Éditorial

par

Silvaine Arabo

Quelques poèmes de Sivaine Arabo :

L'eau s'échappait des pourrissoirs
C'était un oiseau  
Tu viens du pays très haut  
Sous les rides  
Je te contemplerai  
Elle se heurte à ce vide  
Elle mourut légère  

Coup de projecteur...

Bio-bibliographie

 Jaillissement 
Huile sur toile de Silvaine Arabo, 1992 

 

 

Le poète dans la cité


Parce qu'il n'est pas un être coupé des réalités de ce monde, parce
qu'il signe avant tout son appartenance à une société, le poète véri-
table n'est pas le doux rêveur dont on s'est complu à faire la
caricature.
Ecrire c'est agir. Dire, sans haine, mais avec la véhémence nécessaire,
c'est combattre.
En poésie, la tradition est longue, de ces magiciens du verbe qui n'ont
pas dédaigné de s'impliquer dans ce qui pouvait parfois paraître bien
"terre-à-terre"... Mais que vaudrait un poète qui ne saurait s'engager
lorsque cela s'impose et que la dignité de l'homme est en jeu ? Quoi de
plus noble que cette cause-là ? Quoi de moins terre-à-terre, au sens ha-
bituel du terme ?
La tradition est longue, certes, de l'engagement socio-politique chez les
poètes. Parce que cet engagement a, derrière la coulisse des apparences,
partie liée avec l'éthique et la méta - physique : c'est le devenir de
l'Homme qui est en jeu, son histoire, c'est-à-dire l'histoire même de
sa conscience évolutive .
La tradition est longue, certes, des infortunés Lorca, Néruda et autres
Nazim Hikmet, à René Char, Aragon, Desnos ou Max Jacob ... J'en passe !
Les plus grands se sont engagés, toujours. Parce que, par nature, le
poète est un être de liberté : farouchement indépendant, il ne peut être
le valet d'aucun système, qu'il soit politique ou intellectuel .Le poète
épouse le mouvement de la vie : cette vie qu'il aime, chante et respecte,
cette vie pour laquelle il est prêt à donner la sienne !
Le plus souvent écorché vif par nature, il sent la souffrance d'autrui
(homme ou animal) comme s'il la vivait dans sa propre chair : alors il
crie,mais son cri est beauté car, par définition, il est le grand alchi-
miste . Et parfois, parce qu'ils sont hommes, les "grands " de ce monde
eux-aussi l'entendent...
Si le poète est souvent le chantre de l'amour égotique, il est aussi
celui de l'amour universel et rien de ce qui touche ses semblables ne
peut lui demeurer étranger :
" Homo sum, humani nihil a me alienum puto " (" Je suis homme,
rien de ce qui est humain ne m'est étranger " ) affirmait déjà Térence.


Etude de couleur dans les rouges, 
Silvaine Arabo
, 1997

Silvaine Arabo