Vincent Di Sanzo

Editorial du 25 octobre  2000

par

Vincent Di Sanzo
 

Pour une poétique du voyage


Coup de projecteur, par Emmanuel Hiriart et Silvaine Ararbo

Les sentiers poétiques de Vincent Di Sanzo

Textes choisis, dont trois inédits 

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Pour une poétique du voyage

Intuitivement chacun sent bien le rapport qui unit poésie et voyage. Tous deux transportent, certes, mais quand l'un et l'autre forment une passion commune alors le lien en devient plus subtil.

Bien sûr, on pourrait soutenir que la poésie n'a pas besoin de la réalité du voyage pour transporter l'âme du lecteur. Elle est en elle-même un voyage imaginaire évoqué par la forme, le rythme et la musicalité du poème. La force du poète ne réside-t-elle pas dans cette faculté de transcender l' objet le plus insignifiant, le plus banal en lui donnant une valeur esthétique ou émotionnelle inattendue ?

En fait connaît-on bien les possibilités du voyage ? Il faut tout d'abord essayer de lui donner un sens. Simple besoin d'évasion vers des horizons nouveaux, retour dans un passé révolu, désir d'imprévu, apports de connaissances. Mais peut-on encore éprouver de l'émerveillement pour des contrées banalisées ? Il n'y a plus de monde qui nous soit inconnu, toutes les terres semblent accessibles, alors que reste-t-il au chasseur de rêves
éveillés ?

Il reste le plaisir d'une expérience d'ouverture au monde. Voyager c'est aussi et surtout aller à la rencontre de cet autre. C'est se rendre disponible pour mieux l'écouter et tenter de comprendre sa différence, c'est privilégier les instants de convivialité et d'émotion. C'est prendre le temps d'observer afin de mieux ressentir l'esprit d'un lieu ou d'un paysage.
C'est encore retrouver l'ingénuité du regard pour mieux s'imprégner du parfum de leurs mystères. Enfin on ne peut négliger cet apport salutaire du voyage qui force à relativiser sa propre existence.

J'aime prolonger le voyage en esquissant quelques notes sur un petit carnet. Ce compagnon fidèle m'aide non seulement à en consigner les péripéties mais aussi à capter l'impression fugace d'une réalité ou bien la présence évanouie d'une ombre. La rédaction d'un carnet de route est un bonheur intense. Je colle ainsi des fragments de réel supposé avec quelques citations poétiques ou bien parfois avec quelques vers de ma composition parce que je reste persuadé que seule la poésie est capable d'évoquer la magie d'un lieu et parce que cela permet, au demeurant, d'en avoir une vision toute personnelle.

Quoiqu'il en soit écrire un récit est une façon de donner un sens au voyage. De plus, c'est une façon de mesurer le chemin parcouru. Même si l'on ne croit pas ou plus au périple initiatique, il se peut malgré tout qu'entre le départ et le retour, quelque chose en nous ait changé, il se peut que l'on ait perdu quelques vérités absolues, celles qui nous aveuglent parfois.
Enfin et même s'il reste une interprétation toute personnelle de sa propre expérience le récit de voyage trouvera toujours un écho dans le cœur et l' esprit de celui qui sera prêt à partager le plaisir de la découverte.

Vincent Di Sanzo