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LE
TEMPS CHANEL
De
Gabrielle Chanel, on croyait tout savoir, ou presque : la naissance
dans une famille pauvre, la mort de sa mère, l'orphelinat,
puis ses débuts de demi-mondaine dans les cabarets de
Vichy ou dans le monde du cheval. On connaissait ses amours
illustres ou non : Etienne Balsan, Boy Capel, le duc de Westminster,
le Grand Duc Dimitri Pavlovitch, ou celles plus noires durant
l'occupation pour un officier allemand. Mais si beaucoup d'hommes
l'aimèrent, aucun ne l'épousa. Elle resta à
jamais " l'irrégulière ", son drame.
Ses amis, ses relations, Misia Sert, Diaghilev, Cocteau, Picasso,
Radiguet ne nous étaient pas étrangers non plus.
Et puis surtout sa fulgurante ascension de petite modiste installée
à Deauville durant la première guerre ou s'étaient
réfugiées les élégantes, au triomphe
de la rue Cambon peu d'années plus tard éblouirent
le monde entier. La révolution qu'elle provoqua dans
la mode : coupant les cheveux, jetant le corset aux orties,
raccourcissant les jupes, inventant le mythique numéro
5, s'appropriant les tissus pour homme, les coupes droites,
les vêtements de sport ajoutèrent encore à
l'admiration. Il y eut aussi sa retraite en Suisse après
la guerre où elle ne fut que peu inquiétée
grâce à des amis puissants, sans doute le duc de
Westminster. Et son retour en 1953 à plus de soixante
dix ans pour contrer la révolution new look du jeune
Christian Dior. Jusqu'à sa mort un dimanche, de 1971.
Morte un jour de repos pour celle qui avait travaillé
toute sa vie car disait-elle " La couture n'est pas du
théâtre et la mode n'est pas un art, c'est un métier
".
Tous ces éléments biographiques n'ont rien de
nouveau. Ne manquait que la dimension humaine de Gabrielle Chanel
dévoilée par Edmonde Charles Roux qui a réédité
en l'augmentant considérablement " Le temps Chanel
", publié il y a 25 ans ". Le texte est magnifique,
les photos superbes : de la très jeune Gabrielle au physique
quelconque, aux lourds cheveux, au sourire triste, à
l'élégante et magnifique quadragénaire
aux traits affinés, à la silhouette droite, au
visage fier.
Grâce à son talent, l'auteur fait revivre la femme
et non la légende. Celle qui sa vie durant eut honte
de ses origines. Celle qui aspirait à se marier et le
ne le put jamais : ses amants de la bonne société
ou le Prince de Galles ne pouvaient épouser une paysanne
auvergnate dans les années trente. Ses fêlures
: Son amour de jeunesse mort dans un accident de voiture, son
aventure avec un officier allemand.
Et puis, il y a cet acharnement : quand jeune femme entretenue,
elle veut créer des chapeaux, non pour s'amuser mais
gagner sa vie. La rage de la femme richissime, déjà
âgée, qui après une retraite quasi honteuse
après la guerre revient en combattante en 1953 pour contrer
la révolution new look du jeune Christian Dior. Retour
raté certes avec l'accueil terrible que lui réserva
la presse lors de sa première collection. Opinion qui
visait d'ailleurs autant la personne que ses créations.
Mais, il ne lui fallut qu'un an pour redevenir coûte que
coûte la première et révolutionner une seconde
fois la couture. Trouvant définitivement place dans la
postérité, alors que bien d'autres auraient tout
arrêté à son âge.
C'est cette hargne, cette revanche sur le destin d'orpheline
et finalement la vie malheureuse et tourmentée de Gabrielle
Chanel qui fait la force et la grâce de ce livre.
Une leçon de vie pour ceux qui croient qu'on ne peut
se relever du pire destin. La résilience n'est pas loin,
le mythe trente ans après sa mort plus vivant que jamais.
Le
Temps Chanel
Edmonde Charles-Roux
Editions de la Martinière-Grasset 383 p.
ANGES
ET DEMONS
Personne
n'a jamais vu un ange ni un démon, mais la plupart d'entre
nous sommes persuadés que les premiers sont bienveillants,
alors que les seconds sont le mal incarné, tout droit
sortis des enfers. Et tous ont inspiré artistes ou écrivains
depuis la nuit des temps dans l'art occidental, mais parfois
aussi en Orient.
