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Dans
quelle mesure connaît-on vraiment ses proches ? Comment
réagit-on lorsqu'à la suite du décès
de son compagnon, on s'aperçoit qu'il avait quelqu'un
d'autre dans sa vie, un jeune prostitué ?
C'est l'épreuve que va vivre Anna, une jeune femme de
la bonne société Italienne.
Luca son ami a été retrouvé sans vie dans
les eaux de l'Arno à Florence. Meurtre, suicide, les
indices sont minces, la police hésite mollement. Certes
Luca avait pris des tranquillisants contrairement à son
habitude, mais ceci ne constitue en rien une preuve.
C'est Anna elle-même qui va découvrir sur la page
de garde d'un livre feuilleté dans l'appartement du défunt
un nom : Léo Bertina.
Courageusement elle se met à sa recherche et le rencontre
dans le quartier de la gare où il " travaille ",
et puisque " le hasard, appelons Luca comme ça ",
les ont réunis, ils vont se comprendre. Pas s'entendre.
Ca n'a rien à voir. Détecter chez l'autre le même
manque, la même détresse entourés qu'ils
sont de " vieux messieurs en costumes sombres qui continuent
de tourner autour d'anciens adolescents ".
Passent les ombres de Pasolini, de Chéreau dans "
l'homme blessé ", mais l'essentiel n'est pas là.
L'essentiel est dans l'incroyable force de ce roman si tranquille,
aux phrases si sobres qui expriment le malheur de l'incompréhension,
de la perte, d'une trahison qui n'en est pas vraiment une de
la part du disparu. Lui qui arrivait à concilier sans
heurts deux histoires d'amour dissemblables.
Le livre découpé en très courts chapitres
intitulés " Luca ", " Anna ", "
Léo ", démarre très fort avec la parole
de Luca. Certes il est mort, mais décrit la découverte
de son corps, son autopsie, son enterrement, " le corbillard
climatisé " et la foule recueillie : ses parents,
Anna et à l'écart Léo.
Confiné dans son cercueil, il se sent mis en quarantaine
et se " prend à rêver à rêver
à de vrais déserts, des horizons interminables,
des plaines infinies ". En même temps il a l'éternité
devant lui. Ce n'est pas négligeable.
De leur côté les vivants s'interrogent : Anna se
demande si ce garçon si charmant si distrait, n'était
pas au fond qu'un manipulateur, un calculateur : "les adjectifs
employés pour le qualifier peuvent-ils prendre un double
sens ? ce qui était charmant devient-il agaçant
Ce qui était surprenant devient-il troublant ? ".
Autant d'interrogations inévitables quand une histoire
se termine par une banale rupture ou par la mort.
L'auteur pose dans son livre la question fondamentale qui suit
la séparation : qui ai-je aimé et pourquoi, en
quoi ai-je pu être aussi aveugle ?
Alors que tous les ingrédients d'un vaudeville moderne
sont réunis : la femme, le mari et l'amant de celui-ci,
à aucun moment le récit ne tombe dans la facilité
ou la vulgarité. Bien au contraire. Il est d'une élégance
absolue, sobre jusqu'à l'épure.
En donnant tour à tour la parole aux trois protagonistes
du drame, la poésie, la sensibilité, la délicatesse
affleure à chaque mot, à chaque page. Pas une
remarque n'est superflue, pas une description qui ne soit liée
étroitement à l'intrigue. Qualités assez
rares pour être saluées et remarquées.
Brigit Bontour
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