Beaux livres - Noël 2004 (3ème partie)

par Brigit Bontour

Voici le troisième et dernier article de notre série saisonnière sur les beaux livres. Au Père Noël de jouer maintenant.

Brigit Bontour


De Giotto à Rembrandt.

Ce beau livre aux dimensions généreuses permet d’approcher au plus près les détails des toiles de ceux qui ont marqué l’histoire de la peinture entre le XIV ème et le XIX ème siècle Botticelli, Michel Ange, Léonard de Vinci et bien d’autres. Sa particularité tient à son respect des détails : Dans chaque tableau, un détail particulièrement significatif est choisi et agrandi, afin que l’amateur d’art puisse aller au plus près de la création du peintre à la façon d’un zoom. Ainsi une partie du tableau de l’ adoration des mages de Botticelli permet de distinguer les visages de la famille Médicis au complet. De l’œuvre « les chasseurs dans la neige » de Pieter Bruegel, dont les blancs, noirs et gris représente la quintessence du paysage nordique en hiver, est isolée la seule touche de lumière de la toile : des paysans réunis autour d’un feu. Dans le « tricheur » de Georges De la Tour, un gros plan sur les deux personnages féminins du centre nous fait explorer la sensation presque tactile du velours pourpre, des bijoux somptueux. Chaque peintre est situé dans son contexte historique, géographique et artistique. Cet intérêt porté à une partie d’un tableau offre une perspective différente et très enrichissante de la reproduction picturale.

De Giotto à Rembrandt : les grands maîtres de la peinture.
Simone Ferrari
138 reproductions couleur et 147 détails pleine page.
Editions Solar



Encyclopédie des roses

 

2000 portraits de roses sont présentés dans cette encyclopédie dédiée à la plus noble des fleurs. D’un seul pied sauvage « Rosa », décliné en 150 espèces, sont nées des milliers de roses différentes selon les époques, les goûts ou les modes. Ainsi rien de commun entre la rose « Cardinal de Richelieu » empruntant la couleur pourpre des cardinaux à la « Casino », un rosier grimpant à fleurs jaunes, ou encore la « Goethe », rosier de couleur fuchsia, sinon la passion de leur créateur et l’enthousiasme du public.

Toutes ces roses sont photographiées et décrites très précisément afin que chacun, de l’amateur au spécialiste puisse choisir les rosiers adaptés à son jardin, suivant ses désirs, mais aussi en tenant compte du climat ou de la nature de la terre de celui-ci.

De plus à la fin de l’ouvrage, des conseils pratiques sur la culture du rosier sont prodigués. Conseils concernant l’achat, la disposition, les soins, le bouturage des plantes. Un glossaire spécifique au monde des roses ainsi que les adresses des principales roseraies et des sociétés de roses dans le monde sont également très utiles.

Ce livre écrit par Brigid Quest Ritson , un des administrateurs de la Royal National Rose Society, et Charles Quest-Ritson, lui aussi spécialiste des roses est mis à part la beauté de ses photos un ouvrage incontournable pour les amateurs de cette fleur.

Encyclopédies des roses
Brid Quest-Ritson, Charles Quest-Ritson
Editions Gallimard


FESTINS DIVERS ET VARIES.

Intemporels, universels et divers : tels sont les arts de la table vus à travers quatre livres très différents. Dans le premier,  « l’éducation Gourmande de Flaubert », Gonzague Saint Bris et Eric Frechon, chef au Bristol à Paris nous font partager soixante recettes du dix neuvième siècle très prisées par Gustave Flaubert. Des rudes banquets de Salammbô aux soupers intimes avec Louise Colet, sans oublier les dîners avec Tourgueniev, « l’aimable barbare ». l’écrivain aimait la table et en parlait dans ses romans : Ainsi décrit-il le malaise de madame Bovary «  c’était surtout aux heures des repas qu’elle n’en pouvait plus. Toute l’amertume de l’existence lui semblait servie sur son assiette ». L’auteur lui se sustentait de Vol Au vent financière, de côtelettes de sanglier à la saint Hubert ou d’ortolans à la provençale. Soixante recettes oubliées sont proposées dans ce livre qui font un peu regretter les menus basse calorie et la recherche effrénée de la santé dans l’assiette.

Dans un tout autre genre, la pâtisserie de Gérard Mulot est plus contemporaine mais aussi savoureuse. Installé depuis vingt ans à saint germain des prés, Gérard Mulot est une figure de la cuisine parisienne et bien rares sont ceux qui hésitent à passer la porte de sa boutique. En effet, ses macarons, crèmes brûlées, fraisiers ou sablés au chocolat ont eu raison de bien des résolutions de début d’année. Il était difficile de résister à ses desserts et gâteaux, il sera tout aussi impossible de ne pas tester ses recettes livrées ici pour la première fois avec ses astuces et ses trucs de professionnel.

