Beaux livres - Noël 2005

par Brigit Bontour

ECHANTILLON 100 CREATEURS DE MODE 010 SPECIALISTES

 

Plus que tout autre ouvrage, Echantillon, 100 créateurs de mode, 010 spécialistes mérite le nom de "Beau livre", peut-être le plus beau paru en cette période. La couverture splendide tout d'abord, évoque un plissé immaculé de madame Grès ou d'Issey Myaké, l'iconographie exceptionnelle ensuite et enfin, le concept du livre lui valent cette reconnaissance.

10 spécialistes de la mode, journalistes, stylistes, écrivains prennent chacun le parti d'un ou de plusieurs créateurs qui font la mode d'aujourd'hui et de demain. Chacun a remarqué le travail d'un ou de plusieurs stylistes pour la sophistication de leur coupe, leur choix de tissu, leur indépendance vis à vis de la lourde industrie de la mode ou encore leur esprit visionnaire et souvent décalé.

Ainsi, Stephen Todd écrivain australien, l'un des 10 experts invité à s'exprimer a choisi Toni Maticevski, jeune homme de vingt ans qui vit encore chez ses parents dans la banlieue de Melbourne, c'est à dire très loin des capitales où se décident le bon goût et les tendances de la prochaine saison. Maticevski, inconnu du grand public élabore des vêtements d'une sophistication aérienne, pratiquement virtuelle, comme cette robe en organdi rose pale, léger souffle nuageux photographié sur fond de béton brut.

Brana Wolf, styliste et journaliste américaine suit le travail de Dean Harris, jeune joaillier qui étire l'or et les pierres précieuses jusqu'à une épure quasi totale. Tim Banks journaliste Néo-zélandais vivant à Londres a remarqué le nom plus connu de Christopher Bailey, à l'origine du revirement stylistique de l'immémoriale marque Burberry depuis 2001, avec ses détournement audacieux de la célèbre toile Nova check en bikinis, tongs ou soutiens gorge ou redessinant certains des grands classiques de la marque.

Pour Alexander MacQueen, Shaun Leane est "l'orfèvre de l'ornement corporel", façonnant le métal afin qu'il "fusionne naturellement avec le corps" ; tandis que le tandem Boudicca travaillant en réaction contre le milieu industriel le séduit entre autre grâce à ses robes hommage à l'Howard Hugues reclus de la fin de sa vie.

L'importance de ce livre tient d'une part au regard posé par les spécialistes de la mode et du style sur des créateurs jeunes et souvent totalement inconnus sauf du microcosme, mais surtout par son audace et sa créativité : la recherche est permanente et le constat plutôt simple et rassurant : la mode de demain ne sera pas européenne, asiatique ou africaine : elle sera dans le rapport au corps, à l'esthétisme, tout autant qu'à l'excentricité et la marginalité, termes compris dans l'acception la plus noble, celle de l'imagination sans autre limite que celle du questionnement..

 

Echantillon 100 créateurs 1010 spécialistes
Ouvrage collectif
Phaïdon 420p. index


CHAUSSURES UN REPERTOIRE DES FORMES DE L’ANTIQUITE A NOS JOURS

Si les marques Nike, Tod’s, ou John Lobb sont connus de tous les amateurs de belles chaussures, le parcours de leurs créateurs, l’historique de leurs modèles le sont beaucoup moins. C’est cet itinéraire que propose en quelques pages à la fin de son livre très exhaustif, John Peacock, l’auteur de « Chaussures un répertoire des formes de l’antiquité à nos jours », après avoir parcouru plus de quatre mille ans de l’histoire de la chaussure. A peu près toutes les formes retrouvées sous toutes les latitudes sont répertoriées. Des plus étonnantes comme cette très moderne sandale égyptienne à la doublure en lin figurant un ennemi ou un prisonnier datant de 1350 ans avant Jésus-christ, aux plus précieuses comme ces souliers d’empereur orné de perles. Des plus extravagantes  à l’image de ces poulaines à la longueur inouïe à ces très délicates chaussures de satin d’avant 1789 qui préfiguraient un monde en train de disparaître.

