Beaux livres - Noël 2004 (2ème partie)

par Brigit Bontour

Voici le deuxième article de notre série saisonnière sur les beaux livres qui nous mènera jusqu'à Noël.

Brigit Bontour


100 CHEVAUX DE LEGENDE.

Qui ne se souvient de Jappeloup, petit cheval, têtu et indiscipliné qui gagna à Séoul en 1988 ? Ce merveilleux animal qui n’en faisait qu’à sa tête et devint avec Pierre Durand son cavalier, une légende dépassant de loin le milieu purement hippique.
Plus belle conquête de l’homme, le cheval ou plutôt, les chevaux sont multiples : les champions comme Ourasi ou Une de Mai. Ceux qui marquèrent l’histoire : Bucéphale ou Marengo. Les sportifs : pur-sang arabes ou anglais, s’opposant par leur morphologie aux travailleurs comme l’ardennais, solide cheval aux qualités incomparables. Le cheval fut depuis toujours un mythe : ainsi celui du cheval blanc de la licorne, ou du cheval de Troie. Il fut aussi très souvent représenté dans l’art : Léonard de Vinci, Magritte s’y intéressèrent.
Aujourd’hui le cheval ne nous accompagne plus dans la vie quotidienne mais il reste un merveilleux compagnon pour ceux qui pratiquent l’équitation. Une source de rêves infinis qui nous relie aux premiers âges de l’humanité, à son histoire et à ses mythes. Histoire magnifiquement révélée dans ce livre court mais précis et évocateur de la grandeur du cheval tant par ses photos que par ses textes.

100 chevaux de légende
Myriam Baran
Editions Solar



ICONOGRAPHIE DE LA RENAISSANCE ITALIENNE

Dans ce dictionnaire, les figures, allégories et symboles de l’art de la Renaissance sont classés par ordre alphabétique reprenant les thèmes les plus souvent abordés par les artistes de cette période. Ces œuvres souvent destinées à des commanditaires d’énigmes et de sujets cachés sont en effet pour le néophyte particulièrement difficiles à décrypter.
Ainsi Jupiter est souvent représenté en possession d’un foudre, d’un sceptre et flanqué d’un aigle pour des raisons bien précises.
Il en va de même pour les saisons fréquemment présentes dans les décors de l’époque selon des codes préétablis. Elles sont personnifiées par des divinités dotées d’attributs précis : le blé pour l’été, le raisin pour l’automne, le feu pour l’hiver, les fleurs pour le printemps.
Quatre grandes catégories de sujets sont abordées dans ce dictionnaire essentiel, pour comprendre l’art de la Renaissance : les personnages, les principales allégories, les thèmes mythiques et enfin les symboles les plus récurrents de cette période.

Iconographie de la Renaissance
Elisa de Halleux
Editions Flammarion 320 pages.


L’HISTOIRE DE L’EGLISE : IMAGES ET DEFIS.


Ce livre se situe aux confins de l’art religieux et de histoire de l’église. Images et écrits se complétant et renvoyant leur propre reflet comme dans le miroir de l’humanité.
Divisé en onze chapitres, le livre commence par décrire l’église primitive, petite secte juive qui parvint, étape par étape à celle que nous connaissons aujourd’hui : l’une des plus importantes du monde. Relevant en permanence de nombreux défis, qui à chaque fois bouleversèrent ou manquèrent de la déstabiliser. Ainsi en fut-il de l’invasion des barbares ou de la révolution française, mais aussi de l’anticléricalisme de la toute fin du 19 ème siècle et du début du vingtième. Actuellement l’église doit faire face à la déchristianisation, l’inculturation. Son défi peut-être le plus difficile à remporter face à la montée des communautarismes de tous ordres.
Des centaines de photos illustrent cet ouvrage, mais s’il fallait n’en garder qu’une, peut-être serait-ce celle, extraordinaire représentant une carte du monde datant du 13 ème siècle. La terre y est plate et représente le paradis avec la répartition de ses fleuves, Adam et Eve après la chute y figurent, ainsi que Jérusalem, Rome et Constantinople dans une flamboyance d’ocre et de bleu.

L’histoire de l’église : images et défis.
Guy Bedouelle.
Editions du Rouergue.


MAISONS D’ARTISTES.

