Belleveauxdtail2.jpg (15692 octets) Editorial du 13 mars 2000
 
par


Jean-Christophe Belleveaux


J’écris parce que après l’épreuve de la naissance
écrire est une des plus hautes preuves d’être 

Amina Saïd ( in Gisements de lumière ;
éditions de la Différence )

 
 

Projecteur sur Jean-Christophe Belleveaux,
par Anne Brousseau

Bio-bibiographie

 

Quelques textes de J-C Belleveaux, dont deux inédits  :

[ 1 ]  [ 2 ]  [ 3 ]   [ 4 ] 

 
Être. Et ( se ) le prouver. Voilà un angle d’attaque possible. Ainsi, l’écriture - poétique surtout, je crois - nous ramène au Verbe sacré : nommer, c’est donner existence. Rien de religieux là-dedans mais de métaphysique, sans doute. Difficile de n’être pas un peu sérieux en évoquant de tels sujets. J’apprécie le concept de complexus, « l’unité de recherche d’Edgar Morin [...] dans le souci d’une connaissance ni mutilée ni cloisonnée, qui puisse respecter l’individuel et le singulier tout en l’insérant dans son contexte et son ensemble »1 et il me semble que la poésie permet cette approche globale, ontologique, en dehors de tout système trop étriqué, y compris philosophique ...
 
Créer le réel en le nommant, donc, mais quel réel ? Celui qui renvoie à la parole qui l’a fondé et l’interroge à son tour, non un objet posé et reconnaissable. C’est ainsi que l’image poétique va, par accident, ouvrir des brèches de lumière sur l’absurdité, que le poème sera une sorte d’intuition d’un essentiel ou d ’un autre chose dans lequel celui qui écrit sent qu’il a part prenante. Évidemment, cela n’est pas sans évoquer certaines perceptions cosmogoniques tel le bouddhisme zen, par exemple - en tant qu’il est une mise en relation immédiate avec le réel ; je crois que la poésie, en dépit des mots, tend à cette connaissance complète et sans intermédiaire ; comme le bouddhisme zen, elle intègre en outre ce qu’un regard porté du dehors appellerait paradoxes. Mais je dirais qu’il s’agit là d’abîmes et de leurs contraires tout à la fois, d’où la particulière difficulté d’un discours extérieur au poème, d’un discours qui veuille en faire une approche théorique. On ne peut discourir « raisonnablement » sur la poésie. Elle est une expérience, et une expérience s’éprouve de l’intérieur.
 
De la façon dont se produit le poème, l’Allemand Peter Huchel dit :
« On poursuit ses petites affaires, on attend jusqu’à ce que quelque chose s’abatte, deux ou trois mots, le son d’une voyelle, peut-être une métaphore, en quelque sorte, une poignée de limaille de fer, qui se trouve encore en dehors du champ magnétique. A un stade supérieur du processus, l’image s’éclaire, elle devient parabole, c’est-à-dire, l’aimant structure la limaille. »2 .
 Révélation, noyau de lumière brut qui va exploser en paillettes recueillies par le poème , ce dernier proposant alors un éclairage, jamais rien de définitif, façon d’échec donc, si l’on veut, à reproduire infiniment, la poésie se trouvant être
( dans ) cette tentative répétée plutôt qu’un résultat fini. La poésie nous dépose au bord du Monde comme se le représentaient les anciens cartographes. En franchissant les limites, va-t-on choir dans le vide, dans un espace peuplé de dragons ? Les deux sans doute, et plus encore.
« On dirait parfois / que nous sommes au centre de la fête. / Cependant / au centre de la fête il n’y a personne. Au centre de la fête c’est le vide. // Mais au centre du vide il y a une autre fête. » 3 Roberto Juarroz.
 
1. in Planète : l’aventure inconnue, Edgar Morin, Christoph Wulf ( ARTE Éditions / Mille Et Une Nuits ; 1997 ).
 
2. in Der Preisträger dankt, cité par Emmanuel Moses dans sa préface à La tristesse est inhabitable, Peter Huchel (Orphée / La Différence ; 1990).
 
3. in Douzième Poésie verticale, Roberto Juarroz ( Orphée / La Différence ; 1993 ).   
 

 

                                                                                                             Jean-Christophe  Belleveaux