CEVENNES

Une vraie langue de papa ?


par Emmanuel Bing

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Responsable de la rubrique :

Emmanuel Bing

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L’image représente un emballage rose de jouet pour petite fille. À la place de la poupée se trouve un moulage en plastique souple et rose de langue d’adulte. Sur le paquet il est écrit : une Vraie Langue de papa.
Bouge dès qu’on la touche! Articulée. Étanche dans le bain. Pour fille ou garçon. Salive vendue séparément. Indétectable.
Autour un canard de bain, un biberon, une serviette éponge.

Puis, inséré dans une carte noire type bancaire : à ce jeu là, les enfants sont toujours perdants.

On ne le leur fait pas dire. Au jeu de leur publicité, les enfants sont encore perdants. Et que dire des papas?
Au titre de quelle liberté d’expression se donne t-on le droit encore de détruire l’image paternelle déjà fort explosée dans les inconscients modernes? Le droit à la bêtise? La publicité parue dans Le Monde de ce 11 février est une ignominie. Qu’aurais-je à dire si d’aventure ma fille tombait sur cette démonstration de débilité et d’incompétence de l’Association internationale des victimes de l’inceste, où les codes de la poupée Barbie côtoient un discours putride et pervers, attribué à un papa dont la langue serait ici le fac-similé plastique, en forme de jouet incestueux? Aucune parole ne me vient que la rage de voir encore une fois le papa mis en défaut, pointé du doigt, dénoncé, qui par sa seule fonction paternelle serait déjà coupable de la transgression de l’interdit fondateur!
Cette pub paraît-il s’adresserait aux adultes, comme si le regard d’un enfant ne pouvait tomber dessus, et s’y laisser berner, au premier degré, “papa c’est vrai qu’il vendent des langues de papa, j’ai vu la pub”. Est-ce que c’est de la provocation? Est-ce que, en tant que provocation, l’on peut estimer que cette publicité atteint son objectif?

La provocation est une arme dont je ne perçois ni le sens, ni l’intérêt, dès lors qu’elle n’emballe plus qu’elle même, laisse ce goût amer de l’agression, le placage traumatique de l’image limite dans l’inconscient, jouant dangereusement du côté de la jouissance dans la pulsion de mort.
L’image n’éveille pas les consciences, mais le dégoût, le dégoût profond pour le publicitaire bizarrement anonyme qui a imaginé cette campagne, et le dégoût pour les imbéciles patenté de cette association qui a accepté une telle horreur avec une telle désinvolture.
Le discours abruti d’une responsable, entendu à la radio (France-Info), au moment où pour une fois le Bureau de vérification de la publicité faisait de la censure, qui annonçait que cela s’adressait aux adultes et non aux enfants se soutient d’un déni tout aussi pervers que ce qu’elle dit dénoncer ; les codes sont ceux de la publicité pour enfants, et de ce fait même cette publicité s’adresse aux enfants.
Qu’il faille défendre les victimes d’inceste ne fait pas de doute. Il faut aussi défendre ceux qui n’en sont pas victimes de telles agressions.

La mise en doute permanente du cercle familial est extrêmement déstabilisante, la volonté de dénoncer les pères (sous le vocable “papa”) sans tenir compte des responsabilités des mères est à interroger du côté des intentions parricides des auteurs.
Que reste t-il? Le mépris, le dégoût et la rage de voir la toute puissance du discours pervers submerger l’éthique des sociétés modernes.


 

Une photographie de Mari Mahr