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Editorial
du 25 0ctobre 2000
Projecteurs
sur Vincent di Sanzo, par Emmanuel Hiriart et Silvaine Arabo
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Passée la dernière maison la route mène au carrefour que garde un étrange
calvaire de granit. La croix porte en son relief la sculpture d'une forme
humaine. Le corps s'étire sur des jambes trop courtes, la tête est
démesurée, les maigres bras filiformes. Ombre immortelle aux portes du
village endormi. Je caresse l'âme truculente de l'artiste inconnu. La pierre
brûle mes doigts. Mon regard s'agite. Gage d'éternité, la lumière du jour
indique la voie à suivre. J'obéis à l'invisible.
Le chemin solitaire irrigue l'île verte. Sur ces flancs, un vieux mur abrite
quelques fleurs violettes au parfum délicat qu'accompagnent de petites
fougères. Grignotée par la mousse et l'oubli la roche se contente du
souvenir des générations disparues. Fidèle à la pierre dorée un lézard fait
corps avec elle. Où peut bien mourir ce regard éternel ? Le vent léger
chuchote dans la muraille qui frémit. Au delà plane un silence troublant.
Libre, le chemin glisse sur le bocage entraînant avec lui des poussières de
rêves. Errance sublime dans un sentier désert ! Une haie de noisetiers
éclaire la broussaille alors qu'une souche séculaire invite au repos. L'écho
des songes emplit le feuillage d'un chêne meurtri qui semble m'interroger.
Perchée sur un poteau, une buse immobile scrute la prairie. A l'affût de sa
prochaine victime. Je poursuis l'invitation au voyage qui me conduit, de
loin en loin, à des pensées abolies.
Sous mes pieds la terre hésite entre les cailloux perdus et les touffes d'
herbes sauvages. Le murmure d'un ruisseau porté par l'onde fragile égaye la
plaine. Je souris à sa frêle innocence. Volupté tranquille d'une brindille
qui frissonne. Les fleurs passives sont à peine distraites par la course
infini de l'eau. Tourbillonnante, fière insoumise, elle continue de chanter
pour le plaisir de la muse.
Une lourde barrière de bois ferme l'entrée d'une pâture. La haie s'
encanaille engloutie par l'herbe folle. A l'horizon l'écume verte roule au
gré du vent. Un paysan a abandonné une charrue d'un autre âge dans la
bruyère cendrée. Le métal couvert d'une rouille sanglante pleure. Il ne
reste plus que la semaille du temps qui passe. Une essence profonde annonce
la forêt toute proche. Je te quitte, minuscule amour car c'est l'heure
exquise où la clairière chérie fait danser les vieilles légendes oubliées.
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