Toutefois, avant de cuisiner comme Gérard Mulot ou Eric fréchon, faut-il faire ses premières gammes. Tels sont les sujets de deux livres pour enfants  écrits par Nathalie Valmary. Deux ouvrages simples et ludiques qui démontrent le cote sain, complice de la préparation des repas en famille. D’abord les courses où l’on apprend à choisir de bons produits, puis la réalisation elle-même qui outre un savoir-faire qui s’acquiert peu à peu demande d’abord du bon sens et une hygiène parfaite. Se laver les mains est par exemple le premier geste de tout cuisinier qui se respecte. Le plaisir vient après avec la confection et la dégustation de plats étonnants comme la pizza au chocolat, les berlingots aux gambas, les crêpes en couleur. Ou raffinés comme les asperges rôties, ou les roulés bacon fromage. Chaque livre présente une cinquantaine de recettes à la portée des enfants.

L’éducation gourmande deFlaubert
Gonzague Saint bris, recettes Eric Frechon
Editions Minerva 38 euros.

Gérard Mulot (patissier à Saint-Germain-des-prés)
Alba Pezone
Editions Minerva 38 euros.

Génial ! je cuisine avec maman
Nathalie Valmary
Editions Minerva 26 euros

Génial ! on popote avec papa
Natahlie Valmary
Editions Minerva 26 euros.


Istambul au temps des derniers Ottomans

 

A la fois famille et empire, les sultans ottomans régnèrent sans discontinuer sur la Turquie durant six siècles. La succession se faisant en ligne directe, les princes attendaient enfermés dans le palais de Topkapi le jour où ils deviendraient sultan. Ils n’avaient pas le droit d’avoir de descendance officielle avant ce jour.

Ce système perdura jusqu’en 1924, date de l’abolition du sultanat. Mais déjà aux dix neuvième siècle, le mode de vie occidental se fait sentir autant dans la décoration des palais que dans la vie quotidienne ou les vêtements. Si le harem existe toujours, on y lit du Goethe et on joue du Beethoven au piano.

De plus en plus les riches familles préfèrent le charme des yalis, ces maisons de bois construites sur le Bosphore aux motifs décoratifs rappelant ceux des stations balnéaires européennes.

Traditions Ottomanes et culture occidentale se mélangent avec harmonie. Ainsi le palais de Dolmabahçe est-il le sommet de l’architecture ottomane avec sa façade de pierre blanche donnant sur le Bosphore, sa salle du trône de 2000 mètres carrés, sa coupole culminant à trente six mètres du sol et son harem de marbre blanc.

Toutefois note Théophile Gautier lors d’un de ses voyages à Istambul, «  les appartements du sultan sont dans un style Louis XIV orientalisant, où l’on sent l’intention d’imiter les splendeurs de Versailles ».

Tout dans ces palais des derniers ottomans pris entre deux mondes est contradictoire et superbe à la fois. Ainsi ces socques d’argent ciselé pour se rendre au harem, ces tissus à la finesse inouïe, ces meubles hésitant entre orient et occident. Jusqu’au palais impérial revisité par Séchan qui a réalisé les décors de l’opéra de Paris.

Istambul au temps des derniers Ottomans
Stéphane Yérasimos
Editions du Chêne


Matisse et la couleur des tissus.

« Je ne peins pas les choses, je ne peins que les différences entre les choses » disait Matisse. Une façon très métaphysique de parler de son art et notamment de son utilisation de motifs décoratifs dans son œuvre. Motifs textiles considérés par le peintre comme une symphonie de couleurs et d’harmonie.

En effet, l’artiste né dans une famille de tisserands du Cateau-cambrésis a vécu son enfance et sa jeunesse au milieu des somptueux tissus utilisés par la haute couture. Dès ses années d’étudiant, il commencera une collection d’étoffes, d’abord modeste puis de plus en plus riche au fil des années. Dans les années vingt, il peint ses odalisques dans des décors orientalisants . Au fur et à mesure son appartement devient un véritable musée du textile avec des tissus de toute provenance : tapis, paréos, tissus africains, océaniens, robe de haute couture dont il revêt ses modèles, jusqu’à se constituer une « bibliothèque de tissus ». Pour Matisse, la couleur existait en elle-même, possédait une beauté propre, ce qu’il démontra avec brio dans la simplicité extrêmement travaillée de ses « gouaches découpées ».

Ce fastueux livre consacré aux rapports qu’entretenait Matisse avec les tissus est le catalogue d’une exposition qui se tient au musée Matisse du Cateau Cambrésis jusqu’en janvier 2005.

Matisse et la couleur des tissus
Editions Gallimard 214p.


