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Deux
critiques arrivées au moment de l'opération "Un
livre que j'aime" mais trop tard pour la publication à
l'époque et qu'il m'a semblé d'autant plus intéressant
de mettre parallèle étant donné le sujet...
et le style très différent des deux commentateurs
- Anita Beldiman-Moore.
La
cause est entendue : les femmes sont des victimes : douces,
dévouées, généreuses, elles sont
dominées, tyrannisées, battues, violées
par les hommes. Cédent-elles elles mêmes parfois
à la violence ? Bien sûr, mais c'est en réaction
à celle des hommes ! D'ailleurs les enquêtes sont
formelles : 10% de femmes sont battues par leurs conjoints en
France ! Certaines féministes en concluent, selon Elisabeth
Badinter, qu' "il faut...lutter
contre la domination masculine comme on combat le racisme et
le fascisme". (p 64). Et "le
sexe dominateur est identifié au mal, le sexe opprimé
au bien". (p. 69). Pour ces mêmes féministes,
il y a "deux sexes, donc deux
façons de voir le monde, deux types de pensée
et de psychologie, deux univers différents qui restent
côte à côte sans jamais se mélanger".
(p. 196). Par ailleurs, le "oui" d'une femme à
un homme pouvant, si elle a subi des pressions psychologiques
de sa part, vouloir dire "non", certaines féministes
proposent d'instaurer "une sexualité
transparente, démocratique et contractuelle",
impliquant un consentement réciproque.
Elisabeth
Badinter, dans un style clair et précis, démonte
calmement et méthodiquement cette argumentation. 10%
de femmes battues ? Non ! Selon l'enquête de l'Enveff
10% de femmes victimes de "violence conjugale" : or
cette violence comprend non seulement les "viols"
et les "agressions physiques", mais aussi le "harcèlement
moral", les "insultes répétées"
et le "chantage affectif" : si l'on s'en tient aux
seuls "viols et agressions physiques", 0,9% disent
avoir subi des
"viols et autres pratiques sexuelles imposées"
et 2,5% se plaignent d'"agressions physiques" . Par
ailleurs , dit Elisabeth Badinter, il est contestable d'amalgamer
agressions physiques et psychologiques : il y a, par exemple,
une différence essentielle entre le harcèlement
sexuel et le viol : au premier on peut résister, au second
non. En outre, le questionnaire de l'Enveff a été
envoyé seulement aux femmes. Or "si
l'on compte le chantage affectif, les insultes et les pressions
psychologiques dans l'indice global de violence conjugale, ce
serait la moindre des choses d'adresser le questionnaire de
l'Enveff à un échantillon représentatif
de 7000 hommes de 20 à 59 ans, comme on l'a fait pour
les femmes". (p. 111). En effet, fait remarquer
l'auteur : "laisser penser que
seuls les hommes sont jaloux, mal élevés et tyranniques
est une absurdité qu'il est urgent de faire cesser".
(p. 111). Par ailleurs "si depuis
plus de trente-cinq ans les femmes en Occident maîtrisent
la reproduction, comment peut-on continuer d'affirmer que la
domination masculine reste universelle ? " (p.
56).
D'autre part, les relations entre les femmes et les hommes sont
plus complexes que le disent les féministes : ainsi "selon
les couples, c'est elle ou lui qui domine, elle ou lui qui est
dans la dépendance" (p. 111). Et "en
vérité, le féminisme a bien gagné
la bataille idéologique. Il se trouve aujourd'hui doté
d'un pouvoir moral et culpabilisateur considérable. Mais
les hommes font mine d'oublier qu'ils conservent jalousement
le pouvoir qui conditionne tous les autres, à savoir
le pouvoir économique et financier".
(p. 184-185). Et "il faut renoncer
à une vision angélique des femmes qui fait pièce
à la diabolisation des hommes" (p. 113)
: la violence féminine existe aussi, de celle des femmes
nazies à celle de certaines de nos adolescentes.
Par ailleurs "nous sommes de plus
en plus encadrés par une double obsession sexuelle. D'un
côté, des mots d'ordre radoteurs sur l'obligation
de jouir ; de l'autre, le rappel à la dignité
féminine, bafouée par des atteintes sexuelles
non désirées" (p. 117). Mais Elisabeth
Badinter dénonce "le mythe
d'une sexualité domestiquée".
(p. 139).
Elle
conclut :
"La différence des sexes
est un fait, mais elle ne prédestine pas aux rôles
et aux fonctions. Il n'y a pas une psychologie masculine et
une psychologie féminine imperméables l'une à
l'autre, ni deux identités sexuelles fixées dans
le marbre. Une fois acquis le sentiment de son identité,
chaque adulte en fait ce qu'il veut ou ce qu'il peut ".
(p. 217)... "Il est vrai que les
stéréotypes de jadis, pudiquement appelés
"nos repères", nous enfermaient mais nous rassuraient.
Aujourd'hui, leur éclatement en trouble plus d'un. Bien
des hommes y voient la raison de la chute de leur empire et
le font payer aux femmes. Nombre d'entre elles sont tentées
de répliquer par l'instauration d'un nouvel ordre moral
qui suppose le rétablissement des frontières.