Claude Monte, Giorgio de Chirico, Gustave Moreau, André Derain, Réné Magritte : autant d’artistes dont les maisons ont survécu en l’état au temps qui passe et dont la visite nous interroge sur celui qui habita ces lieux.
Ainsi en est-il de Magritte qui dut adapter les goûts petits bourgeois de sa femme à sa vison plus cubiste et surréaliste de l’art au quotidien. De ce conflit naîtra un décor étonnant où dans la chambre cohabiteront un lit de style Pompadour voulu par madame Magritte et une penderie cubiste en laque rouge dessiné par René. Le tout répondant de façon étrange à l’œuvre de l’artiste. De la cheminée banale de son salon, il fera jaillir dans une composition : « la Durée poignardée », une locomotive noire et fumante aux antipodes de son décor quotidien.
En tout les demeures d’une quinzaine d’artistes reconnus ou non de leur vivant sont rassemblées dans ce livre. De Gustave Moreau qui fit un musée de sa maison à Alfred Kubin qui transforma la sienne en bibliothèque en passant par Frantisek Bilek qui dessina lui-même sa demeure monumentale à l’image de sa sculpture. L’une et l’autre étant « à la fois liée avec force et passion au monde terrestre et en harmonie avec le divin qui est de nature mystique. La conjonction des deux termes de sa pensée devant se traduire dans le plus petit élément de sa décoration et dans chaque pièce du mobilier qu’il a aussi conçus »……

Maisons d’artistes
Gérard-Georges Lemaire
Editions du Chêne


BESTIAIRE DU MOYEN-AGE

Le moyen age fut sans doute l’époque à laquelle les animaux eurent la place la plus importante dans la vie des hommes et donc dans la représentation. Qu’elle soit artistique, toponymique, héraldique ou dans les chansons, proverbes ou autre expression. Présents même dans les églises sous forme de « lions féroces », « singes immondes », « monstres hybrides », selon une diatribe de Saint Bernard au XII ème siècle. De graves questions se posent quant à l’existence ou non de l’âme des animaux.
Cette place de l’animal dans la société fut à l’originaire de bestiaires merveilleusement illuminés jusqu’au XIII ème siècle, où la redécouverte des œuvres d’Aristoste ou d’Averroès permirent une autre vision plus scientifique de l’animal.
Naturellement les animaux furent présents dans nombre d’œuvres littéraires dont la plus célèbre reste le Roman de Renart.
Ce superbe petit livre démontre l’importance de l’animal au moyen age, dans la bible, les bestiaires, sans oublier les livres de chasse ou l’animal en poésie.

Bestiaire du moyen age
Editions Somogy 102 p.


REUSSIR TOUTE LA CUISINE SUCREE ET SALEE.

En mille recettes et mille photos, ce livre s’adresse à tous : de ceux qui font leurs premiers essais ( pas toujours heureux), aux cuisiniers confirmés qui ont envie de tester, de connaître des recettes nouvelles. En effet, de l’œuf préparé tout simplement au flan aux asperges et aux herbes ou aux œufs au plat chinois sur légumes sautés, il y a tout un monde de saveurs à exploiter. Entre les pâtes à cuisiner de mille façons, connues ou pas et les délicats sushis si longs à réussir, s’opposent deux conceptions de la cuisine.
Le tout grâce à des dizaines de recettes proposées, détaillées avec des explications si claires qu’elles semblent inratables. De plus ce tour du monde de la cuisine permet un dépaysement assuré et savoureux.


Réussir toute la cuisine sucrée et salée : 1000 recettes, mille photos.
Kathrin Ullerich
Editions Solar


VACHES

Dans de nombreux souvenirs d’enfance, il y a des vaches : ces gros animaux placides, aux doux yeux bordés de cils immenses. Comme le symbole de la douceur, à l’image de Solange la vache toute ronde de la couverture. Les vaches seraient-elles l’équivalent proche de l’ours, animal fétiche des enfants mais qu’il est fortement déconseillé d’approcher ?
C’est l’idée implicite de ce livre aussi simple et beau que son sujet : des vaches par dizaine en gros plan ou éloignées, perdues dans un paysage de brume ou de crépuscule doré. Les légendes sont minimalistes : « Josette » pour une vache couchée au regard intense qui semble bien se demander ce que lui veut le photographe. « Déjeuner en paix » expose la photo d’un animal tranquille paissant, minuscule sous un arbre immense. Ou encore l’inévitable « Marguerite », parce que toutes les vaches s’appellent sûrement un peu « Marguerite ».
Les photos sont superbes, l’absence de texte rend encore plus forte leur magie, la passion qui habite le photographe pour son sujet.
Jusqu’à la phrase ultime qui illustre admirablement le coin de rêve que l’on vient d’entrevoir à travers les pages de l’ouvrage : « A trop vouloir décrocher la lune, les hommes risqueraient un jour de perdre la terre».