Les souliers les plus contemporains ne sont pas oubliés non plus, recyclant pour certains des modèles du passé, la technologie et le confort en plus. Ici comme ailleurs la mode semble etre un éternel recommencement, mais après quels détours et péripéties…

Chaussures un répertoire des formes de l’antiquité à nos jours.
John Peacock
Editions de la Martinière



LE PALACE , REMEMBER

 

 

Même si le palace n’a été ouvert que cinq ans, entre 1978 et 1983, le nom de ce club est à lui seul le symbole d’une période unique : celle de la « bande des Halles ». Mai 68 avait dix ans, l’époque se reconstruisait autour des boutiques et des musiques nouvelles. C’est au Palace que les « jeunes créateurs » d’alors : Jean-Paul Gaultier, kenzo, Mugler Mariot-Chanet, Pierre et Gilles commençaient à fêter leurs succès tout neufs. Là que se déroulèrent des fêtes folles et grandioses mêlant stars et inconnus.

Inutile de pratiquer le name dropping : tous les grands, de Rudolph Noureev à Mick Jagger en passant par Warhol et tant d’autres ont parlé, dansé jusqu’à n’en plus finir, ou bien plus…..dans ce théâtre tendu de velours rouge, à l’escalier serti de fer forgé et de miroirs, ou au Privilège, le restaurant club, déjà conçu par Gérard Garouste avec ses drapés évoquant à la fois le tombeau Etrusque et la crypte romaine.

Mais au-delà des souvenirs des bals inouïs, des personnages précurseurs qui hantèrent le lieu, le Palace marque à la fois le début et la fin d’une période de festivités comme Paris n’en avait peut-être pas connu depuis les années folles. Fêtes qui s’achèveront lors des années noires du Sida qui emportera Fabrice Emaer son fondateur et tant d’autres.

De nombreux livres de témoins qui ont travaillé ou sont passés au palace sont parus, mais aucun ne donne l’impression comme ce « Palace Remember » que l’âme du lieu fut si forte pour exister encore, alors que l’époque et beaucoup de ses acteurs en sont plus.

Le Palace, remember
Jean Rouzeaud et Guy Marineau
Editions Hoebke


LES PLUS BEAUX MANUSCRITS DE MOZART .

La courte et intense vie de Mozart est retracée dans ce livre grâce à des manuscrits, des partitions signés de sa main, ainsi que des peintures d’époque. Sur ce génie mort trop jeune, on a beaucoup écrit, même si des pans d’ombre subsistent. Dans « les plus beaux manuscrits de Mozart », il est touchant de voir s’affirmer le talent du jeune garçon précoce en habit et perruque poudrée, puis du jeune homme qu’il ne cessera jamais d’être, turbulent, volage et toujours génial, relaté dans un texte dense illustré de partitions, de décors de théâtre ou de lettres. Rien n’est oublié dans cet ouvrage : il y est question de musique bien sur, de franc maçonnerie mais aussi de son goût pour la plaisanterie qu’il exprime dans sa correspondance ou à travers des « railleries musicales », compositions ou il tourne en dérision les musiciens médiocres. Ses amours, ses amitiés avec Haydn, son admiration pour Bach ou ses problèmes d’argent récurrents sont également évoqués.

Mozart apparaît plus vivant qu’il n’a jamais été, sa destinée plus terrible encore grâce à l’iconographie : ainsi deux gravures à quelques pages de différence : l’une représentant une voiture noire transportant le cercueil du musicien, seulement suivie d’un chien, l’autre le somptueux catafalque de l’empereur Joseph II. Tout est dit en quelques traits de l’importance accordée à un musicien au dix-huitième siècle. C’est la flamboyance de Mozart, son importance dans l’Europe des Lumières et à travers les siècles suivants que célèbre Gilles Cantagrel, musicologue, ancien président de France Musiques à l’occasion du 250 e anniversaire de Mozart le 27 janvier 2006.

Les plus beaux manuscrits de Mozart
Gilles Cantagrel
Editions de la Martinière 53 euros.


LA PASSION DES ARTS DE LA TABLE.