Palais romantiques des dernières cours d’Europe

Au dix neuvième siècle, pris entre deux mondes contradictoires : celui de leurs palais officiels où régnait un protocole implacable et la modernité en marche avec la révolution industrielle, l’éducation pour tous, le colonialisme ; les princes d’Europe aspiraient parfois à une vie simple à la campagne. Ainsi certains d’entre eux un peu perdu entre passé prestigieux et avenir incertain se firent construire des demeures privées inspirées des villas Palladiennes, des cottages anglais ou du gothique le plus fou. Le château de Neuschwannstein conçu par un décorateur de théâtre et largement influencé par l’univers Wagnérien en est l’exemple parfait. Mais sans aller jusqu’aux délirants palais de Louis II de Bavière, François Joseph fuyant Schönbrunn aimait à séjourner à la kaiser villa entre lacs et montagnes. Le tsar Nicolas II quant à lui aspirait au calme du cottage d’Alexandra, bien loin de l’agitation et de la magnificence du Palais d’hiver de Saint Petersbourg.

De très nombreux châteaux et demeures des grands du dix neuvième sont ainsi montrés sous un jour original et étonnant. Critiqués à l’époque pour leur excès, leur représentation fantaisiste du passé, ils sont aujourd’hui des lieux plus attachants et plus visités que les palais nationaux.

Palais romantiques des dernières cours d’Europe.

Jérôme Coignard, Marc Walter.

Gallimard, 290p, 59 euros.


WHO’S WHO, BOTTIN MONDAIN ET PETIT LAROUSSE.

Deux annuaires et un dictionnaire pour finir l’année : le Who’swho, le Bottin mondain et le Petit Larousse qui fête sa centième édition.

Une grande première pour le who’s who in France : des photos illustrent pour la première fois cette année les noms des élus. Ainsi le visage d’Apollonia Poilane voisine avec celui de Nathalie Dessay. Toutes deux sont de nouvelles entrantes parmi bien d’autres qui n’ont en commun que la notoriété : Eric Neuhoff, écrivain, Patrick Pelloux médecin urgentiste, Harlem Désir, député européen ou Albert Elbaz, créateur de mode.

Cette année le Who’s who s’enrichit de 927 biographies dont 18 % de femmes contre 13 % de l’ensemble des biographies.

La majorité des membres sont des chefs d’entreprises (27 %) contre 8% pour les écrivains et journalistes ou encore 1% pour les restaurateurs œnologues ou les religieux.

Pour chaque notice classée par ordre alphabétique, le Whos’who retrace le parcours  de la personne concernée : date de naissance exacte, écoles fréquentées, œuvres publiées, postes occupés, parcours professionnels, loisirs. Par charité nous ne citerons pas le nom d’une actrice qui s’étant rajeunie de quelques années n’a pu entrer dans le prestigieux annuaire !

Pour 2005 le Whos’who in France lance un site internet : www.whoswho.fr sur lequel les internautes peuvent consulter la biographie de leur choix pour 5 euros.

De plus en plus, le Who’s who est un outil de travail pour les journalistes, entreprises, ou particuliers. L’exactitude de ses notices biographiques permet de situer telle ou telle personne en vue d’un entretien, d’un discours, d’une correspondance. Son côté élitiste s’efface au profit de son aspect pratique, même si les personnes qui y figurent ont toutes un parcours exceptionnel dans leur domaine.

Autre bible des puissants, le Bottin mondain inaugure cette année une nouvelle ère, consistant à donner la parole à un artiste contemporain. Cette année, ce sont Christian Louboutin, créateur de chaussures et Konstantin Kakanias dessinateur qui ont dessiné la jaquette de couverture d’un annuaire qui compte 1190 nouvelles mentions d’une moyenne d’age inférieure à trente ans. Cet annuaire recense toutes les familles nobles de France, mais donne aussi une foule d’adresses utiles pour qui veut organiser un événement mondain : où serait-il possible de trouver ailleurs que dans le bottin mondain les coordonnées d’un aboyeur ?

En outre il fournit également les adresses des institutions et cultes, des conseils en matière de protocole et de bienséance, ou encore de gestion de patrimoine.

Enfin, plus populaire mais néanmoins incontournable depuis sa création, le 29 juillet 1905, le Petit Larousse s’est offert la collaboration de Christian Lacroix pour son centenaire. Celui-ci a redessiné la jaquette et les lettrines dans son style baroque et flamboyant. La lettre C par exemple, couleur fuchsia est entourée d’un cheval noir à pois blanc, d’un crapaud vert, et est surmontée d’une couronne en diamant. Toutefois la forme ne doit pas faire oublier le fond : un cahier, fac similé de 32 pages du premier Petit Larousse  de 1905 ainsi qu’une sélection de nouveaux mots illustrée par quatre dessinateurs de bandes dessinées (Loisel, Petillon, Trondheim, Zep) y figurent. Ainsi les mots bétonneur, bambouseraie ou kiffer en image sont des plus réjouissants.
59 000 noms communs et 28 000 noms propres constituent ce dictionnaire illustré de 5000 images, citations, maximes, mots historiques, règles de grammaire…

 

 

 

Le Who’s who in France
Editions Jacques lafitte
01 41 27 28 30
www.whoswho.fr

Le Bottin mondain
01 44 51 13 13
www.bottin-mondain.fr

Le petit larousse illustré
Editions Larousse
www.larousse.com

Brigit Bontour