Vaches.
Thierry des Ouches
Editions du Rouergue


DE L’ITALIE A CHAMBORD :
FRANCOIS PREMIER ET LA CHEVAUCHEE DES PRINCES.


Entre le treizième et le seizième siècle, la Renaissance vit en grande partie le jour grâce aux chevauchées guerrières menées par les monarques français dont le plus connu est François Premier. Lors de ces guerres, les Français qui vivaient encore dans des châteaux forts au confort rudimentaire découvrirent un raffinement, un art de vivre qui leur était inconnu : la délicatesse des palais, des jardins, la façon dont étaient vêtus les nobles, les peintures, les sculptures, les livres.
Et surtout bien sur, les artistes Italiens : Léonard de Vinci en tout premier lieu, que François Premier réussit à « apprivoiser » alors que tant d’autres avaient échoué. En l’artiste, le roi vit plus le philosophe que le sculpteur, le peintre ou l’inventeur, et ne parvint à l’établir en France que tard dans sa vie en 1517. Ainsi virent le jour le codex Leicester ou la Cène de Troyes réalisée par un peintre qui fit plus que s’inspirer de l’original en réinterprétant l’œuvre.
De même, les manuscrits Italiens qui entrèrent dans les collections françaises influencèrent l’art de l’enluminure. Ainsi le « Lancelot du lac » ou « l’éloge funèbre » de Jean Galéas Visconti sont de véritables chefs d’œuvres.
Enfin directement inspiré des palais Italiens, le château de Chambord est sans doute la réalisation la plus marquante de l’influence des guerres d’Italie, puisqu’il répond parfaitement aux exigences proposées par les artistes italiens après divers essais plus ou moins réussis dans d’autres châteaux.

De l’Italie à Chambord : François 1er et la chevauchée des princes français
Sous la direction de Catherine d’Arminjon
Editions Somogy.


MAISONS DE LA BALTIQUE


Dans cette région où les froides et pures lumières d’hiver dominent une grande partie de l’année, les maisons se font chaleureuses. Souvent en bois, elles sont toujours tournées vers la mer avec leurs tapisseries ou peintures naïves de Délécardie, leurs tableaux de marins comme dans cette maison de vacances de l’archipel de Stockholm. D’autres renouent avec le style gustavien, l’équivalent du style Louis XVI très épuré dans les tons de gris et de blanc en parfaite harmonie avec la nature alentour.
Ailleurs l’influence de l’architecture lapone se fait sentir avec l’importation d’un sauna originaire des forets chamanistes de Finlande.
Et partout le maître mot de ces maisons très différentes est leur totale osmose avec la nature. Tant par les matériaux utilisés : granit, bois, que par leur implantation, souvent une île où l’on accède en hiver en circulant sur la mer gelée.
Dans ce livre écrit par Laura Gutman-Hanhivaara, le dépaysement est total, le rêve absolu.

Maisons de la Baltique
Laura Gutman-Hanhivaara
Editions du Chene


CHASSE A COURRE, CHASSE DE COUR.

La chasse à coure fut longtemps l’apanage des seuls rois et nobles. Ainsi en mars 1607 Henri IV passa dix jours à Chantilly, chassant neuf jours sur dix, ne se reposant que le dimanche et prenant treize cerfs.
D’ailleurs les principaux châteaux et palais furent d’abord des pavillons de chasse directement construits sur des terres giboyeuses. C’est le cas de Fontainebleau, Chantilly, Versailles et de bien d’autres.
La chasse à courre était une passion mais presque un devoir : ainsi les rois ou princes y exerçaient leur endurance et leur bravoure en vue d’une guerre souvent proche.
La vénerie aujourd’hui contestée inspira également de nombreux peintres et sculpteurs. Le duc d’Aumale, fils de roi Louis Philippe fit reconstruire le château de Chantilly en suivant sa passion pour la chasse à courre avec massacres, tapisseries représentant des étapes de laisser-courre, des portraits de chiens ou encore des statues de cerfs.
Ce livre exhaustif explore parfaitement le monde assez peu connu de cette chasse, en deux parties : D’abord, son histoire, son rôle, l’art qu’elle inspira et présente ensuite un superbe catalogue des œuvres qui lui furent dédiées.


Chasse à courre, chasse de cour
Fastes de la vénerie princière à Chantilly au temps des Condés et des Orléans. 1659-1910
La Renaissance du livre.


LA LEGENDE DU ROI ARTHUR.

