gauche et finalement à Jean-Pierre Georges qui eut la gentillesse extrême de me réconforter, de me conseiller et de faire mon initiation aux arcanes du petit monde poétique. Peu après j'envoyais un paquet de texte à Jacques Morin pour Décharge et j'étais publié en revue.
Quelques années plus tard c'est toujours à Jean-Pierre Georges que je dû de connaître la revue " Comme ça et autrement " de Jean-Christophe Belleveaux et les éditions " Les Carnets du dessert de lune " de Jean-Louis Massot. Sous sa pression amicale, mais constante, je me décidais à passer le cap de l'édition d'un recueil. Ce fut chose faite en 96, puis à nouveau en 99.
C'est à toutes ces personnes que je dois d'être devenu poète, même si...
...personnellement je ne me sens pas du tout poète.
Pour tout dire, la poésie m'ennuie le plus souvent. Je la pratique à dose homéopathique en lisant les revues sus-nommées et encore, pas toujours régulièrement.
Je ne suis même pas convaincu d'écrire de la poésie.
J'écris sans autre carcan que ma limitation à aligner quelques phrases qui se suivent. Pour transmettre une émotion plus qu'une idée, à un lecteur indéfini. Je veux dire par là que ne n'écris pas pour moi, que je peux me passer d'écrire pendant longtemps, que je le fais dans le but de parvenir à un résultat, de le remettre en question, comme une passerelle avec les autres, mais une passerelle critique, interrogative, bancale, provocante, parfois.
J'écris des textes peu ou pas narratif parce que la narrativité du " il y était une fois " m'exaspère le plus souvent, que je ne sais pas bien le faire et que je n'ai aucune histoire à raconter à quiconque. Sinon des bribes essentiellement nombrilistes, donc forcément universelles...
Tout ceci pour dire que je suis très mal placé pour parler de la poésie... D'ailleurs je ne comprends pas bien cette histoire de poésie et de poète. Je ne doute pas que ce mot ait eu un sens particulier. Formes fixes, contraintes de style, déclamation : on pouvait être poète comme d'autres étaient dramaturges, ou fabulistes. Puis il y eu Rimbaud : Illuminations, ivresses, provocations, enfer. Point culminant du poète, fin de la poésie. Le mythe.
Depuis, je ne vois pas ce que peut être un poète.
Sinon à passer pour un illuminé, plus ou moins sentimental et rêveur (autres gamelles attachées au genre), qui pourrait se vouloir poète et se présenter tel quel à tout à chacun (je ne parle pas de ces réunions entre poètes qui ne sont pas " la vraie vie ") ? Déjà se dire " écrivain " est à la limite de l'indécence... alors que les uns comme les autres sont le plus souvent instituteurs, professeurs, universitaires voire bibliothécaires. C'est qu'il faut bien vivre.
Justement la poésie ne se vend pas. Pas plus que les nouvelles ou le théâtre. En fait aucun genre littéraire ne se vend sauf le roman, et encore presque uniquement par copinage avec la presse.
Il n'y a donc pas de malédiction particulière sur la poésie. Si ce n'est qu'elle se calfeutre volontiers autour de sa petite cheminée (" tout le monde connaît tout le monde ? " comme on dit dans les cocktails), univers parallèle du monde littéraire, cénacle d'assez bon ton.
Tellement bon que ça doit être ça qui me rebute. Comment dire... Il y a souvent comme un ronronnement bien huilé dans la poésie que je peux lire, un ton, un rythme, quelque chose d'immédiatement familier comme l'odeur d'une vieille maison (clichés faciles !), des réflexions sur la vie, l'amour, la mort pas inintéressantes mais...
des cris de douleurs,
des jeux de mots,
etc., etc...
Toutes ces phrases brèves et définitives, polies, policées, juxtaposées sur la page blanche, irrémédiablement, j'ai envie de dire. Comme si le fait même d'écrire un poème imposait cela.
Et ça m'ennuie. Parce qu'à mon sens la seule chose intéressante en poésie (en poésie d'aujourd'hui) c'est l'alliance de la singularité d'une voix avec une forme qui lui réponde. Et peu importe le style, les phrases, le vocabulaire, la qualité de la langue, les références culturelles (souvent d'un effet comique inégalable : cohortes de muses, "Correspondances" miraculeuses...), pourvu qu'il n'y ait pas de ces formes et de ces locutions toutes faites qui sentent... le lecteur de poésie ou le lecteur d'anciennes
poésies !
Ça m'ennuie parce que poésie, nouvelles, roman ou théâtre ne sont que des variantes formelles et je pense qu'il n'y a plus de spécificité de la poésie. Tout peut s'écrire en poésie comme en roman et dans les deux cas c'est la " fraîcheur " de l'auteur qui fait la différence. (La différence avec les fruits et légumes étant que certains auteurs restent éternellement " frais " et d'autres sont racornis dès leur première ligne...)
Au lecteur de passer outre ses a priori. Aux libraires, bibliothécaires, instituteurs, professeurs, journalistes et... poètes de le convaincre de le faire.
Donc, la poésie :
J'évite d'en lire.
J'évite d'en écrire.
Et elle ne s'en porte pas plus mal.
François Garnier
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