Ce dictionnaire analyse à travers une iconographie soigneusement
choisie, l'idée que les hommes se font de l'enfer ou
du paradis. Pour illustrer l'inquisition, des tableaux de Velasquez
ou Goya ont été judicieusement sélectionnés.
Attachés aux Vanités, Pieter Boel, Antonio de
Pereda ou Picasso expriment leur vision de la mort dissimulée
derrière les fastes de la vie terrestre.
Des uvres de Philippe de Champaigne, Le Caravage ou Raphaël
représentent le thème des anges, de la nativité,
de l'ange gardien ou du sexe des anges.
Chaque sujet du livre est illustré d'un ou plusieurs
tableaux et d'un texte explicatif.
En tout, 350 uvres d'art permettent de mieux comprendre
ce que signifient l'Empyrée, la psychomachie, ou l'homo
bulla, mais aussi des thèmes plus familiers tels que
les anges musiciens, les sorcières, ou encore le paradis
céleste.
Anges
et démons
collection guide des arts
Rosa Giorgi
Editions Hazan
384 pages
Les
EGYPTIENS
L'Egypte
: une des plus belles et des plus fascinantes civilisations
qui existèrent un jour. On a tout dit de l'Egypte et
pourtant, chaque jour apporte son lot de révélations,
de suppositions.
Le plus beau reste peut-être à découvrir,
mais ce que l'on en connaît est déjà si
considérable. Et c'est cette beauté que nous fait
découvrir ou redécouvrir ce livre avec ses photos
extraordinaires de " bracelet au scarabée ",
de " bague aux chevaux de Ramsès II, ou d'un papyrus
littéraire " le chant du sycomore ".
C'est un livre que l'on ne pourrait suivre que par le fil de
ses images, si le texte n'était également à
la hauteur des photos. En effet, Françoise Dunant et
Robert Lichtenberg sont parvenus à rendre vivante à
travers sa religion, son architecture, son art, une civilisation
qui dura trois mille ans.
Les
Egyptiens
Collection les grandes civilisations
Françoise Dunand et Roger Lichtenberg.
Le chêne, 248 pages.
IRAN
: 2500 ans d'art perse.
L'Iran
d'aujourd'hui ne constitue plus aujourd'hui qu'une petite partie
de ce fut la Perse allant, de l'Asie centrale à la Chine.
Ce monde immense et très riche se décompose en
trois périodes : Préislamique, Achéménide,
Parthe et Sassanide. Il puise ses influences artistiques aussi
bien en Chine à Rome en Grèce et en Perse ; forgeant
un art original et nouveau.
Par exemple des bas reliefs du Gândhaâ datés
du II ème siècle représentent des processions
de personnages en habits iraniens, dont le traitement des cheveux
et des barbes s'apparente à l'art romain. Plus tard lors
de l'époque islamique, les arts et l'architecture s'inspireront
encore des régions avoisinantes avec la Grande mosquée
congrégationnelle d'Ispahan et ses panneaux de stuc qui
ont subi l'influence Sassanide d'un côté et le
style méditerranéen de l'autre.
Extrêmement érudit, ce livre aborde toutes les
disciplines artistiques, de la céramique à l'architecture,
l'orfèvrerie et les arts textiles d'un somptueux monde
disparu.
Iran
2500 ans d'art perse
Giovanni Curatola et Gianroberto Scarcia
Editions Hazan
PERSONNAGES
ET SCENES DE LA LITTERATURE.
Certaines
uvres, certains personnages de la littérature ont
été fréquemment représentés
dans l'art. Les plus présents sont le Faust de Goethe
ou Les chevaliers de la Table ronde, mais des milliers d'autres
ont fasciné peintres et sculpteurs qui leur ont consacré
une ou plusieurs uvres.
Ce dictionnaire en trois parties propose d'abord l'illustration
de différents chef d'uvres littéraires :
le Décaméron, Roméo et Juliette, le Roi
des Aulnes
La seconde s'attache à la représentation
des écrivains eux-mêmes : Pétrarque, Boccace,
Shakespeare
. tandis que la troisième explore les
thèmes communs à la littérature et à
l'écriture, tels que le triomphe de la mort, le Parnasse
ou la Belle et la bête.
