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Fascinant,
complexe, irritant, à l'image de son auteur : tel est
le nouveau livre de Frédéric Beigbeder "
Windows on the world ", qui met en scène un homme
qui va mourir avec ses deux jeunes fils dans la tragédie
du 11 septembre à New York.
Carter Yorston, un agent immobilier a promis à ses deux
enfants de prendre un petit déjeuner dans le restaurant
du plus haut building de New York. Père divorcé,
donc coupable, il ne leur refuse rien.
De l'autre côté de l'Atlantique, au sommet de la
tour Montparnasse un écrivain français, Frédéric
Beigbeder raconte l'inimaginable : la destruction des deux tours,
symbole de la mort des seventies, qui marque à jamais
la fin de sa propre enfance.
Car tout autant que le rendez-vous avec la mort de trois mille
personnes en ce matin de septembre, le sujet du livre est la
fin des utopies, la fin de l'innocence, des buildings atteignant
le ciel, de la conquête de la lune ou du Concorde. Cette
belle machine à remonter le temps puisqu'on arrive à
New York avant d'être parti de Paris, aussi inutile que
coûteuse. Jouet d'une époque trop gâtée
et définitivement révolue.
Windows on the world est composé de deux romans en un
seul, avec d'un côté, la lutte pour la vie d'un
homme et de l'autre la réflexion d'un écrivain
du même âge sur ce qui arrive au premier à
travers des questions qui ne laissent pas indemne et sont celles
que tout adulte se pose sur l'évolution de la société,
l'Amérique et le monde, les artistes américains,
la mort qui approche
.
C'est un livre profondément touchant, avec l'auteur qui
cabotine et fait du " Beigbeder " : coke et sexe à
tous les étages racontant en même temps que son
enfance enfuie, l' avion qui transperce la première tour
et ce père qui fait croire à ses enfants qu'ils
sont dans un jeu, une nouvelle attraction en 3D à la
George Lucas.
Mais il y a la tour qui bouge, les plafonds qui s'effondrent
et pire que tout la chaleur et la fumée. La panique et
la lutte de tous, les enfants ne croyant pas un instant "
au pipeau à la Begnini " de leur père qui
n'est pas un héros. Comme tout le monde.
Comme dans toute catastrophe les gens se parlent : deux traders
amoureux, une femme de ménage qui s'appelle Lourdes et
malgré tout l'humour insolite et dévastateur de
Beigbeder :
" d' habitude dans un restaurant, on fait cuire toutes
sortes d'aliments, mais pas la clientèle : ici, le barbecue,
c'est nous ! " Il fait de plus en chaud. Tous ont compris
qu'ils allaient mourir et la question fondamentale qui se pose
est : aurais-je vécu autrement si j'avais su que j'allais
mourir ? bien sûr que oui : " je me serais fait cloner,
je n'aurais pas arrêté de fumer, j'aurais formé
un groupe de rock ".
Naïf et visionnaire à la fois, Beigbeder comprend
ce qui ne va pas sur terre : il n'y a pas assez de pin's pour
tout le monde, à l'instar de Carter qui donnant un seul
pin's à ses deux petits garçons les voit avec
un presque plaisir se disputer malgré l'enfer dans lequel
ils sont plongés. En effet l'autre tour vient de s'effondrer
" dans un bruit de spaghettis brisés ", tandis
que l'eau dans la fontaine se prépare à bouillir
.
Windows on the world sonne terriblement juste, même s'il
énerve, même si les tics de Beigbeder, ses anglicismes
et son snobisme le poussent à éluder l'essentiel,
sans y parvenir vraiment : le passage à l'âge d'homme
du petit garçon d'un père divorcé qui lui
même est devenu père d'une fillette dont il a divorcé
de la mère. Avec en parallèle l'effondrement de
la société occidentale symbolisé par celui
des Twins.
Et la question du destin, essentielle : pourquoi suis-je ici
à cette heure là, ce jour là ?
Windows on the world est sans aucun doute le meilleur livre
de Beigbeder et laisse entrevoir les chefs d'uvre qu'il
pourrait (pourra ?) écrire, une fois débarrassé
de ses démons un parisiens, du besoin de se raconter
une fois de plus.
Brigit Bontour
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