 

 

L’art de dresser la table, les assiettes, les plats et services spécifiques, les couverts, les verres, les accessoires et ornements de table, thé, café et chocolat : c’est autour de ces éléments à priori usuels que s’ordonnent le live de Inès Heugel. Faussement simples d’ailleurs, car qui sait encore de nos jours qu’au moyen age Hanaps et tranchoirs étaient de mise, qu’on s’essuyait les mains sur la nappe, bien avant que la fourchette à deux dents n’apparaisse au XVème siècle ? Plus tard furent en vogue, services à la française puis à la russe, qui en a encore souvenir, tout comme des présentoirs à fraise, des tasses à moustaches ou des verres de curistes ? Autant de détails plus ou moins connus de l’histoire de la table et de ses acteurs : il y a quelques dizaines d’années un service de table comptait des dizaines de pièces de la même gamme : la saucière devait être assortie à l’assiette à potage, à l’assiette plate, à dessert, à la soupière etc.….. Aujourd’hui la mode est aux tables plus ludiques dépareillées selon les occasions : quelle plus belle association qu’une assiette contemporaine entourée de verres en cristal et de couverts en argent venus d’une arrière-grand-mère  ou du marché aux puces ?

Au delà de ces curiosités désuètes, mais au charme inouï, l’auteur propose une ballade dans le monde des arts de la table à travers de très belles photos et commentaires toujours avisés, et donne également de précieux conseils sur la valeur, l’acquisition et l’entretien des pièces du passé. Ainsi pour savoir si un verre est ancien, il convient de passer le doigt sous son pied. En effet une irrégularité causée par la trace d’un instrument appelé pointil atteste de son ancienneté.

La passion des arts de la table
Inès Heugel
Editions du Chene.


MAISONS DETOURNEES LIEUX DE VIE INSOLITES

Pour les amoureux du calme et de la nature, quelle plus belle idée que celle de vivre dans une ancienne gare de téléphérique perchée à 1500 mètres d’altitude ? Plus original encore, un américain a choisi d’habiter dans la carlingue d’un avion avec en guise de salle de bains un sous-marin qui a servi pour un décor de film. Mais il y a plus classique parmi les habitats insolites qu’a déniché Laurent Boudier journaliste passionné d’architecture. Ainsi les églises, phares, serres, moulins, silos à grains, anciens bâtiments agricoles ou industriels sont des incontournables de la récupération architecturale.

Plus prestigieux, près de la tour Eiffel, un beffroi et son horloge qui fonctionne encore a été transformé en appartement de 65 mètres carrés avec une vue imprenable sur Paris.

Les intérieurs souvent redessinés par des architectes sont d’une belle sobriété très recherchée avec leurs volumes atypiques, leurs murs qui ne connaissent pas toujours l’angle droit ou leurs fenêtres rondes d’où se dégage un charme prenant.

Les idées ne manquent pas aux astucieux et originaux propriétaires de ces biens qui trouvant à se loger dans une période de crise, participent également à la conservation du patrimoine. Car sans leur reconversion, la plupart de ces bâtiments ne seraient plus que ruines ou auraient disparu.

Maisons détournées lieux de vie insolites.
Laurent Boudier
Editions Hoebke 29,50 euros.


L’ESPRIT DES RUINES

« Capitale oubliées », « demeures d’empereurs », « sanctuaire de Zeus », « grottes révélées », « pierres vivantes », « villes de démiurges » : Derrière chaque appellation se cachent des ruines, ces étranges constructions, synthèse de l’esprit humain et du temps passé. Car pour qu’il y ait ruines, il faut la destruction, l’abandon et le passage des années. Une ruine n’a de valeur que si la mémoire de ce qui mena le lieu à sa perte s’est estompée au fil des générations. Alors seulement peuvent se développer nostalgie et curiosité qui donnent naissance aux fantasmes les plus fous, à ces rêves de pierre.

Ferrante Ferranti a parcouru le monde afin de photographier les ruines  des civilisations disparues comme celles de l’empire romain, des cités mayas ou bien d’Angkor.

S’il s’efforce de tracer un itinéraire à travers les grandes civilisations, son œil de photographe s’est surtout attaché à décrire le vide et l’absence hantés d’endroits qui jadis furent les places fortes du monde, bouillonnant de monde de vie et de couleurs. Son live parsemé de citations fait toucher du doigt la fragilité de la vie humaine et de ses fastes terrestres destinés à disparaître.

L’esprit des ruines
Ferrante Ferranti
Editions du chêne
255p.


PARIS GOURMET : BELLES ET BONNES TABLES DE LA VILLE.