Particulièrement riche, cet ouvrage permet de découvrir
en image ce que les plus grands artistes ont compris des plus
grands auteurs au point de donner vie à des personnages
par nature imaginaires ou aux auteurs eux mêmes. Ainsi
les visions croisées de Goethe par Tischbein et Warhol
sont extrêmement intéressantes : dans le premier
portrait de Tisbein, Goethe apparaît de dos, dans un dessin
qui n'est pas sans rappeler la finesse de trait de David Hockney
tandis que le second, est un exemple typique du portrait dit
du " Grand tour ". Chez Warhol, au contraire, les
couleurs acryliques font de Goethe un personnage du vingtième
siècle proche d'un point de vue purement graphique de
Liz Taylor ou de Marylin Monroe
..
Personnages et scènes de la littérature
Fransesca Pellegrino
Federico Poletti
Hazan 384 p.
RUINES
Qui
n'a pas devant les ruines d'un château, d'une abbaye,
voire même d'une simple maison envahie par le lierre et
la végétation, imaginé la vie des gens
qui vécurent, s'aimèrent ou s'entredéchirèrent
peut-être en ces lieux ? Qui ne s'est jamais arrêté
avec nostalgie et admiration devant " l'horreur merveilleuse
" des ruines, selon l'expression de Poliphile, frère
dominicain qui fut le tout premier à s'intéresser
aux ruines en 1447 ?
D'autres suivront : La Fontaine avec le songe de Vaux, Baudelaire
en poésie. Bien des peintres furent également
fascinés : Mantegna, Botticelli, Carpaccio à la
Renaissance. Au 18 ème siècle, les ruines sont
sublimes, au 19 ème, gothiques. Plus près de nous,
Turner ou Victor Hugo en eurent une toute autre vision. Roy
Lichtenstein peint quant à lui, en 1964 un temple d'Apollon.
Parmi les photographes contemporains, beaucoup succombent à
la violente émotion qui nous étreint devant ce
qui a été et ne sera plus. Qu'il s'agisse de ruines
industrielles ou de l'incendie du dépôt des Belles
lettres.
Ce livre réussit par la qualité de son iconographie
et de ses textes à démontrer que chaque époque
projette sur les ruines sa propre lecture : retour à
l'antique sous la Renaissance, nostalgie du moyen âge
au XIX ème siècle, interrogation sur le monde
nouveau qui s'ouvre à nous en 2004 avec son cortège
de doutes et d'angoisses.
Michel Makarius l'auteur nous offre le tout premier ouvrage
global sur les ruines, qui ne sont jamais que le versant sublimé
d'un monde à reconstruire.
Michel Makarius
Ruines
Editions Flammarion.
DIANA,
le portrait.
Diana
Spencer : héroïne d'un mariage de conte de fées
en 1981 avec L'héritier du trône d'Angleterre.
Diana, femme trompée dès avant son mariage. Ou
encore icône laïque, dont des millions de personnes
pleurèrent la mort un 31 août 1997 avant que l'émotion
ne retombe aussi vite qu'elle était montée.
Certains demandèrent sa canonisation, d'autres ne virent
en elle qu'une petite intrigante spécialiste du jeu avec
les médias : les appelant quand elle avait besoin de
faire passer un message, les rejetant lorsqu'elle voulait vivre
de façon anonyme.
Sans doute Diana fut-elle tous ces personnages à la fois.
Sans doute n'eut-elle pas la carrure -mais qui peut l'avoir
?- pour supporter les fastes et les contraintes d'une cour moyenâgeuse.
Peut-Être eut-elle du être moins belle, moins révoltée
et plus heureuse.
Nul ne le saura jamais et ce très beau livre à
l'iconographie exceptionnelle de 500 photos, parfois jamais
publiées et aux témoignages inédits apporte
de solides arguments pour qui veut se faire une idée
plus précise et plus juste de celle qui marqua le vingtième
siècle et qui parmi d'autres fit vaciller la couronne
d'Angleterre.
Diana,
le portrait
Rosalind Coward, préface de Nelson Mendela
Le Chêne, 368 pages, 45 euros
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