C'est le piège où ne pas tomber sous peine d'y
perdre notre liberté, de freiner la marche vers l'égalité
et de renouer avec le séparatisme. Cette tentation est
celle du discours dominant qui se fait entendre depuis dix ou
quinze ans. Contrairement à ses espérances, il
est peu probable qu'il fasse progresser la condition des femmes.
Il est même à craindre que leurs relations avec
les hommes se détériorent. C'est ce qu'on appelle
faire fausse route". (p. 218).
Philippe Grün
En
entrant dans le sujet que constitue la lecture du dernier bouquin
d'Elisabeth Badinter, j'avoue d'emblée que mon propos
n'est pas de proposer un nouveau débat visant à
opposer féministes de la première génération,
aux rangs desquelles il faut ranger notre célèbre
Simone de Beauvoir, aux féministes de la toute dernière
génération, sous la bannière de laquelle
il conviendrait d'aligner les dames Andrea Dworkin ou autre
Catherine MacKinnon. Elisabeth Badinter, à la plume assassine,
s'en charge de la belle manière.
Elle
se penche, avec tout l'intérêt de l'historienne,
sur le tournant des années 1970-90. Déçues
de n'avoir pu se hisser à une place d'égal à
égal, les femmes, fières du tout nouvel intérêt
que leur a valu la lutte de leurs aînées, ont aiguisé
une arme nouvelle : la mise à mal de l'ensemble de l'engeance
masculine. La lutte des classes a laissé la place à
la lutte des sexes. Le mâle est devenu, pour cette nouvelle
amazone, le mal absolu. Il ne faut pourtant pas se méprendre
sur le sens d'amazone des temps nouveaux : la féministe-du-jour
revendique pour elle-même la fragilité absolue,
l'innocence de la femme-enfant ; elle est l'impuissante victime,
l'immolée-conception. Sa nature même fait d'elle
la proie idéale de toute la projection membrue de l'infâme
confrérie des bandeurs-fous. Le mâle en rut est
sommé de prendre des cours assidus de décryptage
sémiologique du discours sybillin de l'être féminin
qu'il entend soumettre : les "oui" qui veulent dire
"non" sont légions et ont à être
interprétés sans ambiguïté. Car les
femmes écartent les cuisses à leur cur défendant
et les dards mal-pénétrants peuvent, séance
tenante ou à long terme, être tenus pour des violeurs
à jeter aux lions. Ceci étant, l'auteur établit
clairement la différence entre le viol effectif, avec
recours à la force physique (contrainte musclée,
menaces
) et le viol prétendu (basé essentiellement
sur une interprétation subjective de la victime : "
j'ai dit oui mais je pensais non
").
Elle rappelle, non sans quelque pertinence, qu'une bonne paire
de baffes est une raison suffisante pour tenir cuisses fermées
et honneur garder.
Elisabeth Badinter, dont on n'a pas oublié le fameux
L'Amour en plus, ne manque évidemment pas de souligner
la dernière aberration de ces gentes dames qui consiste
à revendiquer haut et fort leur supériorité
de parturientes en puissance, supériorité qui
leur vaut l'insigne honneur de se hisser bien au-dessus de leurs
prétendus tortionnaires. Bien entendu, les pauvres connes
qui ont choisi de renoncer à leurs prérogatives
de "mère" et qui, de ce fait, n'ont pas su
être libres d'afficher leur supériorité
sur la mâlitude, sont vouées aux gémonies.
Elles sont les sujets déloyaux de ces dominateurs sans
foi ni loi.
Enfin,
et c'est la dernière trouvaille des Chiennes de garde
américaines, les gamins sont éduqués selon
une culture visant à éradiquer tout germe de masculinité
: pisser assis, horreur de l'érection, etc. Qu'on ne
se bile pas : l'Atlantique n'est pas infranchissable !
Il
va sans dire que ce livre fait du bien à celles qui ont
encore pas mal de choses à échanger avec leurs
partenaires masculins. Tout le monde sait bien que la douceur
féminine est une vaste légende. Quant à
la brutalité masculine, j'aimerais qu'on m'en donne la
preuve. A croire que, de ma vie, je n'ai rencontré que
des saints.
Il
resterait, toutefois, à souligner le danger que représente
un tel féminisme. J'aurais préféré
quant à moi que la lutte féministe s'oriente vers
davantage de responsabilité. Tant que la femme ne sera
pas capable de lutter à côté et non contre
le mâle, elle ne pourra pas prétendre au libre
partage des droits. Ce n'est pas en se faisant des ennemis qu'on
acquiert de la force, c'est en se faisant des alliés.
L'Histoire le dit assez, pourtant.
Le
livre est, au final, stimulant, d'une lecture aisée et
rapide. C'est le regard acéré et sans concessions
d'une femme moderne à l'esprit combatif. De l'Elisabeth
Badinter, ce qui n'est pas rien.
Marie
Bataille
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