Le roi Arthur est la principale figure du mythe fondateur de la culture anglo-saxonne, mais de lui on ne sait pas grand-chose. Sans doute fut-il un « dux bellorum », un chef de guerre vers la fin du Vème siècle, mais rien n’est prouvé et il faut attendre 1138 et « l’Historia regum Britanniae » de Geofffroy de Monmouth pour qu’apparaisse vraiment le roi Arthur déjà furtivement évoqué auparavant.
Dans ce livre, l’historienne Anne Berthelot titulaire de la chaire de littérature française médiévale à l’université du Connecticut relève le défi de raconter sa vie. Depuis la naissance obscure d’Arthur, un roi sans père enfanté par une princesse séduite par un « daimon » sous l’égide de Merlin, jusqu’à sa mort.
Les figures familières de Galaad, Lancelot, Morgane, Guenièvre et de tant d’autres sont présentes dans ce bel ouvrage. les lieux mythiques de la légende Arthurienne : Stonehenge avec ses pierres « qui dansent », Avalon sont scrupuleusement étudiés sans oublier Excalibur, l’épée d’Arthur, un mythe à part entière, le Graal et les chevaliers de la Table ronde.
Ce livre illustré de fabuleuses miniatures médiévales peut presque se lire comme un roman avec ses personnages flamboyants et ses inévitables traîtres, ses histoires d’amour et le merveilleux qui en émane.

La légende du roi Arthur
Anne Bethelot
Editions du Chene


MAISONS D’ECRIVAINS AMERICAINS

Bien sûr, franchir la porte de la maison d’Ernest Hemingway ne donnera à personne ne serait-ce qu’une parcelle de son talent. En revanche l’émotion, elle est bien là. Devant la luxuriance végétale qui entoure la demeure, la piscine où il se baignait nu, en scandalisant le voisinage.
Et puis il y a l’ambiance : Les livres, les meubles préservés, sa machine à écrire, la vue sur le phare de Key West. Ce lieu si important pour lui, au point de lui inspirer « le Vieil homme et la mer ». Chef d’œuvre qui compta beaucoup dans l’obtention de son prix Nobel en 1954.
Des maisons de très nombreux autres écrivains figurent dans cet ouvrage : celles d’Eugène O’Neill, Edith Wharton, William Faulkner….
Un seul regret impossible pourtant : rien sur Fitzgerald qui n’eut jamais de vraie maison, mais des bars de palaces pour seul point d’ancrage.

Maisons d’écrivains américains
J.D MC Clatchy
Editions du Chêne.


GRANDES COLLECTIONS DE LA RUSSIE IMPERIALE

C’est à l’époque de Pierre le grand que se constituèrent les toutes premières collections privées, . Le comte Cheremetiev, un de ses maréchaux fut l’un des touts premiers à révéler un esprit de collectionneur, puisque dès 1690, il rapporta de Rome et de Vienne, tableaux et objets. Mais c’est sans conteste à partir du règne de Catherine II que s’étoffèrent les plus importantes et les plus belles collections particulières. Des hommes à priori très différents, s’intéressèrent à l’art : aristocrates, diplomates, intellectuels qui achetèrent eux-mêmes tableaux et sculptures ou conseillèrent la souveraine.
Au fil des siècles, la Russie put s’enorgueillir de posséder les toiles, sculptures ou objets les plus rares grâce aux familles Vorontsov, Galitzine, Youssoupov et tant d’autres…….
Ces collections sont pour la première fois réunies dans un ouvrage, car elles furent nationalisées ou dispersées lors de la révolution d’octobre. C’est donc une étude inédite sur la richesse artistique de la Russie impériale que propose Oleg Neverov, conservateur au musée de l’Ermitage à Saint Petersbourg.


Grandes collections de la Russie impériale
Oleg Neverov, Emmanuel Ducamp.
Flammarion 256 p.


VILLAS, PARCS ET JARDINS EN ITALIE.

Dans ce livre 200 villas exceptionnelles nous ouvrent leurs parcs, jardins et panoramas exceptionnels : vues sur le lac de Come ou de Garde, ou sur le Monte Amiato près de Sienne.
A la Villa Contarini, près de Padoue, attribuée sans preuves à Palladio, les fêtes organisées sur le plan d’eau étaient si fastueuses qu’une imprimerie avait été installée au cœur même de la villa afin d’en publier les comptes rendus !
Chaque jardin est organisé comme un salon, une cour de palais. La nature y est domestiquée avec maestria, mais la vue sur l’horizon ajoute et souligne le contraste entre le jardin cocon et la nature sauvage et infinie qui se dessine au delà des murs végétaux. Invitation au rêve et à la beauté, cet ouvrage arrive à point pour faire oublier les frimas de fin d’année.

Villas, parcs et jardins en Italie
Philippe Berthier, Patrizia Bellei
La Renaissance du livre

Brigit Bontour