« Paris, la ville dont les restaurants sont des musées ». Dès la première phrase d’introduction, le ton de ce livre dédié à l’art de fréquenter les établissements parisiens est donné. En plusieurs chapitres : Paris,

capitale des restaurants, décors historiques, brasseries, bistrots, décors contemporains, un carnet gourmet qui recense toutes les bonnes adresses de la capitale ; l’auteur Pierre Rival nous invite à la plus esthétique et savoureuse promenade de l’intemporel Paris gourmant. Dans ce livre se succèdent les restaurants modernes mais revus dans le plus pur classicisme comme le Café Marly qui donne sur la pyramide du Louvre et dont personne ne peut oublier la flamboyance du lieu au coucher ou au lever du soleil, aussi bien que le mythique Train Bleu de la Gare de Lyon. En 1901, année de son inauguration, il n’était encore que le buffet de la gare, malgré ses onze mètres de hauteur sous plafond et ses débauches de stuc, de peintures réprésentant alors l’exotisme de lointaines contrées : les Alpes, le midi, l’Algérie, la Tunisie. Il faillit être détruit au cours du siècle et fut classé en 1972 par André Malraux. Qui a dit musée ?

Un autre restaurant, parmi d’autres le deviendra peut-être : le Georges au 6 ème étage du Centre Pompidou tout d’aluminium et de verre.

Les noms de designers : Philippe Starck, Jacques Garcia, Renzo Piano, Olivier Gagnère sont aussi souvent cités que ceux des grands chefs étoilés puisque leurs décors n’ont d’autre but que de valoriser une cuisine exceptionnelle dans un écrin qui ne l’est pas moins.

On peut en aimer ou en détester certaines, mais aucune de ces mises en espace, voire même de scénographies ne laisse indifférent, car désormais le plaisir gustatif ne peut plus être dissocié du plaisir visuel, voire tactile.

Aucun établissement n’est oublié avec à la fin du livre, un récapitulatif des adresses et de al description des lieux, de la Coupole en passant par Lipp, le Barfly ou le Terminus Nord.

Paris gourmet : Belles et bonnes tables de la ville.
Pierre Rival
Flammarion, 45 euros.


LES VANITES DANS L’ART CONTEMPORAIN.

Thème majeur de l’histoire de l’art, les Vanités au dix septième siècle dénonçaient l’attachement des hommes aux biens matériels dans un contexte religieux très précis. Les codes étaient assez simples : le crane, le sablier, la bougie à demi consumée ou la fleur en train de se faner étaient fréquemment posés près d’une belle femme à la veille de ses noces ou un visage ridé se reflétait dans le miroir tendu par des servantes à une toute jeune fille à la peau éclatante. Le message était clair : l’existence est fragile et éphémère. Tout passe et aboutit à la mort, démystificatrice des plaisirs et possessions terrestres.

Aujourd’hui l’environnement historique et métaphysique est différent et les artistes qui s’intéressent aux Vanités le font avec beaucoup d’éclectisme, même si le mystère du temps qui passe et de la mort ainsi que la survalorisation des objets et des biens matériels sont toujours les angles choisis.

Pourtant à priori, il n’y a rien de commun entre les accumulations de boites de soupe Campbell d’Andy Warhol, cette robe faite de steaks de bœuf qui pourrissent lentement sur un mannequin (Joan Sterbak 1987), ou ces fruits en train de moisir en vidéo (Sam Taylor Wood, 2001). Rien de commun sinon cette interrogation : que signifie le vieillissement, la décomposition qui annoncent la mort ?

Naturellement le thème du crane est récurrent, parfois avec humour, comme ce squelette de chien qui apporte Le journal Libération à son maître (Maurizio Cattelan, 1997).

Ce livre, premier ouvrage sur le sujet propose plusieurs regards sur la façon dont l’art contemporain investit et renouvelle le thème des Vanités avec la reproduction d’œuvres de nombreux artistes, ainsi que quatre essais critiques très pointus

Les Vanités dans l’art contemporain
Sous la direction de Anne-Marie Charbonneaux 
Editions Flammarion 60 euros


PERDRE LA TETE

 

Perdre la tête : bien sûr il serait tentant de rapprocher le titre de cet album de photos en noir et blanc, sensibles et parfois dérangeantes à seule la vision de cette dame très âgée qui traverse le boulevard Raspail de dos, si courbée que sa tête disparaît derrière le col de fourrure de son manteau.

Mais le titre vient de la façon dont François Marie Banier aborde ses sujets : il est si absorbé par l'histoire que leur visage, leur âge ou leur gestuelle raconte en creux qu'il ne pense plus qu'à happer l'instant d'éternité qui lui est offert.

Chaque matin, il parcourt Paris au hasard avec son appareil et photographie tout ce qui le touche, l'émeut, le bouleverse ou parfois l'amuse. Naturellement ses modèles n'ont rien à voir avec ceux d'Helmut Lang ou de Pierre et Gilles. Son travail est exactement à l'inverse de la pose ou de l'esthétisme mais se rapproche au plus près de l'humain, de la décrépitude du corps, de l'abandon, de la mort qui approche. Ses sujets sont souvent aux antipodes de l'esthétisme, parfois âgés ou handicapés, parfois plein de vie de révolte ou d'étonnement : un tout petit garçon face aux racines d'un grand chêne arraché au Grand Trianon, un prêtre se protégeant de la pluie sous un étrange imperméable qui lui donnerait l'allure d'un fantôme si ne dépassait son étole ecclésiastique, des confessions en chaîne en pleine rue, une dame obèse lisant son bréviaire.

Le livre décidément étonnant ouvre sur une série de portraits de Daniel Emilfork, un acteur aux expressions stupéfiantes et se clôt par un reportage décalé sur la célébration du bicentenaire de la mort de Louis XVI en janvier 1993.

Les photos sélectionnées dans "Perdre la tête" sont le sujet d'une exposition à la Villa Médicis jusqu'au 9 janvier 2006.

 

François-Marie Banier
Perdre la tete
Gallimard/Steidl 256p .


CACHE CACHE

Si l'art du camouflage et de l'adaptation des animaux est bien connu, il est toujours étonnant de se surprendre en train d'essayer de repérer un animal au sein d’un environnement dans lequel il se fond. Si les renards, les ours, ou les phoques blancs sont parfaitement attendus dans l'immensité immaculée des pôles, il en va autrement pour d'autres représentants de l'espèce animale : ainsi il faut quelques secondes au lecteur avant d'identifier ce phoque veau marin perché sur des rochers tachetés comme sa fourrure, ou ce Courlis-corlieu très bien dissimulé dans un paysage de bruyères et de tourbe, ce loup gris sur fond de bouleaux, ou cette bécassine des marais totalement invisible dans les branchages à moins d'être armé d'une loupe.

Quant aux poissons, il est absolument impossible de distinguer le poisson scorpion de Papouasie de son lit d'algues multicolores, simple élément d'une palette somptueuse, le crabe bonbon ou l‘antennaire peint

Les deux auteurs de ces tableaux qui touchent parfois à l'abstraction, Art Wolfe et Barbara Sleeper sont deux spécialistes de la vie sauvage et ont publié de nombreux ouvrages célébrant l'intelligence animale : celle du camouflage dont dépend leur survie.

Cache-cache
Art Wolfe Editions du Chêne. 144p .


TOMATES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI.

 

Née au Pérou, il y a quelques dizaines de milliers d'années, la tomate est le deuxième fruit le plus consommé après la pomme de terre. Cinq ou six variétés sont proposées au consommateur, alors qu'il en existe environ 10 000 dans le monde entier. Le Conservatoire de la tomate au château de la Bourdaisière a pour but de cultiver et de faire connaître ces fruits si différents regroupés sous une même appellation en en cultivant environ 650. Louis Albert de Broglie a entrepris la restauration du potager de la Bourdaisière dès les années 1990 avec l'aide de jardiniers, dont Marc Brizion et de quelques passionnés afin de faire connaître, revivre et déguster des tomates aux goûts oubliés. Cette initiative qui à l'origine pouvait passer pour affaire d’amateurs d'un fruit très commun montre désormais sa dimension et son action en faveur de la biodiversité : quelles tomates s'adapteront le mieux demain aux nouvelles donnes climatiques, aux nouveaux goûts des clients qui rejettent de plus en plus les produits calibrés, la nourriture industrielle ? Le livre très complet détaille une grande variété de tomates : Thaï Pink, Persimmon, Coeur de pigeon jaune... ainsi que des recettes simples et savoureuses, mises au point par Patrick Ruh, chef du restaurant du Palais-Royal. A noter, chaque année a lieu le festival de la tomate au château de la Bourdaisière.

 

Tomates d'hier et d'aujourd'hui
Louis Albert de Broglie, Dominique Gueroult
Editions Hoëbke 144p.

Brigit Bontour